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		<description>Odiolab est une association à but non lucratif réunissant des podcasters et des artistes passionnés par le son. Des podcasts vocaux aux live-acts musicaux, notre équipe a pour objectif de diffuser de véritables expériences audio gratuitement et de faire passer le mot à travers dans le monde.</description>
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		<copyright>© 2021 Odiolab</copyright>
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	<title>5tracks #010 &#8211; ‘B-side’ produit Jay Castelli &#038; Chris Kraus</title>
	<link>https://www.odiolab.ch/podcast/5tracks-010-b-side-produit-jay-castelli-chris-kraus/</link>
	<pubDate>Sun, 12 Apr 2026 14:50:07 +0000</pubDate>
	<dc:creator><![CDATA[@CarolineDeAllegri @JeremieWagner @WarcoBrienza]]></dc:creator>
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	<description><![CDATA[<p>L'épisode #010 de notre série de podcast « 5tracks » est présenté par le DJ espagnol JAY CASTELLI, qui s'est associé à l'artiste allemand CHRIS KRAUS pour l'occasion: ensemble, ils ont produit cinq titres de musique indépendante. Cette toute dernière sortie « B-side » – orientée house – fait suite à l'épisode « A-side » (#009) – axé techno.</p>



<p>Cinq titres mixés par JAY CASTELLI, après avoir été produits par les deux acolytes. Tracklisting ci-dessous:</p>



<p>1. JAY CASTELLI - Eyieyieh (5:17)
2. CHRIS KRAUS - Oh my gosh (7:03) - [info &amp; order: <a href="https://gate.sc?url=http%3A%2F%2Fchriskraus.bandcamp.com%2Ftrack%2Foh-my-gosh&amp;token=46acb-1-1776004724576" rel="noreferrer noopener" target="_blank">chriskraus.bandcamp.com/track/oh-my-gosh</a> ]
3. CHRIS KRAUS - “How are you?!” (5:53) - [info &amp; order: <a href="https://gate.sc?url=http%3A%2F%2Fchriskraus.bandcamp.com%2Ftrack%2Fhow-are-you&amp;token=e62688-1-1776004724577" rel="noreferrer noopener" target="_blank">chriskraus.bandcamp.com/track/how-are-you</a> ]
4. JAY CASTELLI - Dah Dah (5:32)
5. JAY CASTELLI - All in (5:06)</p>



<p>© Jay Castelli &amp; Chris Kraus, 2026</p>



<p>Plus d'informations sur Chris Kraus : 
@minimalicous 
www.instagram.com/chris_kraus_music/</p>



<p>Découvrez dès maintenant la musique de Chris Kraus ! 
chriskraus.bandcamp.com/</p>



<p>Plus d'informations sur Jay Castelli 
@jaycastelli 
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<p>Plus de musique électronique et de podcasts <a href="http://www.odiolab.ch/series/5tracks" target="_blank" rel="noreferrer noopener">sur le site web d'Odiolab</a>.</p>



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	<itunes:subtitle><![CDATA[Lépisode #010 de notre série de podcast « 5tracks » est présenté par le DJ espagnol JAY CASTELLI, qui sest associé à lartiste allemand CHRIS KRAUS pour loccasion: ensemble, ils ont produit cinq titres de musique indépendante. Cette toute dernière sortie ]]></itunes:subtitle>
	<content:encoded><![CDATA[<p>L'épisode #010 de notre série de podcast « 5tracks » est présenté par le DJ espagnol JAY CASTELLI, qui s'est associé à l'artiste allemand CHRIS KRAUS pour l'occasion: ensemble, ils ont produit cinq titres de musique indépendante. Cette toute dernière sortie « B-side » – orientée house – fait suite à l'épisode « A-side » (#009) – axé techno.</p>



<p>Cinq titres mixés par JAY CASTELLI, après avoir été produits par les deux acolytes. Tracklisting ci-dessous:</p>



<p>1. JAY CASTELLI - Eyieyieh (5:17)
2. CHRIS KRAUS - Oh my gosh (7:03) - [info &amp; order: <a href="https://gate.sc?url=http%3A%2F%2Fchriskraus.bandcamp.com%2Ftrack%2Foh-my-gosh&amp;token=46acb-1-1776004724576" rel="noreferrer noopener" target="_blank">chriskraus.bandcamp.com/track/oh-my-gosh</a> ]
3. CHRIS KRAUS - “How are you?!” (5:53) - [info &amp; order: <a href="https://gate.sc?url=http%3A%2F%2Fchriskraus.bandcamp.com%2Ftrack%2Fhow-are-you&amp;token=e62688-1-1776004724577" rel="noreferrer noopener" target="_blank">chriskraus.bandcamp.com/track/how-are-you</a> ]
4. JAY CASTELLI - Dah Dah (5:32)
5. JAY CASTELLI - All in (5:06)</p>



<p>© Jay Castelli &amp; Chris Kraus, 2026</p>



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	<itunes:summary><![CDATA[L'épisode #010 de notre série de podcast « 5tracks » est présenté par le DJ espagnol JAY CASTELLI, qui s'est associé à l'artiste allemand CHRIS KRAUS pour l'occasion: ensemble, ils ont produit cinq titres de musique indépendante. Cette toute dernière sortie « B-side » – orientée house – fait suite à l'épisode « A-side » (#009) – axé techno.



Cinq titres mixés par JAY CASTELLI, après avoir été produits par les deux acolytes. Tracklisting ci-dessous:



1. JAY CASTELLI - Eyieyieh (5:17)
2. CHRIS KRAUS - Oh my gosh (7:03) - [info &amp; order: chriskraus.bandcamp.com/track/oh-my-gosh ]
3. CHRIS KRAUS - “How are you?!” (5:53) - [info &amp; order: chriskraus.bandcamp.com/track/how-are-you ]
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© Jay Castelli &amp; Chris Kraus, 2026



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		<title>5tracks #010 &#8211; ‘B-side’ produit Jay Castelli &#038; Chris Kraus</title>
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<item>
	<title>5tracks #009 &#8211; ‘A-side’ produit par DeepSpud &#038; Chris Kraus</title>
	<link>https://www.odiolab.ch/podcast/5tracks-009-a-side-produit-par-deepspud-et-chris-kraus/</link>
	<pubDate>Fri, 30 Jan 2026 18:32:12 +0000</pubDate>
	<dc:creator><![CDATA[@CarolineDeAllegri @JeremieWagner @WarcoBrienza]]></dc:creator>
	<guid isPermaLink="false">https://www.odiolab.ch/?post_type=podcast&#038;p=3192</guid>
	<description><![CDATA[<p>La 3e saison de 5tracks podcast a commencé fort : dès le 20 janvier, un 1er opus de Patrick Villa &amp; Jay Castelli résolument rythmé, ‘<a href="https://www.odiolab.ch/podcast/5tracks-008-a-techno-session-produced-by-patrick-villa-mixed-by-jay-castelli/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">A techno session</a>’ préparée par 2 nouveaux artistes chez UZIC : le producteur de son Patrick Villa et le DJ catalan Jay Castelli.</p>



<p>Puisque 5tracks est un podcast collaboratif qui met en vitrine les musiques électroniques indépendantes, on en remet une couche avec ‘A-side’, un épisode ‘à-part’ puisqu’il nous donne à écouter le fruit d’une collaboration récente entre Chris Kraus, producteur et DJ de Cologne sous influences ‘House’ (deep/tech-house comme on les aime, underground et rythmée) et DeepSpud a.k.a. SickSpud, artiste techno présent historiquement sur UZIC radio.</p>



<p>5 titres enchainés par DeepSpud justement, après qu’ils aient été produits en duplex Lausanne - Cologne. Plus d’information sur chaque titre et commande en ligne pour les fans qui souhaitent soutenir ces 2 artistes indépendants:</p>



<ol class="wp-block-list">
<li>DEEPSPUD - Orientale Face (7:48) - [<a href="http://sickspud.bandcamp.com/album/face-ep?t=1" target="_blank" rel="noreferrer noopener">info &amp; order</a>]</li>



<li>CHRIS KRAUS - Oh my gosh (7:03) - [<a href="http://chriskraus.bandcamp.com/track/oh-my-gosh" target="_blank" rel="noreferrer noopener">info &amp; order</a>] </li>



<li>DEEPSPUD - Minimal bal (7:19) - [<a href="http://sickspud.bandcamp.com/album/face-ep?t=3" target="_blank" rel="noreferrer noopener">info &amp; order</a>]</li>



<li>CHRIS KRAUS - “How are you?!” (7:03) - [<a href="http://chriskraus.bandcamp.com/track/how-are-you">info &amp; order</a>] </li>



<li>DEEPSPUD - Funky Face (7:43) - [<a href="http://sickspud.bandcamp.com/album/face-ep?t=2" target="_blank" rel="noreferrer noopener">info &amp; order</a>]</li>
</ol>



<p>
© SickSpud &amp; Chris Kraus, 2026</p>



<p>Vous en voulez encore? Restez connectés pour le prochain épisode intitulé ‘B-side’ qui porte bien son titre mais on n’en dit pas plus pour le moment. Bonne écoute.</p>



<p>Plus d'informations sur Chris Kraus : </p>



<ul class="wp-block-list">
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<li>Page Insta: <a href="http://www.instagram.com/chris_kraus_music/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">@chris_kraus_music</a></li>



<li>Procurez-vous la musique de Chris Kraus sur <a href="http://chriskraus.bandcamp.com" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Bandcamp</a></li>
</ul>



<p>
Plus d'informations sur DeepSpud alias SickSpud : </p>



<ul class="wp-block-list">
<li>Page Soundcloud : <a href="https://soundcloud.com/sickspud" target="_blank" rel="noreferrer noopener">@sickspud</a></li>



<li>Page Insta: <a href="http://www.instagram.com/chris_kraus_music/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">@sickspudofficial</a></li>



<li>Procurez-vous la musique de SickSpud sur <a href="http://sickspud.bandcamp.com" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Bandcamp</a></li>
</ul>



<p>
Plus de musique électronique et de podcasts <a href="http://www.odiolab.ch/series/5tracks" target="_blank" rel="noreferrer noopener">sur le site web d'Odiolab</a>.</p>



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	<itunes:subtitle><![CDATA[La 3e saison de 5tracks podcast a commencé fort : dès le 20 janvier, un 1er opus de Patrick Villa &amp; Jay Castelli résolument rythmé, ‘A techno session’ préparée par 2 nouveaux artistes chez UZIC : le producteur de son Patrick Villa et le DJ catalan Ja]]></itunes:subtitle>
	<itunes:episodeType>full</itunes:episodeType>
	<itunes:title><![CDATA[‘A-side’ produced by DeepSpud & Chris Kraus]]></itunes:title>
	<itunes:episode>9</itunes:episode>
	<itunes:season>3</itunes:season>
	<content:encoded><![CDATA[<p>La 3e saison de 5tracks podcast a commencé fort : dès le 20 janvier, un 1er opus de Patrick Villa &amp; Jay Castelli résolument rythmé, ‘<a href="https://www.odiolab.ch/podcast/5tracks-008-a-techno-session-produced-by-patrick-villa-mixed-by-jay-castelli/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">A techno session</a>’ préparée par 2 nouveaux artistes chez UZIC : le producteur de son Patrick Villa et le DJ catalan Jay Castelli.</p>



<p>Puisque 5tracks est un podcast collaboratif qui met en vitrine les musiques électroniques indépendantes, on en remet une couche avec ‘A-side’, un épisode ‘à-part’ puisqu’il nous donne à écouter le fruit d’une collaboration récente entre Chris Kraus, producteur et DJ de Cologne sous influences ‘House’ (deep/tech-house comme on les aime, underground et rythmée) et DeepSpud a.k.a. SickSpud, artiste techno présent historiquement sur UZIC radio.</p>



<p>5 titres enchainés par DeepSpud justement, après qu’ils aient été produits en duplex Lausanne - Cologne. Plus d’information sur chaque titre et commande en ligne pour les fans qui souhaitent soutenir ces 2 artistes indépendants:</p>



<ol class="wp-block-list">
<li>DEEPSPUD - Orientale Face (7:48) - [<a href="http://sickspud.bandcamp.com/album/face-ep?t=1" target="_blank" rel="noreferrer noopener">info &amp; order</a>]</li>



<li>CHRIS KRAUS - Oh my gosh (7:03) - [<a href="http://chriskraus.bandcamp.com/track/oh-my-gosh" target="_blank" rel="noreferrer noopener">info &amp; order</a>] </li>



<li>DEEPSPUD - Minimal bal (7:19) - [<a href="http://sickspud.bandcamp.com/album/face-ep?t=3" target="_blank" rel="noreferrer noopener">info &amp; order</a>]</li>



<li>CHRIS KRAUS - “How are you?!” (7:03) - [<a href="http://chriskraus.bandcamp.com/track/how-are-you">info &amp; order</a>] </li>



<li>DEEPSPUD - Funky Face (7:43) - [<a href="http://sickspud.bandcamp.com/album/face-ep?t=2" target="_blank" rel="noreferrer noopener">info &amp; order</a>]</li>
</ol>



<p>
© SickSpud &amp; Chris Kraus, 2026</p>



<p>Vous en voulez encore? Restez connectés pour le prochain épisode intitulé ‘B-side’ qui porte bien son titre mais on n’en dit pas plus pour le moment. Bonne écoute.</p>



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</ul>



<p>
Plus d'informations sur DeepSpud alias SickSpud : </p>



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<li>Procurez-vous la musique de SickSpud sur <a href="http://sickspud.bandcamp.com" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Bandcamp</a></li>
</ul>



<p>
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	<itunes:summary><![CDATA[La 3e saison de 5tracks podcast a commencé fort : dès le 20 janvier, un 1er opus de Patrick Villa &amp; Jay Castelli résolument rythmé, ‘A techno session’ préparée par 2 nouveaux artistes chez UZIC : le producteur de son Patrick Villa et le DJ catalan Jay Castelli.



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<item>
	<title>5tracks #008 &#8211; A techno session produced by Patrick Villa, mixed by Jay Castelli</title>
	<link>https://www.odiolab.ch/podcast/5tracks-008-a-techno-session-produced-by-patrick-villa-mixed-by-jay-castelli/</link>
	<pubDate>Tue, 20 Jan 2026 18:28:12 +0000</pubDate>
	<dc:creator><![CDATA[@CarolineDeAllegri @JeremieWagner @WarcoBrienza]]></dc:creator>
	<guid isPermaLink="false">https://www.odiolab.ch/?post_type=podcast&#038;p=3177</guid>
	<description><![CDATA[<p>Fan of the 90's electronic music, Patrick Villa was deeply influenced by Detroit and Berlin technos. Nowadays, he produces his own vision of music, delivering massive, underground tracks.</p>



<p>To get out of the studio - which also serves as his cave - 5tracks is quite useful to Patrick Villa! Our music podcast allows him to present his latest tracks to the public as well as collaborate with other artists/DJ's/producers.</p>



<p>Tracklisting here:
• 00:00:56 - 00:06:21 ＞＞ Patrick Villa - Detroigo (Reworked)
• 00:06:21 - 00:11:46 ＞＞ Patrick Villa - Red Stick (Reworked)
• 00:11:46 - 00:16:05 ＞＞ Patrick Villa - King of Club (Reworked)
• 00:16:05 - 00:20:20 ＞＞ Patrick Villa - Phantoms (Reworked)
• 00:20:18 - 00:25:55 ＞＞ Patrick Villa - Thena (Reworked)</p>



<p>© Jay Castelli &amp; Patrick Villa, 2025</p>



<p>This episode is a collaboration with Spanish-Swiss DJ Jay Castelli. Hope it will be the first of many!</p>



<p>More information about Patrick Villa:
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To get out of the studio - which also serves as his cave - 5trac]]></itunes:subtitle>
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• 00:00:56 - 00:06:21 ＞＞ Patrick Villa - Detroigo (Reworked)
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		<title>5tracks #008 &#8211; A techno session produced by Patrick Villa, mixed by Jay Castelli</title>
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	<itunes:author><![CDATA[@CarolineDeAllegri @JeremieWagner @WarcoBrienza]]></itunes:author>	<googleplay:image href="https://www.odiolab.ch/wp-content/uploads/2026/01/5tracks-podcast-008-patrick-villa-jay-castelli-techno-music-SQUARRED-1.png"></googleplay:image>
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<item>
	<title>5tracks #007 &#8211; Pure Techno by SickSpud &#8211; hommage au mUZIC.radio festival !</title>
	<link>https://www.odiolab.ch/podcast/5tracks-007-pure-techno-by-sickspud-hommage-au-muzic-radio-festival/</link>
	<pubDate>Fri, 12 Sep 2025 08:40:12 +0000</pubDate>
	<dc:creator><![CDATA[@CarolineDeAllegri @JeremieWagner @WarcoBrienza]]></dc:creator>
	<guid isPermaLink="false">https://www.odiolab.ch/?post_type=podcast&#038;p=3158</guid>
	<description><![CDATA[<p>Le moins qu’on puisse dire, c’est que SickSpud a plus d’une corde à son arc. Actif comme l’un des programmateurs de UZIC radio, il est DJ bien sûr, mais aussi producteur de sons. Avec ’s’ à sons, le pluriel est de mise puisqu’à côté de la musique électronique (techno, tech-house, deep house, minimal...) il s’occupe aussi d’habillage sonore pour les podcasts de l’association Odiolab. Et le voilà que devient maître de classe lorsqu’il donne un <a href="https://www.odiolab.ch/initiez-vos-enfants-a-lart-du-djing-latelier-dj-4kids-est-de-retour-a-lausanne/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">atelier DJ4Kids aux enfants</a> !</p>



<p>Revenons à la musique, parce qu’il y a matière. Pour sortir du studio - qui lui sert aussi de caverne - <a href="https://www.odiolab.ch/series/5tracks/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">5tracks</a> s’avère utile. Créé en 2021, ce podcast musical lui permet de faire découvrir ses derniers titres au public, d’initier des ventes en ligne (le tracklisting mis à disposition dans les notes d'épisode ci-après mentionne des titres disponibles en ligne) et de collaborer avec d’autres artistes producteurs.</p>



<p>Pour ce nouvel épisode, il y a un coup en plus à jouer : c’est le <strong>dernier week-end du mUZIC.radio festival et SickSpud y jouera un set <a href="https://uzic.ch/event/uzic-residents/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">techno ce vendredi 12 septembre 2025 de 18:00 à 20:00</a></strong>. Tendez l’oreille, il placera aussi quelques morceaux à lui ! Dans ce 7e épisode du podcast 5tracks, SickSpud sort une session de pure techno. Ecoutez-le sans attendre sur cette page ou en vous <a href="https://podcasts.apple.com/us/podcast/5tracks/id1555932886" target="_blank" rel="noreferrer noopener">abonnant à 5tracks podcast</a>. Voici la liste des morceaux diffusés lors de cette émission Pure Techno :</p>



<ul class="wp-block-list">
<li>00:00:56 - 00:08:06 &gt;&gt; SickSpud - Bazzard (original mix)</li>



<li>00:08:06 - 00:11:04 &gt;&gt; SickSpud - H ou OP (Hardgroove mix)</li>



<li>00:11:04 - 00:16:22 &gt;&gt; SickSpud - Black Rabbit (mix original)</li>



<li>00:16:22 - 00:20:18 &gt;&gt; SickSpud - UZIC acid001 (mix original)</li>



<li>00:20:18 - 00:25:55 &gt;&gt; SickSpud - MACIVE (mix original)</li>
</ul>



<p>
© Sickspud, 2025</p>



<p>#Call4Artists Vous êtes artiste indépendant et souhaitez faire découvrir vos morceaux de musique électronique ? Envoyez votre musique à notre radio partenaire UZIC : <a href="https://uzic.ch/fr/envoyer-musique/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">uzic.ch/submit-music/</a></p>



<p><a href="http://www.odiolab.ch/series/5tracks/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Plus de musique électronique</a> et de podcasts sur le site web d'Odiolab. Vous souhaitez soutenir le podcast 5tracks ? Aidez l'association Odiolab à le diffuser gratuitement <a href="https://donorbox.org/podcast-donation-fr">en faisant un don</a>. </p>


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	<itunes:subtitle><![CDATA[Le moins qu’on puisse dire, c’est que SickSpud a plus d’une corde à son arc. Actif comme l’un des programmateurs de UZIC radio, il est DJ bien sûr, mais aussi producteur de sons. Avec ’s’ à sons, le pluriel est de mise puisqu’à côté de la musique électro]]></itunes:subtitle>
	<itunes:episodeType>full</itunes:episodeType>
	<itunes:title><![CDATA[Pure Techno by SickSpud - a musical tribute to the mUZIC.radio festival]]></itunes:title>
	<itunes:episode>7</itunes:episode>
	<content:encoded><![CDATA[<p>Le moins qu’on puisse dire, c’est que SickSpud a plus d’une corde à son arc. Actif comme l’un des programmateurs de UZIC radio, il est DJ bien sûr, mais aussi producteur de sons. Avec ’s’ à sons, le pluriel est de mise puisqu’à côté de la musique électronique (techno, tech-house, deep house, minimal...) il s’occupe aussi d’habillage sonore pour les podcasts de l’association Odiolab. Et le voilà que devient maître de classe lorsqu’il donne un <a href="https://www.odiolab.ch/initiez-vos-enfants-a-lart-du-djing-latelier-dj-4kids-est-de-retour-a-lausanne/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">atelier DJ4Kids aux enfants</a> !</p>



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<ul class="wp-block-list">
<li>00:00:56 - 00:08:06 &gt;&gt; SickSpud - Bazzard (original mix)</li>



<li>00:08:06 - 00:11:04 &gt;&gt; SickSpud - H ou OP (Hardgroove mix)</li>



<li>00:11:04 - 00:16:22 &gt;&gt; SickSpud - Black Rabbit (mix original)</li>



<li>00:16:22 - 00:20:18 &gt;&gt; SickSpud - UZIC acid001 (mix original)</li>



<li>00:20:18 - 00:25:55 &gt;&gt; SickSpud - MACIVE (mix original)</li>
</ul>



<p>
© Sickspud, 2025</p>



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	<itunes:author><![CDATA[@CarolineDeAllegri @JeremieWagner @WarcoBrienza]]></itunes:author>	<googleplay:image href="https://www.odiolab.ch/wp-content/uploads/2025/09/007-5tracks-podcast-pure-techno-SQUARRE.png"></googleplay:image>
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<item>
	<title>Caffè Croissance 009 &#8211; Remettre sa PME entre de bonnes mains, avec Raphaël Gindrat (Nuavo)</title>
	<link>https://www.odiolab.ch/podcast/caffe-croissance-009-remettre-sa-pme-entre-de-bonnes-mains-avec-raphael-gindrat-nuavo/</link>
	<pubDate>Tue, 11 Mar 2025 09:18:34 +0000</pubDate>
	<dc:creator><![CDATA[@CarolineDeAllegri @JeremieWagner @WarcoBrienza]]></dc:creator>
	<guid isPermaLink="false">https://www.odiolab.ch/?post_type=podcast&#038;p=3057</guid>
	<description><![CDATA[<p><strong>“C'est logique que toutes les entreprises ne trouvent pas repreneur. ”</strong></p>



<p>On lit ici et là que plus de 95’000 entreprises en Suisse devront être cédées dans les 5 ans à venir.</p>



<p>Parmi les sources, <a href="https://www.kmu.admin.ch/kmu/fr/home/savoir-pratique/politique-pme-faits-et-chiffres/chiffres-sur-les-pme/types-de-successions.html">la Confédération estime</a> qu’<em>environ une PME sur 3 disparaît parce qu'elle ne trouve pas de repreneur</em>. Mais de quelle(s) PME parle-t-on ? Pour étayer ces chiffres, la plus haute instance politique du pays cite une source datant de 2012 (!) C’est dire si ce sujet épineux ne déclenche que peu d’emballement.</p>



<p>Caffè Croissance est disponible un peu partout, d’<a href="https://podcasts.apple.com/ch/podcast/odiolab-podcasts/id1511177444">Apple podcasts</a> en passant par <a href="https://youtube.com/playlist?list=PLj7Q1eDkZzzoNI-bxLb23QcMDgBUM3qrz&amp;si=Qv1vftCaKmrhgQQn">YouTube</a> ou <a href="https://open.spotify.com/show/0ufGxcPOCJvA0ZXWAzxkK0">Spotify</a> ; alors si vous voulez faire croître Caffè Croissance, votez sur votre plateforme préférée ou laissez-nous un commentaire, c’est toujours un plaisir de vous lire!</p>



<p>L'invité que Marco Brienza retrouve autour du micro pour parler de transmission de PME est Raphaël Gindrat, cofondateur de Nuavo, un entrepreneur croisé à l’EPFL il y a plus de 10 ans et qui vit désormais sur la Goldküste zurichoise.</p>



<p>À la tête de <a href="https://www.nuavo.com/">Nuavo</a>, une initiative lancée il y a un peu plus d’un an, Raphaël Gindrat ambitionne - avec les 2 autres cofondateurs Philipp Ries et Gregor Plattner - d’assurer la pérennité des PME en Suisse, en leur offrant une solution entrepreneuriale pour la gestion de la succession. Voyons comment dans cet épisode avec  LA QUESTION DU JOUR: </p>



<h5 class="wp-block-heading">
COMMENT ET À QUI VENDRE SA PME ?</h5>



<ul class="wp-block-list">
<li>Selon le <a href="https://www.pme.ch/dossiers-et-hors-series/2023/11/28/10-conseils-pour-vendre-son-entreprise-651977">magazine PME</a>, la durée moyenne des successions s’avère plus ou moins longue: <em>le temps moyen pour un Family Buy-out (FBO) est de 6,6 ans ; pour un Management Buy-Out (MBO), c’est 3,3 ans et 1,6 an pour le Management Buy-In (MBI). Peux-tu nous expliquer les différences entre ces 3 solutions: FBO, MBO et MBI ?</em></li>



<li>Un peu plus d’un an et demi: cette estimation se confirme-t-elle chez Nuavo ?</li>



<li>Selon l’"<a href="https://www.credit-suisse.com/content/dam/pwp/assets/private-banking/docs/ch/unternehmen/unternehmen-unternehmer/publikationen/nachfolgestudie-2022-fr.pdf">Enquête sur la succession d’entreprise 2022</a>" publiée en sept.23 par feu le Credit Suisse, environ 42% des PME du pays sont transmises à une ou un descendant direct, 11% à d’autres liens de parenté et 23% à des collaborateurs ou à des membres de la direction hors du cercle familliale. Comment ces 3 manières de remettre une entreprise ont-elles évolué ces dernières années (après le Covid) ?
</li>



<li>Comment fixer le prix de vente de son entreprise ?</li>



<li>17% des entreprises suisses entre 10 et 49 employés connaissent des problèmes de succession, contre seulement 8,1% des entreprises de 50 à 249 collaborateurs. À quel point est-ce la taille de l’entreprise qui compte ?</li>



<li>Sur quels critères - financiers ou non - les décisions d’investissement de Nuavo reposent-elles ?</li>



<li>En tant que patron qui envisage de remettre, quelles sont les erreurs à ne pas commettre ?</li>



<li>Nuavo a récemment fait une belle emplette… Pouvons-nous décrire le cas de l’entreprise jurassienne Domofen et les défis auxquels vous avez été confrontés pour ce 1er investissement ?</li>
</ul>



<h5 class="wp-block-heading">
INSPIRATIONS</h5>



<p>[ARTICLE] <a href="https://www.bilan.ch/story/bil-opinion-claude-romy-480258963668">Comment acheter une entreprise familiale en Suisse?</a></p>



<p>[CITATION] "Dans ce nouveau monde, si vous n’êtes pas autour de la table, vous figurez sur le menu.” Guy Verhofstadt, ex-premier ministre belge</p>



<p>Vous avez râté l'épisode précédent, <em>Des routes de la soie à la route vers Soi</em> ? Le <a href="https://www.odiolab.ch/podcast/caffe-croissance-008-des-routes-de-la-soie-au-chemin-vers-soi/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">voici</a>.</p>


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	<itunes:subtitle><![CDATA[“Cest logique que toutes les entreprises ne trouvent pas repreneur. ”



On lit ici et là que plus de 95’000 entreprises en Suisse devront être cédées dans les 5 ans à venir.



Parmi les sources, la Confédération estime qu’environ une PME sur 3 disparaî]]></itunes:subtitle>
	<itunes:episodeType>full</itunes:episodeType>
	<itunes:title><![CDATA[Remettre sa PME entre de bonnes mains, avec Raphaël Gindrat (Nuavo)]]></itunes:title>
	<itunes:episode>9</itunes:episode>
	<itunes:season>3</itunes:season>
	<content:encoded><![CDATA[<p><strong>“C'est logique que toutes les entreprises ne trouvent pas repreneur. ”</strong></p>



<p>On lit ici et là que plus de 95’000 entreprises en Suisse devront être cédées dans les 5 ans à venir.</p>



<p>Parmi les sources, <a href="https://www.kmu.admin.ch/kmu/fr/home/savoir-pratique/politique-pme-faits-et-chiffres/chiffres-sur-les-pme/types-de-successions.html">la Confédération estime</a> qu’<em>environ une PME sur 3 disparaît parce qu'elle ne trouve pas de repreneur</em>. Mais de quelle(s) PME parle-t-on ? Pour étayer ces chiffres, la plus haute instance politique du pays cite une source datant de 2012 (!) C’est dire si ce sujet épineux ne déclenche que peu d’emballement.</p>



<p>Caffè Croissance est disponible un peu partout, d’<a href="https://podcasts.apple.com/ch/podcast/odiolab-podcasts/id1511177444">Apple podcasts</a> en passant par <a href="https://youtube.com/playlist?list=PLj7Q1eDkZzzoNI-bxLb23QcMDgBUM3qrz&amp;si=Qv1vftCaKmrhgQQn">YouTube</a> ou <a href="https://open.spotify.com/show/0ufGxcPOCJvA0ZXWAzxkK0">Spotify</a> ; alors si vous voulez faire croître Caffè Croissance, votez sur votre plateforme préférée ou laissez-nous un commentaire, c’est toujours un plaisir de vous lire!</p>



<p>L'invité que Marco Brienza retrouve autour du micro pour parler de transmission de PME est Raphaël Gindrat, cofondateur de Nuavo, un entrepreneur croisé à l’EPFL il y a plus de 10 ans et qui vit désormais sur la Goldküste zurichoise.</p>



<p>À la tête de <a href="https://www.nuavo.com/">Nuavo</a>, une initiative lancée il y a un peu plus d’un an, Raphaël Gindrat ambitionne - avec les 2 autres cofondateurs Philipp Ries et Gregor Plattner - d’assurer la pérennité des PME en Suisse, en leur offrant une solution entrepreneuriale pour la gestion de la succession. Voyons comment dans cet épisode avec  LA QUESTION DU JOUR: </p>



<h5 class="wp-block-heading">
COMMENT ET À QUI VENDRE SA PME ?</h5>



<ul class="wp-block-list">
<li>Selon le <a href="https://www.pme.ch/dossiers-et-hors-series/2023/11/28/10-conseils-pour-vendre-son-entreprise-651977">magazine PME</a>, la durée moyenne des successions s’avère plus ou moins longue: <em>le temps moyen pour un Family Buy-out (FBO) est de 6,6 ans ; pour un Management Buy-Out (MBO), c’est 3,3 ans et 1,6 an pour le Management Buy-In (MBI). Peux-tu nous expliquer les différences entre ces 3 solutions: FBO, MBO et MBI ?</em></li>



<li>Un peu plus d’un an et demi: cette estimation se confirme-t-elle chez Nuavo ?</li>



<li>Selon l’"<a href="https://www.credit-suisse.com/content/dam/pwp/assets/private-banking/docs/ch/unternehmen/unternehmen-unternehmer/publikationen/nachfolgestudie-2022-fr.pdf">Enquête sur la succession d’entreprise 2022</a>" publiée en sept.23 par feu le Credit Suisse, environ 42% des PME du pays sont transmises à une ou un descendant direct, 11% à d’autres liens de parenté et 23% à des collaborateurs ou à des membres de la direction hors du cercle familliale. Comment ces 3 manières de remettre une entreprise ont-elles évolué ces dernières années (après le Covid) ?
</li>



<li>Comment fixer le prix de vente de son entreprise ?</li>



<li>17% des entreprises suisses entre 10 et 49 employés connaissent des problèmes de succession, contre seulement 8,1% des entreprises de 50 à 249 collaborateurs. À quel point est-ce la taille de l’entreprise qui compte ?</li>



<li>Sur quels critères - financiers ou non - les décisions d’investissement de Nuavo reposent-elles ?</li>



<li>En tant que patron qui envisage de remettre, quelles sont les erreurs à ne pas commettre ?</li>



<li>Nuavo a récemment fait une belle emplette… Pouvons-nous décrire le cas de l’entreprise jurassienne Domofen et les défis auxquels vous avez été confrontés pour ce 1er investissement ?</li>
</ul>



<h5 class="wp-block-heading">
INSPIRATIONS</h5>



<p>[ARTICLE] <a href="https://www.bilan.ch/story/bil-opinion-claude-romy-480258963668">Comment acheter une entreprise familiale en Suisse?</a></p>



<p>[CITATION] "Dans ce nouveau monde, si vous n’êtes pas autour de la table, vous figurez sur le menu.” Guy Verhofstadt, ex-premier ministre belge</p>



<p>Vous avez râté l'épisode précédent, <em>Des routes de la soie à la route vers Soi</em> ? Le <a href="https://www.odiolab.ch/podcast/caffe-croissance-008-des-routes-de-la-soie-au-chemin-vers-soi/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">voici</a>.</p>


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	<itunes:summary><![CDATA[“C'est logique que toutes les entreprises ne trouvent pas repreneur. ”



On lit ici et là que plus de 95’000 entreprises en Suisse devront être cédées dans les 5 ans à venir.



Parmi les sources, la Confédération estime qu’environ une PME sur 3 disparaît parce qu'elle ne trouve pas de repreneur. Mais de quelle(s) PME parle-t-on ? Pour étayer ces chiffres, la plus haute instance politique du pays cite une source datant de 2012 (!) C’est dire si ce sujet épineux ne déclenche que peu d’emballement.



Caffè Croissance est disponible un peu partout, d’Apple podcasts en passant par YouTube ou Spotify ; alors si vous voulez faire croître Caffè Croissance, votez sur votre plateforme préférée ou laissez-nous un commentaire, c’est toujours un plaisir de vous lire!



L'invité que Marco Brienza retrouve autour du micro pour parler de transmission de PME est Raphaël Gindrat, cofondateur de Nuavo, un entrepreneur croisé à l’EPFL il y a plus de 10 ans et qui vit désormais sur la Goldküste zurichoise.



À la tête de Nuavo, une initiative lancée il y a un peu plus d’un an, Raphaël Gindrat ambitionne - avec les 2 autres cofondateurs Philipp Ries et Gregor Plattner - d’assurer la pérennité des PME en Suisse, en leur offrant une solution entrepreneuriale pour la gestion de la succession. Voyons comment dans cet épisode avec  LA QUESTION DU JOUR: 




COMMENT ET À QUI VENDRE SA PME ?




Selon le magazine PME, la durée moyenne des successions s’avère plus ou moins longue: le temps moyen pour un Family Buy-out (FBO) est de 6,6 ans ; pour un Management Buy-Out (MBO), c’est 3,3 ans et 1,6 an pour le Management Buy-In (MBI). Peux-tu nous expliquer les différences entre ces 3 solutions: FBO, MBO et MBI ?



Un peu plus d’un an et demi: cette estimation se confirme-t-elle chez Nuavo ?



Selon l’"Enquête sur la succession d’entreprise 2022" publiée en sept.23 par feu le Credit Suisse, environ 42% des PME du pays sont transmises à une ou un descendant direct, 11% à d’autres liens de parenté et 23% à des collaborateurs ou à des membres de la direction hors du cercle familliale. Comment ces 3 manières de remettre une entreprise ont-elles évolué ces dernières années (après le Covid) ?




Comment fixer le prix de vente de son entreprise ?



17% des entreprises suisses entre 10 et 49 employés connaissent des problèmes de succession, contre seulement 8,1% des entreprises de 50 à 249 collaborateurs. À quel point est-ce la taille de l’entreprise qui compte ?



Sur quels critères - financiers ou non - les décisions d’investissement de Nuavo reposent-elles ?



En tant que patron qui envisage de remettre, quelles sont les erreurs à ne pas commettre ?



Nuavo a récemment fait une belle emplette… Pouvons-nous décrire le cas de l’entreprise jurassienne Domofen et les défis auxquels vous avez été confrontés pour ce 1er investissement ?





INSPIRATIONS



[ARTICLE] Comment acheter une entreprise familiale en Suisse?



[CITATION] "Dans ce nouveau monde, si vous n’êtes pas autour de la table, vous figurez sur le menu.” Guy Verhofstadt, ex-premier ministre belge



Vous avez râté l'épisode précédent, Des routes de la soie à la route vers Soi ? Le voici.


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	<itunes:image href="https://www.odiolab.ch/wp-content/uploads/2025/03/009-Caffe-Croissance-Remettre-sa-PME-entre-de-bonnes-mains-avec-Raphael-Gindrat-Nuavo.jpg"></itunes:image>
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		<title>Caffè Croissance 009 &#8211; Remettre sa PME entre de bonnes mains, avec Raphaël Gindrat (Nuavo)</title>
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	<title>Entre Ombres et Lumière &#8211; CF Ramuz dans &#8216;Passage du poète&#8217; (EP7)</title>
	<link>https://www.odiolab.ch/podcast/entre-ombres-et-lumiere-cf-ramuz-dans-passage-du-poete-ep7/</link>
	<pubDate>Tue, 12 Nov 2024 11:08:09 +0000</pubDate>
	<dc:creator><![CDATA[@CarolineDeAllegri @JeremieWagner @WarcoBrienza]]></dc:creator>
	<guid isPermaLink="false">https://www.odiolab.ch/?post_type=podcast&#038;p=2735</guid>
	<description><![CDATA[<p>L’été fini, la fête des vignerons rassemble tout le monde dans les villages du Lavaux. Les préparatifs de ce grand rassemblement sont contés dans le dernier épisode de cette série.</p>



<p>CF Ramuz est né en 1878 à Lausanne, en Suisse, de parents commerçants. Après des études de lettres dans sa ville natale, il part pour Paris, où il séjournera régulièrement jusqu’en 1914, tout en participant à la vie littéraire romande. Après la «&nbsp;Grande Guerre&nbsp;» il renonce au roman explicatif pour décrire des communautés aux prises avec les forces du mal, la guerre, la fin du monde. Il développe ainsi un nouveau style d’écriture proche du langage parlé, abandonnant la narration linéaire et introduisant le «&nbsp;on&nbsp;» comme l’expression d’une collectivité.</p>



<p>Bonne écoute avec le chapitre 14 de 'Passage du poète'.</p>



<p>
Transcription ci-dessous:</p>



<h5 class="wp-block-heading">Chapitre 14</h5>



<p>Ils avaient décidé que la fête aurait lieu le dernier dimanche d’août. Tout à coup, ils avaient dit&nbsp;: «&nbsp;Si on la faisait cette année&nbsp;?&nbsp;» et ils étaient tombés d’accord sur ce point, étant tombés d’accord aussi quant à la date, parce que c’est un mois où le travail est moins pressant. On a fini les sulfatages, les soufrages&nbsp;; et plus tard il faut tout préparer pour la vendange, on lave les tonneaux, on met de l’ordre dans les caves, on graisse la vis du pressoir.</p>



<p>Entre deux temps, après les sulfatages et les soufrages, avant que les grappes commencent à traluire&nbsp;: une fête, un beau dimanche pour se réjouir, cette fête de tir. Et tous&nbsp;: «&nbsp;C’est une bonne idée. Depuis le temps… Ça nous manquait.&nbsp;»</p>



<p>Mlle&nbsp;Mathilde a vite été acheter des journaux de mode qu’elle feuillette avec ses amies dans la tonnelle du jardin.</p>



<p>Elles ont regardé comment elles allaient faire ces robes, et elles sont sans manches cette année. Est-ce qu’on oserait&nbsp;?</p>



<p>Sous la tonnelle, trois ou quatre semaines à l’avance&nbsp;; – heureusement qu’il y a ces capes ou des collerettes tombantes&nbsp;; et Mlle&nbsp;Mathilde s’est décidée pour une robe à berthe d’organdi.</p>



<p>Les deux machines, celle à pied, celle à main, n’ont plus arrêté de tourner pendant tout le mois chez Mlle&nbsp;Ducimetière, comme quand on chantonne à deux voix, puis l’une des deux se tait.</p>



<p>On a entendu Congo qui vient&nbsp;; il tousse, il crache, il s’arrête, il a regardé ses pantoufles&nbsp;; il a dit&nbsp;:</p>



<p>—&nbsp;Ça ne se passera pas comme ça&nbsp;!</p>



<p>Il lève le bras, il le tient un moment levé au-dessus de sa tête, il l’abaisse&nbsp;:</p>



<p>—&nbsp;Je vais aller lui parler&nbsp;!</p>



<p>À ce moment, les deux machines ont recommencé à tourner de compagnie et on n’a plus compris ce que Congo disait, bien qu’il continuât à parler tout haut avec des hochements de tête.</p>



<p>Il sait bien qui il va trouver sous les platanes, entre deux de ces troncs nus de leur écorce comme d’une robe tombée, sous les grosses branches courtes, maintenant rejointes et aux vides qui ont été bouchés par les feuilles, comme quand en travers des poutres on met des lattes, on met du plâtre et c’est un plafond.</p>



<p>—&nbsp;Ah&nbsp;! ce qu’ils m’en font des misères, monsieur Besson. Heureusement que vous êtes là, alors écoutez. J’ai écrit une lettre à la municipalité.</p>



<p>Il tire de sa poche de pantalon une feuille de papier pliée en quatre, qui est une page arrachée à un carnet de comptes, avec les colonnes imprimées en rouge.</p>



<p><em>Ayant été dans l’intention de quitter plusieurs fois rapport à ces mauvais traitements…</em></p>



<p>On voit que c’est écrit au crayon.</p>



<p>—&nbsp;Je veux leur faire remarquer ça, a-t-il dit.</p>



<p>C’est écrit au crayon, et il a eu beaucoup de peine à lire, tandis que ses gros doigts tremblaient de l’un et de l’autre côté de la feuille et étaient roses avec des ongles blancs.</p>



<p>Besson fait ses paniers, pendant ce temps.</p>



<p>—&nbsp;<em>Ayant pourtant fait tout mon possible pour patienter jusqu’à aujourd’hui… </em>Attendez… <em>rendant ces messieurs attentifs au dommage qui m’est causé vu le défaut d’hygiène relatif à mon état et à ma situation méritée, ayant voyagé…</em></p>



<p><em>—&nbsp;</em>Parce que vous avez voyagé aussi, vous savez ce que c’est, vous… <em>ayant eu connaissance de plusieurs pays et péninsules… </em>Attendez… <em>tant dans l’ancien que dans le nouveau continent… ce qui peut être établi par des documents authentiques que je tiens à votre disposition… et n’ayant connu en retour que la méconnaissance de mes compatriotes et l’ingratitude la plus noire, comme il sera prouvé à volonté, à soixante-neuf ans d’âge dont cinquante de services patriotiques sur terre et sur mer l’ayant empêché d’assurer à sa vieillesse les ressources convenables et demandant en conséquence qu’une enquête soit ouverte touchant l’état des lieux, le boire et le manger… </em>Hein&nbsp;?</p>



<p>L’interrogation a suivi de si près le dernier mot lu par lui qu’on a pu croire d’abord qu’elle faisait partie du texte.</p>



<p>Puis il a dit&nbsp;:</p>



<p>—&nbsp;Il ne manque plus que des salutations.</p>



<p>Il se met à rire&nbsp;; il est parfaitement content. La rancune qui est dite n’est déjà plus de la rancune. Celui qui a pu se dire se quitte&nbsp;; sa personne part en avant.</p>



<p>On avait commencé à tirer dans tous les stands. Mlle&nbsp;Mathilde a été chercher sa robe. Ce certain samedi, veille de la fête, elle est revenue avec sa robe soigneusement pliée dans un carré de toile épinglé aux deux bouts. Elle est montée dans sa chambre&nbsp;; on tirait dans tous les stands. Elle pose la robe bien à plat sur le lit, puis a été tourner la clé dans la serrure. Elle a écouté encore de derrière la porte fermée si par hasard on monterait&nbsp;; elle est revenue. On tirait dans tous les stands&nbsp;; elle revient sans faire de bruit, ayant ôté ses souliers. C’est quand il y a celui qui tresse ses paniers sur la place, et il va y avoir six mois qu’il est là. Comme d’autres dans leur chambre écrivent sur du papier, sans qu’on sache ce qu’ils font, ni pourquoi, ou d’autres peignent sur de la toile&nbsp;: alors elle ôte les épingles de l’étoffe, puis va les piquer dans le mur. On tire dans tous les stands, elle prend la robe par le haut entre deux doigts, et la laisse tomber le long d’elle. C’est une robe blanche, avec une ceinture basse, sans ornements, ni garnitures et sans point de manches non plus, mais il y a cette berthe qui vous tombe tout autour du corps jusqu’aux coudes. Une de ces robes-chemises, qui sont sans forme par elles-mêmes, parce que c’est le corps qui leur en donne une. Il semble qu’elle ne va jamais pouvoir se décider à l’essayer. Elle a dépendu le miroir d’au-dessus de la table de toilette pour aller le pendre à un clou, dans l’embrasure de la fenêtre. On tirait, on tirait encore&nbsp;; il y avait un coup de feu isolé, il y en avait plusieurs qui se suivaient à de très petits intervalles comme quand on fait sauter les points d’une couture en tirant sur l’étoffe. Quelques entêtés (ou bien il y en a qui ont la manie de faire des essais, lisant dans les journaux les conseils qu’on y donne, avec toute sorte de recettes) soufraient encore dans les vignes, ou faisaient des applications d’arsenic, – nous, on est déjà sortis du travail. C’est la fête. On monte sur son travail comme on monte sur un mur pour voir ce qu’il y a de l’autre côté. Sortir de soi-même, monter à soi-même&nbsp;; – mais, elle, elle n’osait toujours pas. Elle a tenu sa robe contre elle, un grand moment, étant en même temps encouragée et découragée. Tellement de silence dans la maison, et quand on serait si tranquille, parce que décidément sa mère doit être sortie et c’est bien sur quoi elle a compté&nbsp;: regardant par la fenêtre le soleil qui baisse, pas encore entré pourtant jusqu’à elle, à cause du large avant-toit, mais elle sait qu’il n’entrera que juste au moment de se coucher. Et Congo a remis la lettre dans sa poche, puis il a dit&nbsp;:&nbsp;» N’est-ce pas que ça va&nbsp;?&nbsp;» et sans attendre la réponse&nbsp;: «&nbsp;Je vais aller la copier.&nbsp;»</p>



<p>On tire dans tous les stands. Non&nbsp;? Oui&nbsp;?</p>



<p>Elle vient de voir devant elle les ombres des maisons et celles des murs dans les vignes s’allonger toujours davantage, – ayant commencé d’ôter sa vieille robe.</p>



<p>Elle avait des bas de coton, elle ôte ses bas. Elle a un jupon de dessous, elle ôte son jupon.</p>



<p>La fanfare s’est mise à jouer.</p>



<p>Ils avaient constitué à la ville un comité et tous les villages du district avaient un représentant dans ce comité.</p>



<p>Ils ont été chercher sur les monts des branches de sapin et de la mousse que les enfants des écoles tressent en guirlandes et où ils piquent des roses en papier sous la surveillance des femmes&nbsp;; les hommes, pendant ce temps, faisaient sauter le pavé et plantaient en terre les hauts fourrons (comme ils disent), les hautes perches non écorcées où les guirlandes devaient venir s’attacher.</p>



<p>Ils étaient descendus des monts avec des charrettes à bras, ou des attelages de deux chevaux tirant un double train de roues.</p>



<p>La forêt venait en bas, s’étonnant des vignes qu’elle traversait, et davantage encore de l’eau, dont elle se tient d’ordinaire dans un grand éloignement, la méprisant de ses hauteurs.</p>



<p>Ils claquaient du fouet&nbsp;; les mécaniques serrées à fond criaient à cris non interrompus comme des sirènes de bateaux dans la brume.</p>



<p>On voit juste au-dessous de soi les fissures que font les rues de la ville comme si c’était une galette d’argile du genre de celles que s’amusent à faire les enfants et puis ils les oublient au soleil.</p>



<p>Ils tombaient peu à peu vers les toits aperçus d’en haut, qui ont été se séparant, puis ils sont devenus pointus.</p>



<p>Pendant ce temps, une bande d’enfants venait par les sentiers. Les plus grands étaient avec les charrettes, elles aussi lourdement chargées. Et longtemps derrière eux ça sentait la terre noire, la résine, le champignon, l’aiguille de sapin, l’écorce&nbsp;: ça sentait fort et frais dans le grand soleil, parmi l’odeur fade qui montait du lac. Ils mettaient ensemble, ils réconciliaient, ils remariaient les climats, les essences, ils reconfondaient les natures&nbsp;; puis il y a aussi les produits fabriqués, papier de soie, cotonnades, pots de couleur, et on allait chercher dans les greniers les drapeaux qu’on y tenait roulés depuis des années et les écussons de carton un peu passés, mais qui pouvaient servir encore, qui vont servir, – alors on a entendu le bruit des marteaux, le bruit des scies&nbsp;; on riait de voir M.&nbsp;Borgeaud de la boutique monter difficilement à son échelle, parce qu’il y avait son ventre qui s’était mis entre elle et lui, mais il est monté jusqu’au fin bout quand même, voulant pendre des lampions à ses fenêtres&nbsp;; – pendant ce temps, toujours, partout, ces coups de feu.</p>



<p>Les tireurs, dans les stands, ont fait claquer leurs fouets à eux&nbsp;; leurs gros fouets à lanières de cuir donnant un coup sec, qui est aussitôt imité à trois, quatre, cinq, six reprises.</p>



<p>Aussitôt repris, imité, mais en même temps devenu plus sourd, et qui traîne, qui se prolonge, qui ne veut plus finir.</p>



<p>Parce qu’il y a la forme du mont, il y a sa forme de corbeille avec son double avancement, ce creux fait comme exprès pour recueillir.</p>



<p>Le bruit d’un coup de feu n’est pas mort qu’un autre entre déjà dedans, et un autre, et un autre encore&nbsp;; les départs se confondent avec les retours&nbsp;; il n’y a plus de fin à rien, mais seulement continuation et suite, comme si le mont roulait sur des roues, à cause de tous ces stands étagés&nbsp;; et, dans ceux du bord de l’eau, on tirait par-dessus l’eau d’une pointe à l’autre, dans ceux de plus haut c’est par-dessus un pli de terrain et d’un des versants à l’autre versant, par-dessus les chemins et les murs, par-dessus les têtes&nbsp;; – et si vous êtes en petit bateau, tout à coup vous entendez siffler à vos oreilles cette méchante abeille trop pressée, allant en ligne droite, que rien n’arrête, ou bien c’est haut, dans l’air, comme quand le martinet au vol rapide passe avec son cri, le soir.</p>



<p>On voit monter le drapeau rouge.</p>



<p>On voit devant les cibles monter le drapeau rouge qui veut dire qu’on a fait mouche&nbsp;; ou c’est la palette blanche quand le coup a porté dans le noir, la palette noire quand le coup a porté dans le blanc.</p>



<p>Là-bas, l’alignement des quatre ou cinq cibles dans leur cadre de maçonnerie, sous les lettres majuscules ABC servant à les numéroter&nbsp;; elles se mettent ainsi à vivre certains jours, elles s’animent quand le mont est comme un attelage qui n’en peut plus sous les coups de fouet.</p>



<p>Quelquefois aussi la palette se balance longuement sans se poser&nbsp;:</p>



<p>—&nbsp;Ah&nbsp;! saleté… Nom d’un tonnerre&nbsp;!</p>



<p>Et on entend&nbsp;:</p>



<p>—&nbsp;C’est pourtant pas possible&nbsp;!… Je devais être dans le quatre, j’étais sûr de mon coup&nbsp;; dans le quatre, un peu sur la droite. C’est cette carabine, ou bien si c’est la munition&nbsp;? Rubattel, passe-moi ton arme et tes cartouches…</p>



<p>L’homme se remet en position&nbsp;: et ils sont tous là, les uns debout, les autres à genoux, les autres couchés pour leurs séries, dans la terre sèche, avec tout un système de sonneries, en bras de chemise, leurs chapeaux de paille souple à l’aile rabattue sur les yeux, commençant de viser à ras de terre, fermant soigneusement l’œil gauche, clignant l’autre&nbsp;; on voit le canon du fusil monter très lentement, monter encore, se déplaçant quelque peu d’un côté, de l’autre côté, – à la suite de quoi le choc vient dans l’épaule, en même temps que la douille saute en l’air.</p>



<p>—&nbsp;Quatre&nbsp;! quatre&nbsp;! tu vois, je savais bien, je vous avais bien dit. Quatre&nbsp;! Dis donc, Louis, tu marques&nbsp;?</p>



<p>Et un autre&nbsp;:</p>



<p>—&nbsp;Trois. Tu marques&nbsp;?</p>



<p>Par-dessus l’eau, par-dessus deux pentes rejointes du bas, avec leurs murs, leurs escaliers&nbsp;; et la palette noire, la palette blanche, le drapeau rouge&nbsp;:</p>



<p>—&nbsp;Cinq. Tu marques&nbsp;?</p>



<p>—&nbsp;C’est marqué.</p>



<p>D’un talus à l’autre, dans les vignes&nbsp;; d’une vigne à une autre vigne&nbsp;; – par-dessus l’eau du lac qui est empêchante, surtout le soir, parce qu’il y a tout le ciel qui y tombe, trop jaune, trop rose, trop blanc&nbsp;; ils disent&nbsp;: «&nbsp;Ce n’est pas du jeu, ça&nbsp;!&nbsp;» quand ils ont à se défendre ici contre deux lumières&nbsp;: celle qui vient d’en haut, celle qui vient d’en bas, toutes ces couleurs et qui changent comme une fille qui aurait trop de robes&nbsp;; et puis un gros nuage blanc est venu avec son reflet, comme on voit, à ce qu’on raconte dans les livres, sur les mers du pôle, des champs de neige se promener…</p>



<p>Elle se regarde vite encore, elle voit sa coiffure qui est mal faite, qu’elle a défaite, et ses cheveux lui sont tombés sur les épaules comme Dieu les lui a donnés.</p>



<p>Il n’y a personne dans la maison&nbsp;; on tire dans tous les stands, la fanfare joue une marche militaire.</p>



<p>Elle ôte son peigne, ce qui fait que, ses cheveux n’étant plus retenus, elle peut les prendre dans ses mains, elle voit jusqu’où ils descendent. La carafe, le verre, le pot à eau, la petite table de toilette recouverte d’une toile cirée à damier, le plancher de sapin, les images au mur. Jusqu’au milieu du dos, plus bas que la ceinture. La fanfare a joué une marche militaire, puis le directeur dit&nbsp;: «&nbsp;Halte&nbsp;! recommençons… Septième mesure, vous y êtes&nbsp;?…&nbsp;» Sa baguette va et vient devant le tableau noir&nbsp;; les hommes sont assis sur les bancs d’école, sauf les gros instruments, le bombardon, les basses, qui doivent se tenir debout. La fanfare repart. Et c’est noir, c’est annelé, c’est plein de reflets, ces cheveux, comme l’eau quand il y a des vagues, sous l’éclairage venant de côté. Elle a osé, elle ose, elle ose un peu plus. Pour être toute neuve, être comme si on venait seulement de naître et recommencer. La fanfare continue de répéter patiemment sa marche et on a fini par ne plus entendre les coups de feu tant il y en a&nbsp;: – longs, ronds, minces, pleins, ses bras, avec deux lignes bien droites et bien égales, jusque tout en haut, à peine tremblées… Si c’était vrai, pourtant&nbsp;! Brune de peau. Et puis alors, remontant&nbsp;: la figure. Elle ose, elle s’étonne. Moi&nbsp;? Rien qu’une bouche, un nez, deux yeux, une figure comme la lune, comme la lune du bon Dieu, simple, ronde, qui la regarde&nbsp;; et puis se sont montrées les dents, petites et blanches comme celles des souris… Et, encore une fois, elle se dit&nbsp;: «&nbsp;Il faut oser, il faut croire…&nbsp;» Elle a le menton un peu renflé comme aux pigeons, quand ils roucoulent, – avec un pli marquant le haut de la gorge, alors le cœur lui est parti. Elle a osé aller prendre sa belle robe, elle pense&nbsp;: «&nbsp;Ce sera pour lui.&nbsp;» L’amour revient, il a été partout&nbsp;: dehors, dedans, dans l’air, en elle. Dans ce qui est, dans ce qu’elle est et dans les choses&nbsp;; et, quand le soleil est entré, il a été dans le soleil.</p>



<p>Car, tout à coup, le soleil entre par la fenêtre&nbsp;; il s’est tenu entre l’avant-toit et la montagne par delà les vignes, quittant l’avant-toit&nbsp;; tandis qu’elle, elle va chercher dans un carton ses souliers neufs, des bas de soie&nbsp;; il faut se faire belle puisque tout se fait beau.</p>



<p>S’habillant tout de blanc comme une mariée, pendant qu’on voit le soleil qui descend aller vers la montagne, et la montagne se soulève tendant vers lui les bras, comme quand l’amante est déjà couchée, l’amant vient&nbsp;; et sa tête trop lourde à lui va en avant, se logeant au creux de l’épaule. Elle rit&nbsp;: «&nbsp;Comme une mariée…&nbsp;» Toute blanche, toute prête déjà.</p>



<p>La fanfare a commencé à jouer une danse&nbsp;: on entend&nbsp;:</p>



<p>—&nbsp;Est-ce que vous venez, demain&nbsp;?</p>



<p>—&nbsp;Je voudrais bien…</p>



<p>—&nbsp;Qu’est-ce qui vous en empêche&nbsp;?</p>



<p>—&nbsp;C’est le petit, il se fait lourd&nbsp;!</p>



<p>On entend&nbsp;:</p>



<p>—&nbsp;Quelle bêtise&nbsp;! Venez avec nous… On prend la voiture, on mettra les enfants ensemble dans la voiture…</p>



<p>—&nbsp;Oh&nbsp;! merci.</p>



<p>On entend&nbsp;:</p>



<p>—&nbsp;Voyons&nbsp;! donne-moi ça… Il est trop pesant pour toi…</p>



<p>C’est Gilliéron à une petite fille qui a été chercher de l’eau à la fontaine, et Gilliéron&nbsp;:</p>



<p>—&nbsp;Voyons, je te dis, donne-moi ton seau…</p>



<p>Pendant qu’on tire dans les stands, la fanfare joue une valse, tout le monde est dehors, c’est plein de femmes et d’enfants, les portes des caves sont ouvertes, ça sent le vin, les portes des cuisines sont ouvertes, ça sent le pain, ça sent la soupe, – ils s’appellent, – ils vont boire ensemble, on se donne rendez-vous pour le lendemain…</p>



<p>—&nbsp;Et, moi, je viendrai, et je lui dirai…</p>



<p>Debout devant le miroir dans sa robe blanche&nbsp;:</p>



<p>—&nbsp;Je lui dirai&nbsp;: «&nbsp;J’ai été méchante&nbsp;; je me méfiais de toi, parce que je me méfiais de moi…&nbsp;»</p>



<p>On a entendu&nbsp;:</p>



<p>—&nbsp;Vous aussi&nbsp;?</p>



<p>—&nbsp;Pourquoi pas&nbsp;?</p>



<p>—&nbsp;Alors vous m’en réserverez une.</p>



<p>—&nbsp;Laquelle voulez-vous&nbsp;?</p>



<p>—&nbsp;Un galop ou une sautiche.</p>



<p>Et un rire tout trembloté, parce que c’est la vieille Jaquillard qui a septante-deux ans passés, comme on l’a appris par la suite&nbsp;; mais ça n’empêche rien&nbsp;; «&nbsp;bien sûr que non&nbsp;!&nbsp;»</p>



<p>La fanfare a joué sa valse d’un bout à l’autre sans une faute.</p>



<p>Il commence à faire nuit&nbsp;; ils reviennent du tir, en bandes, leur fusil sur l’épaule.</p>



<p>Sur la place, il y a Besson, Besson qui travaille toujours…</p>



<p>Et le lendemain matin, à six heures, les concours de tir ont continué&nbsp;; ils ont été interrompus de neuf à onze, ils ont repris jusqu’à midi&nbsp;; ensuite les bateaux à vapeur ont commencé à amener le monde au chef-lieu.</p>



<p>Il y a eu trois courses supplémentaires, ils n’ont plus arrêté de siffler, se vidant de leurs passagers, l’un après l’autre, sur le débarcadère&nbsp;: les grands bateaux blancs à roues avec une seule cheminée&nbsp;: <em>Italie, Savoie</em>, <em>Rhône, Mont-Blanc.</em></p>



<p>Et le monde lentement coule hors d’eux dans le soleil pour entrer tout d’un coup sous les ombrages de la place où les chapeaux des dames ont été comme des bougies qu’on a soufflées, la mode étant aux chapeaux rouges.</p>



<p>On a été, venant du lac, dans la direction du mont. Le monde remontait les rues pour en admirer la décoration. Sous les guirlandes, sous les drapeaux, sous successivement chacun des quatre arcs de triomphe avec leurs devises, dont l’une dit&nbsp;:</p>



<p><em>Rendez hommage aux vignerons,</em></p>



<p><em>Car c’est le vin qui fait l’union…</em></p>



<p>écrite en belles majuscules sur un carré de carton qui se balance au-dessus des têtes dans le courant d’air.</p>



<p>Une deuxième disait&nbsp;:</p>



<p><em>La vie est courte et vous venez</em></p>



<p><em>Et ce soir vous repartirez&nbsp;;</em></p>



<p><em>Alors souvenez-vous de nous</em></p>



<p><em>En vous en retournant chez vous…</em></p>



<p>tandis qu’on venait, en effet, on levait la tête, on lisait.</p>



<p>Et on continuait d’avancer jusque sous le pont du chemin de fer&nbsp;; là on ne va pas plus loin, là on s’arrête.</p>



<p>Là, les gens faisaient halte, là les gens se sont tenus arrêtés&nbsp;: ils ont vu le pays se lever devant eux comme sur un plan de géomètre. Tout le district leur est apparu, pendant qu’eux-mêmes se tenaient au chef-lieu, c’est-à-dire dans son centre, ayant devant eux cet extrait de cadastre avec ses carrés réguliers, jaunes ou gris ou verts, les taches rouges des villages, des traits simples qui sont les chemins, des traits doubles qui sont les routes&nbsp;: en minces couleurs de lavis posées à plat.</p>



<p>Le district, et eux au chef-lieu, sur sa frontière, où ils attendent, tournant le dos à l’eau et à ce quatrième côté qui ne compte pas, non utilisable&nbsp;; – face au pays des hommes, aux lieux habités d’où ça va venir, et ils regardent encore si, des fois, ça ne viendrait pas&nbsp;: rien ne venait encore.</p>



<p>Et ceux qui se sont tenus là d’abord ont eu le temps de s’en retourner, et d’être remplacés par d’autres&nbsp;: toujours rien. Comme si c’était peint sur du papier&nbsp;; rien, ça ne bouge pas, ça ne parle pas, ça se tait, c’est comme rentré sous terre, dimanche&nbsp;; personne dans les vignes, personne sur les chemins. Deux heures sonnent à l’horloge.</p>



<p>Ça a commencé par un bruit de tambours.</p>



<p>Les villages sont facilement comptés. Une route passe dans chaque village et, ou bien c’est toujours la même, ou bien elles se rejoignent. Quelques-uns vont venir d’en haut, c’est-à-dire de dessus la crête&nbsp;: quelques-uns d’à mi-mont, quelques autres de plus bas. On compte facilement ces villages tant c’est nu, c’est dépouillé, c’est lisse à l’œil comme quand c’est peint&nbsp;: il y en a un, deux, trois, quatre, cinq&nbsp;: en plus de quoi, quelques groupes de maisons isolées, quelques tours en ruines.</p>



<p>Cinq villages, ce qui fait cinq communes. Et rien encore. Puis il semble qu’on a entendu le tambour. C’est quand les gens d’en bas se sont dit&nbsp;: «&nbsp;Tu as entendu&nbsp;?&nbsp;» —&nbsp;«&nbsp;Non.&nbsp;» —&nbsp;«&nbsp;Je te dis que si, moi… Écoute…&nbsp;».</p>



<p>Et on ne peut pas voir, parce que c’est trop loin&nbsp;: c’est là-haut, dans le village de tout là-haut, sur la crête, à votre gauche&nbsp;: là où ils ont le Globe et la Croix<a href="https://ebooks-bnr.com/ebooks/html/ramuz_passage_du_poete.htm#_ftn3">[3]</a>, et voilà qu’ils ont élevé au-dessus de leurs têtes le globe et la croix.</p>



<p>Ils les ont levés devant eux au-dessus des murs bordant la route et de derrière l’angle de la dernière des maisons&nbsp;: les tambours sont en tête, ensuite vient la fanfare&nbsp;; eux, ils marchent derrière la bannière dans leurs habits noirs du dimanche, ils marchent derrière l’écu où il y a le globe peint dessus et il y a la croix peinte dessus. Le syndic, le président du conseil communal, la municipalité&nbsp;; ensuite les demoiselles d’honneur et les tireurs, sur la route, là-haut, à gauche, – tandis que plus bas, sur la droite, viennent à présent les Trois Sapins Verts.</p>



<p>Ça vient&nbsp;; on ne voit rien encore&nbsp;: ceux d’en haut vont de gauche à droite, ceux de plus bas de droite à gauche, mais on ne voit rien. Derrière le Globe et la Croix, derrière les Trois Sapins qu’ils ont, ces autres, et eux aussi leurs demoiselles d’honneur en blanc, qui sont huit, dont Mathilde, marchant deux par deux. Et à présent qui paraissent deux par deux tenant des fleurs, sortent de l’ombre, dans leurs robes blanches, sous leurs beaux cheveux, – les femmes qui nous sont promises après nos peines, les femmes qui seront à nous une fois, à nous ou à toi, avec qui tu seras au lit en récompense, et tu lui donneras un baiser, puis un baiser, puis un troisième, plus appuyé.</p>



<p>On n’avait rien vu encore&nbsp;; puis&nbsp;: «&nbsp;Eh&nbsp;! tu vois&nbsp;?…&nbsp;»</p>



<p>—&nbsp;Une, tu vois&nbsp;?</p>



<p>—&nbsp;Deux.</p>



<p>—&nbsp;Trois…</p>



<p>—&nbsp;Où ça, la troisième&nbsp;?</p>



<p>Cette fois, c’est dans le village du milieu&nbsp;; et ça en fait trois, en effet, trois bannières, qu’on distingue au-dessus des murs&nbsp;: et celle-ci porte le Cep chargé de fruits.</p>



<p>Et voilà que ça en fait quatre, à présent, puis voilà que ça en fait cinq&nbsp;; ça vient peu à peu, ça se rapproche, ça grandit&nbsp;: à présent on distingue très bien au-dessus des murs les têtes, le haut des corps, les instruments nickelés, les bannières aussi qui penchent vers vous et vers ici.</p>



<p>Alors il y a eu ceux d’ici, ceux de la grosse Grappe remplissant à elle seule l’écu sur son étoffe, – à un moment donné, signal&nbsp;: un coup de canon&nbsp;; les cloches.</p>



<p>Ceux d’ici, et quand ils ont vu que les autres cortèges allaient se réunir&nbsp;: alors ils ont formé le leur&nbsp;; les pompiers courent avec leurs cordes, refoulant le monde dans le bord des rues et sur les trottoirs, ceux qui n’arrivent pas à s’y loger repoussés jusque sur la place&nbsp;; le canon tire, les cloches sonnent, la fanfare éclate&nbsp;; cloches, canon, et unité.</p>



<p>Les fenêtres viennent dehors par le débordement des têtes. Dans le cadre en grès usé, trois étages, trois, quatre étages de figures. Les façades des maisons ont comme des soubassements de corps. À peine si à certaines places on aperçoit encore le pavé, des fenêtres, tant il y a de ces drapeaux, de ces écussons, de ces guirlandes. On ne sait plus si c’est le courant d’air ou bien le bruit qui fait qu’elles balancent ainsi, en même temps que balancent les cloches et le canon tire en mesure. Tout le pays se vidant d’hommes vers ici comme quand l’eau descend d’un toit, et ici ils sont recueillis, parce que c’est ici le milieu et c’est ici que ça finit, devant le lac mis là pour faire plus beau encore, et qui est plein de bateaux, plein de barques, vus entre les gros troncs courts des ormes, les troncs moins gros, plus élevés des peupliers. Et, au-dessus des toits, quelqu’un, et dans le ciel encore quelqu’un qui regarde, un aéroplane&nbsp;; et en arrière alors, assis en rond, le mont, tout salué qu’il est et parcouru qu’il est, tout caressé par la musique, les sonneries, ou bien quand le canon comme une grosse bulle de savon vient crever contre les murs des vignes…</p>



<p>C’est alors qu’on a vu des fenêtres le pavé se mettre à avancer doucement, à glisser, à couler dans la direction de la place&nbsp;: on a battu des mains, on a crié bravo. Du blanc, du noir et blanc, et puis encore du blanc. «&nbsp;Bravo&nbsp;! Mesdemoiselles.&nbsp;» Et puis du rouge et du blanc. «&nbsp;Bravo pour le Globe&nbsp;!&nbsp;» Et puis «&nbsp;Vive la musique&nbsp;!…&nbsp;» mais cette fois on n’a rien entendu et il y a seulement les bouches qu’on a vues s’ouvrir, tellement tout a éclaté, en même temps qu’on était ébloui, tellement ils avaient bien fourbi leurs instruments, qui ont passé dans le soleil, entre deux toits&nbsp;; – puis des chapeaux se sont levés&nbsp;: «&nbsp;Vivent les Sapins&nbsp;!&nbsp;» puis&nbsp;: «&nbsp;Vivent les Demoiselles&nbsp;!&nbsp;» leurs bas minces, ces fins souliers en peau, et tenant la tête levée, riant, remerciant d’un signe, et on leur a jeté des fleurs…</p>



<p>C’était tout blanc…</p>



<p>Puis, de nouveau, c’est noir, avec des chapeaux de paille et des tubes, pendant que ça coule toujours, ça va toujours d’un même mouvement, en mesure, du même pas, dans le même sens, et ça va.</p>



<p>Dans le bout de la place, du côté du levant, sont les chevaux de bois et les tirs de pipes&nbsp;; à l’autre bout, la cantine.</p>



<p>Une ordonnance de police avait interdit aux chevaux de bois de tourner et aux tirs de pipes de fonctionner, pendant la cérémonie. La foule faisait silence, la dernière fanfare s’est tue. On a entendu un cygne battre des ailes, puis prendre son vol, faisant siffler l’air, au-dessus de la baie. Dans les arbres, les moineaux, qui avaient été dérangés, sont venus reprendre leurs places. Et on a entendu aussi le lac, bien qu’il fût sans vagues, mais, même par les temps les plus tranquilles, un mouvement se fait à sa surface, comme quand une poitrine respire&nbsp;: il va vers en haut, va vers en bas, va vers en haut.</p>



<p>On a entendu le lac, pendant que tout le monde se taisait. Le premier orateur se lève.</p>



<p><em>Vignerons…</em></p>



<p>Il y a là-haut Besson, celui d’où la poésie provient et que la poésie a quitté&nbsp;; on ne va plus avoir besoin de lui&nbsp;: alors, en ce même moment, il se prépare à s’en aller.</p>



<p>Ils sont ici devant l’estrade où il y a une grande table&nbsp;; on a entendu le lac&nbsp;; sur l’estrade, le premier orateur s’est levé.</p>



<p>Le premier orateur se lève, tandis qu’autour de la table, en demi-cercle, il y a les demoiselles, leurs mains tenues l’une sur l’autre, leurs bras allant en travers d’elles, leurs beaux bras nus.</p>



<h5 class="wp-block-heading">
Remerciements</h5>



<p>Le téléchargement de cet épisode et la transcription complète sont disponibles sur <a href="https://gate.sc?url=http%3A%2F%2Fwww.odiolab.ch%2Fseries%2Fentre-ombres-et-lumiere%2F&amp;token=bc4ebb-1-1730825240113" rel="noreferrer noopener" target="_blank">www.odiolab.ch/series/entre-ombres-et-lumiere/</a></p>



<p>Merci à la <a href="https://ebooks-bnr.com/ebooks/html/ramuz_passage_du_poete.htm" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Bibliothèque Numérique Romande</a> pour la mise à disposition du texte traduit de l’allemand, et à Wikipedia pour la mise à disposition de l'illustration.</p>


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	<itunes:subtitle><![CDATA[L’été fini, la fête des vignerons rassemble tout le monde dans les villages du Lavaux. Les préparatifs de ce grand rassemblement sont contés dans le dernier épisode de cette série.



CF Ramuz est né en 1878 à Lausanne, en Suisse, de parents commerçants.]]></itunes:subtitle>
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	<itunes:title><![CDATA[CF Ramuz dans Passage du poète (EP7)]]></itunes:title>
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	<itunes:season>3</itunes:season>
	<content:encoded><![CDATA[<p>L’été fini, la fête des vignerons rassemble tout le monde dans les villages du Lavaux. Les préparatifs de ce grand rassemblement sont contés dans le dernier épisode de cette série.</p>



<p>CF Ramuz est né en 1878 à Lausanne, en Suisse, de parents commerçants. Après des études de lettres dans sa ville natale, il part pour Paris, où il séjournera régulièrement jusqu’en 1914, tout en participant à la vie littéraire romande. Après la «&nbsp;Grande Guerre&nbsp;» il renonce au roman explicatif pour décrire des communautés aux prises avec les forces du mal, la guerre, la fin du monde. Il développe ainsi un nouveau style d’écriture proche du langage parlé, abandonnant la narration linéaire et introduisant le «&nbsp;on&nbsp;» comme l’expression d’une collectivité.</p>



<p>Bonne écoute avec le chapitre 14 de 'Passage du poète'.</p>



<p>
Transcription ci-dessous:</p>



<h5 class="wp-block-heading">Chapitre 14</h5>



<p>Ils avaient décidé que la fête aurait lieu le dernier dimanche d’août. Tout à coup, ils avaient dit&nbsp;: «&nbsp;Si on la faisait cette année&nbsp;?&nbsp;» et ils étaient tombés d’accord sur ce point, étant tombés d’accord aussi quant à la date, parce que c’est un mois où le travail est moins pressant. On a fini les sulfatages, les soufrages&nbsp;; et plus tard il faut tout préparer pour la vendange, on lave les tonneaux, on met de l’ordre dans les caves, on graisse la vis du pressoir.</p>



<p>Entre deux temps, après les sulfatages et les soufrages, avant que les grappes commencent à traluire&nbsp;: une fête, un beau dimanche pour se réjouir, cette fête de tir. Et tous&nbsp;: «&nbsp;C’est une bonne idée. Depuis le temps… Ça nous manquait.&nbsp;»</p>



<p>Mlle&nbsp;Mathilde a vite été acheter des journaux de mode qu’elle feuillette avec ses amies dans la tonnelle du jardin.</p>



<p>Elles ont regardé comment elles allaient faire ces robes, et elles sont sans manches cette année. Est-ce qu’on oserait&nbsp;?</p>



<p>Sous la tonnelle, trois ou quatre semaines à l’avance&nbsp;; – heureusement qu’il y a ces capes ou des collerettes tombantes&nbsp;; et Mlle&nbsp;Mathilde s’est décidée pour une robe à berthe d’organdi.</p>



<p>Les deux machines, celle à pied, celle à main, n’ont plus arrêté de tourner pendant tout le mois chez Mlle&nbsp;Ducimetière, comme quand on chantonne à deux voix, puis l’une des deux se tait.</p>



<p>On a entendu Congo qui vient&nbsp;; il tousse, il crache, il s’arrête, il a regardé ses pantoufles&nbsp;; il a dit&nbsp;:</p>



<p>—&nbsp;Ça ne se passera pas comme ça&nbsp;!</p>



<p>Il lève le bras, il le tient un moment levé au-dessus de sa tête, il l’abaisse&nbsp;:</p>



<p>—&nbsp;Je vais aller lui parler&nbsp;!</p>



<p>À ce moment, les deux machines ont recommencé à tourner de compagnie et on n’a plus compris ce que Congo disait, bien qu’il continuât à parler tout haut avec des hochements de tête.</p>



<p>Il sait bien qui il va trouver sous les platanes, entre deux de ces troncs nus de leur écorce comme d’une robe tombée, sous les grosses branches courtes, maintenant rejointes et aux vides qui ont été bouchés par les feuilles, comme quand en travers des poutres on met des lattes, on met du plâtre et c’est un plafond.</p>



<p>—&nbsp;Ah&nbsp;! ce qu’ils m’en font des misères, monsieur Besson. Heureusement que vous êtes là, alors écoutez. J’ai écrit une lettre à la municipalité.</p>



<p>Il tire de sa poche de pantalon une feuille de papier pliée en quatre, qui est une page arrachée à un carnet de comptes, avec les colonnes imprimées en rouge.</p>



<p><em>Ayant été dans l’intention de quitter plusieurs fois rapport à ces mauvais traitements…</em></p>



<p>On voit que c’est écrit au crayon.</p>



<p>—&nbsp;Je veux leur faire remarquer ça, a-t-il dit.</p>



<p>C’est écrit au crayon, et il a eu beaucoup de peine à lire, tandis que ses gros doigts tremblaient de l’un et de l’autre côté de la feuille et étaient roses avec des ongles blancs.</p>



<p>Besson fait ses paniers, pendant ce temps.</p>



<p>—&nbsp;<em>Ayant pourtant fait tout mon possible pour patienter jusqu’à aujourd’hui… </em>Attendez… <em>rendant ces messieurs attentifs au dommage qui m’est causé vu le défaut d’hygiène relatif à mon état et à ma situation méritée, ayant voyagé…</em></p>



<p><em>—&nbsp;</em>Parce que vous avez voyagé aussi, vous savez ce que c’est, vous… <em>ayant eu connaissance de plusieurs pays et péninsules… </em>Attendez… <em>tant dans l’ancien que dans le nouveau continent… ce qui peut être établi par des documents authentiques que je tiens à votre disposition… et n’ayant connu en retour que la méconnaissance de mes compatriotes et l’ingratitude la plus noire, comme il sera prouvé à volonté, à soixante-neuf ans d’âge dont cinquante de services patriotiques sur terre et sur mer l’ayant empêché d’assurer à sa vieillesse les ressources convenables et demandant en conséquence qu’une enquête soit ouverte touchant l’état des lieux, le boire et le manger… </em>Hein&nbsp;?</p>



<p>L’interrogation a suivi de si près le dernier mot lu par lui qu’on a pu croire d’abord qu’elle faisait partie du texte.</p>



<p>Puis il a dit&nbsp;:</p>



<p>—&nbsp;Il ne manque plus que des salutations.</p>



<p>Il se met à rire&nbsp;; il est parfaitement content. La rancune qui est dite n’est déjà plus de la rancune. Celui qui a pu se dire se quitte&nbsp;; sa personne part en avant.</p>



<p>On avait commencé à tirer dans tous les stands. Mlle&nbsp;Mathilde a été chercher sa robe. Ce certain samedi, veille de la fête, elle est revenue avec sa robe soigneusement pliée dans un carré de toile épinglé aux deux bouts. Elle est montée dans sa chambre&nbsp;; on tirait dans tous les stands. Elle pose la robe bien à plat sur le lit, puis a été tourner la clé dans la serrure. Elle a écouté encore de derrière la porte fermée si par hasard on monterait&nbsp;; elle est revenue. On tirait dans tous les stands&nbsp;; elle revient sans faire de bruit, ayant ôté ses souliers. C’est quand il y a celui qui tresse ses paniers sur la place, et il va y avoir six mois qu’il est là. Comme d’autres dans leur chambre écrivent sur du papier, sans qu’on sache ce qu’ils font, ni pourquoi, ou d’autres peignent sur de la toile&nbsp;: alors elle ôte les épingles de l’étoffe, puis va les piquer dans le mur. On tire dans tous les stands, elle prend la robe par le haut entre deux doigts, et la laisse tomber le long d’elle. C’est une robe blanche, avec une ceinture basse, sans ornements, ni garnitures et sans point de manches non plus, mais il y a cette berthe qui vous tombe tout autour du corps jusqu’aux coudes. Une de ces robes-chemises, qui sont sans forme par elles-mêmes, parce que c’est le corps qui leur en donne une. Il semble qu’elle ne va jamais pouvoir se décider à l’essayer. Elle a dépendu le miroir d’au-dessus de la table de toilette pour aller le pendre à un clou, dans l’embrasure de la fenêtre. On tirait, on tirait encore&nbsp;; il y avait un coup de feu isolé, il y en avait plusieurs qui se suivaient à de très petits intervalles comme quand on fait sauter les points d’une couture en tirant sur l’étoffe. Quelques entêtés (ou bien il y en a qui ont la manie de faire des essais, lisant dans les journaux les conseils qu’on y donne, avec toute sorte de recettes) soufraient encore dans les vignes, ou faisaient des applications d’arsenic, – nous, on est déjà sortis du travail. C’est la fête. On monte sur son travail comme on monte sur un mur pour voir ce qu’il y a de l’autre côté. Sortir de soi-même, monter à soi-même&nbsp;; – mais, elle, elle n’osait toujours pas. Elle a tenu sa robe contre elle, un grand moment, étant en même temps encouragée et découragée. Tellement de silence dans la maison, et quand on serait si tranquille, parce que décidément sa mère doit être sortie et c’est bien sur quoi elle a compté&nbsp;: regardant par la fenêtre le soleil qui baisse, pas encore entré pourtant jusqu’à elle, à cause du large avant-toit, mais elle sait qu’il n’entrera que juste au moment de se coucher. Et Congo a remis la lettre dans sa poche, puis il a dit&nbsp;:&nbsp;» N’est-ce pas que ça va&nbsp;?&nbsp;» et sans attendre la réponse&nbsp;: «&nbsp;Je vais aller la copier.&nbsp;»</p>



<p>On tire dans tous les stands. Non&nbsp;? Oui&nbsp;?</p>



<p>Elle vient de voir devant elle les ombres des maisons et celles des murs dans les vignes s’allonger toujours davantage, – ayant commencé d’ôter sa vieille robe.</p>



<p>Elle avait des bas de coton, elle ôte ses bas. Elle a un jupon de dessous, elle ôte son jupon.</p>



<p>La fanfare s’est mise à jouer.</p>



<p>Ils avaient constitué à la ville un comité et tous les villages du district avaient un représentant dans ce comité.</p>



<p>Ils ont été chercher sur les monts des branches de sapin et de la mousse que les enfants des écoles tressent en guirlandes et où ils piquent des roses en papier sous la surveillance des femmes&nbsp;; les hommes, pendant ce temps, faisaient sauter le pavé et plantaient en terre les hauts fourrons (comme ils disent), les hautes perches non écorcées où les guirlandes devaient venir s’attacher.</p>



<p>Ils étaient descendus des monts avec des charrettes à bras, ou des attelages de deux chevaux tirant un double train de roues.</p>



<p>La forêt venait en bas, s’étonnant des vignes qu’elle traversait, et davantage encore de l’eau, dont elle se tient d’ordinaire dans un grand éloignement, la méprisant de ses hauteurs.</p>



<p>Ils claquaient du fouet&nbsp;; les mécaniques serrées à fond criaient à cris non interrompus comme des sirènes de bateaux dans la brume.</p>



<p>On voit juste au-dessous de soi les fissures que font les rues de la ville comme si c’était une galette d’argile du genre de celles que s’amusent à faire les enfants et puis ils les oublient au soleil.</p>



<p>Ils tombaient peu à peu vers les toits aperçus d’en haut, qui ont été se séparant, puis ils sont devenus pointus.</p>



<p>Pendant ce temps, une bande d’enfants venait par les sentiers. Les plus grands étaient avec les charrettes, elles aussi lourdement chargées. Et longtemps derrière eux ça sentait la terre noire, la résine, le champignon, l’aiguille de sapin, l’écorce&nbsp;: ça sentait fort et frais dans le grand soleil, parmi l’odeur fade qui montait du lac. Ils mettaient ensemble, ils réconciliaient, ils remariaient les climats, les essences, ils reconfondaient les natures&nbsp;; puis il y a aussi les produits fabriqués, papier de soie, cotonnades, pots de couleur, et on allait chercher dans les greniers les drapeaux qu’on y tenait roulés depuis des années et les écussons de carton un peu passés, mais qui pouvaient servir encore, qui vont servir, – alors on a entendu le bruit des marteaux, le bruit des scies&nbsp;; on riait de voir M.&nbsp;Borgeaud de la boutique monter difficilement à son échelle, parce qu’il y avait son ventre qui s’était mis entre elle et lui, mais il est monté jusqu’au fin bout quand même, voulant pendre des lampions à ses fenêtres&nbsp;; – pendant ce temps, toujours, partout, ces coups de feu.</p>



<p>Les tireurs, dans les stands, ont fait claquer leurs fouets à eux&nbsp;; leurs gros fouets à lanières de cuir donnant un coup sec, qui est aussitôt imité à trois, quatre, cinq, six reprises.</p>



<p>Aussitôt repris, imité, mais en même temps devenu plus sourd, et qui traîne, qui se prolonge, qui ne veut plus finir.</p>



<p>Parce qu’il y a la forme du mont, il y a sa forme de corbeille avec son double avancement, ce creux fait comme exprès pour recueillir.</p>



<p>Le bruit d’un coup de feu n’est pas mort qu’un autre entre déjà dedans, et un autre, et un autre encore&nbsp;; les départs se confondent avec les retours&nbsp;; il n’y a plus de fin à rien, mais seulement continuation et suite, comme si le mont roulait sur des roues, à cause de tous ces stands étagés&nbsp;; et, dans ceux du bord de l’eau, on tirait par-dessus l’eau d’une pointe à l’autre, dans ceux de plus haut c’est par-dessus un pli de terrain et d’un des versants à l’autre versant, par-dessus les chemins et les murs, par-dessus les têtes&nbsp;; – et si vous êtes en petit bateau, tout à coup vous entendez siffler à vos oreilles cette méchante abeille trop pressée, allant en ligne droite, que rien n’arrête, ou bien c’est haut, dans l’air, comme quand le martinet au vol rapide passe avec son cri, le soir.</p>



<p>On voit monter le drapeau rouge.</p>



<p>On voit devant les cibles monter le drapeau rouge qui veut dire qu’on a fait mouche&nbsp;; ou c’est la palette blanche quand le coup a porté dans le noir, la palette noire quand le coup a porté dans le blanc.</p>



<p>Là-bas, l’alignement des quatre ou cinq cibles dans leur cadre de maçonnerie, sous les lettres majuscules ABC servant à les numéroter&nbsp;; elles se mettent ainsi à vivre certains jours, elles s’animent quand le mont est comme un attelage qui n’en peut plus sous les coups de fouet.</p>



<p>Quelquefois aussi la palette se balance longuement sans se poser&nbsp;:</p>



<p>—&nbsp;Ah&nbsp;! saleté… Nom d’un tonnerre&nbsp;!</p>



<p>Et on entend&nbsp;:</p>



<p>—&nbsp;C’est pourtant pas possible&nbsp;!… Je devais être dans le quatre, j’étais sûr de mon coup&nbsp;; dans le quatre, un peu sur la droite. C’est cette carabine, ou bien si c’est la munition&nbsp;? Rubattel, passe-moi ton arme et tes cartouches…</p>



<p>L’homme se remet en position&nbsp;: et ils sont tous là, les uns debout, les autres à genoux, les autres couchés pour leurs séries, dans la terre sèche, avec tout un système de sonneries, en bras de chemise, leurs chapeaux de paille souple à l’aile rabattue sur les yeux, commençant de viser à ras de terre, fermant soigneusement l’œil gauche, clignant l’autre&nbsp;; on voit le canon du fusil monter très lentement, monter encore, se déplaçant quelque peu d’un côté, de l’autre côté, – à la suite de quoi le choc vient dans l’épaule, en même temps que la douille saute en l’air.</p>



<p>—&nbsp;Quatre&nbsp;! quatre&nbsp;! tu vois, je savais bien, je vous avais bien dit. Quatre&nbsp;! Dis donc, Louis, tu marques&nbsp;?</p>



<p>Et un autre&nbsp;:</p>



<p>—&nbsp;Trois. Tu marques&nbsp;?</p>



<p>Par-dessus l’eau, par-dessus deux pentes rejointes du bas, avec leurs murs, leurs escaliers&nbsp;; et la palette noire, la palette blanche, le drapeau rouge&nbsp;:</p>



<p>—&nbsp;Cinq. Tu marques&nbsp;?</p>



<p>—&nbsp;C’est marqué.</p>



<p>D’un talus à l’autre, dans les vignes&nbsp;; d’une vigne à une autre vigne&nbsp;; – par-dessus l’eau du lac qui est empêchante, surtout le soir, parce qu’il y a tout le ciel qui y tombe, trop jaune, trop rose, trop blanc&nbsp;; ils disent&nbsp;: «&nbsp;Ce n’est pas du jeu, ça&nbsp;!&nbsp;» quand ils ont à se défendre ici contre deux lumières&nbsp;: celle qui vient d’en haut, celle qui vient d’en bas, toutes ces couleurs et qui changent comme une fille qui aurait trop de robes&nbsp;; et puis un gros nuage blanc est venu avec son reflet, comme on voit, à ce qu’on raconte dans les livres, sur les mers du pôle, des champs de neige se promener…</p>



<p>Elle se regarde vite encore, elle voit sa coiffure qui est mal faite, qu’elle a défaite, et ses cheveux lui sont tombés sur les épaules comme Dieu les lui a donnés.</p>



<p>Il n’y a personne dans la maison&nbsp;; on tire dans tous les stands, la fanfare joue une marche militaire.</p>



<p>Elle ôte son peigne, ce qui fait que, ses cheveux n’étant plus retenus, elle peut les prendre dans ses mains, elle voit jusqu’où ils descendent. La carafe, le verre, le pot à eau, la petite table de toilette recouverte d’une toile cirée à damier, le plancher de sapin, les images au mur. Jusqu’au milieu du dos, plus bas que la ceinture. La fanfare a joué une marche militaire, puis le directeur dit&nbsp;: «&nbsp;Halte&nbsp;! recommençons… Septième mesure, vous y êtes&nbsp;?…&nbsp;» Sa baguette va et vient devant le tableau noir&nbsp;; les hommes sont assis sur les bancs d’école, sauf les gros instruments, le bombardon, les basses, qui doivent se tenir debout. La fanfare repart. Et c’est noir, c’est annelé, c’est plein de reflets, ces cheveux, comme l’eau quand il y a des vagues, sous l’éclairage venant de côté. Elle a osé, elle ose, elle ose un peu plus. Pour être toute neuve, être comme si on venait seulement de naître et recommencer. La fanfare continue de répéter patiemment sa marche et on a fini par ne plus entendre les coups de feu tant il y en a&nbsp;: – longs, ronds, minces, pleins, ses bras, avec deux lignes bien droites et bien égales, jusque tout en haut, à peine tremblées… Si c’était vrai, pourtant&nbsp;! Brune de peau. Et puis alors, remontant&nbsp;: la figure. Elle ose, elle s’étonne. Moi&nbsp;? Rien qu’une bouche, un nez, deux yeux, une figure comme la lune, comme la lune du bon Dieu, simple, ronde, qui la regarde&nbsp;; et puis se sont montrées les dents, petites et blanches comme celles des souris… Et, encore une fois, elle se dit&nbsp;: «&nbsp;Il faut oser, il faut croire…&nbsp;» Elle a le menton un peu renflé comme aux pigeons, quand ils roucoulent, – avec un pli marquant le haut de la gorge, alors le cœur lui est parti. Elle a osé aller prendre sa belle robe, elle pense&nbsp;: «&nbsp;Ce sera pour lui.&nbsp;» L’amour revient, il a été partout&nbsp;: dehors, dedans, dans l’air, en elle. Dans ce qui est, dans ce qu’elle est et dans les choses&nbsp;; et, quand le soleil est entré, il a été dans le soleil.</p>



<p>Car, tout à coup, le soleil entre par la fenêtre&nbsp;; il s’est tenu entre l’avant-toit et la montagne par delà les vignes, quittant l’avant-toit&nbsp;; tandis qu’elle, elle va chercher dans un carton ses souliers neufs, des bas de soie&nbsp;; il faut se faire belle puisque tout se fait beau.</p>



<p>S’habillant tout de blanc comme une mariée, pendant qu’on voit le soleil qui descend aller vers la montagne, et la montagne se soulève tendant vers lui les bras, comme quand l’amante est déjà couchée, l’amant vient&nbsp;; et sa tête trop lourde à lui va en avant, se logeant au creux de l’épaule. Elle rit&nbsp;: «&nbsp;Comme une mariée…&nbsp;» Toute blanche, toute prête déjà.</p>



<p>La fanfare a commencé à jouer une danse&nbsp;: on entend&nbsp;:</p>



<p>—&nbsp;Est-ce que vous venez, demain&nbsp;?</p>



<p>—&nbsp;Je voudrais bien…</p>



<p>—&nbsp;Qu’est-ce qui vous en empêche&nbsp;?</p>



<p>—&nbsp;C’est le petit, il se fait lourd&nbsp;!</p>



<p>On entend&nbsp;:</p>



<p>—&nbsp;Quelle bêtise&nbsp;! Venez avec nous… On prend la voiture, on mettra les enfants ensemble dans la voiture…</p>



<p>—&nbsp;Oh&nbsp;! merci.</p>



<p>On entend&nbsp;:</p>



<p>—&nbsp;Voyons&nbsp;! donne-moi ça… Il est trop pesant pour toi…</p>



<p>C’est Gilliéron à une petite fille qui a été chercher de l’eau à la fontaine, et Gilliéron&nbsp;:</p>



<p>—&nbsp;Voyons, je te dis, donne-moi ton seau…</p>



<p>Pendant qu’on tire dans les stands, la fanfare joue une valse, tout le monde est dehors, c’est plein de femmes et d’enfants, les portes des caves sont ouvertes, ça sent le vin, les portes des cuisines sont ouvertes, ça sent le pain, ça sent la soupe, – ils s’appellent, – ils vont boire ensemble, on se donne rendez-vous pour le lendemain…</p>



<p>—&nbsp;Et, moi, je viendrai, et je lui dirai…</p>



<p>Debout devant le miroir dans sa robe blanche&nbsp;:</p>



<p>—&nbsp;Je lui dirai&nbsp;: «&nbsp;J’ai été méchante&nbsp;; je me méfiais de toi, parce que je me méfiais de moi…&nbsp;»</p>



<p>On a entendu&nbsp;:</p>



<p>—&nbsp;Vous aussi&nbsp;?</p>



<p>—&nbsp;Pourquoi pas&nbsp;?</p>



<p>—&nbsp;Alors vous m’en réserverez une.</p>



<p>—&nbsp;Laquelle voulez-vous&nbsp;?</p>



<p>—&nbsp;Un galop ou une sautiche.</p>



<p>Et un rire tout trembloté, parce que c’est la vieille Jaquillard qui a septante-deux ans passés, comme on l’a appris par la suite&nbsp;; mais ça n’empêche rien&nbsp;; «&nbsp;bien sûr que non&nbsp;!&nbsp;»</p>



<p>La fanfare a joué sa valse d’un bout à l’autre sans une faute.</p>



<p>Il commence à faire nuit&nbsp;; ils reviennent du tir, en bandes, leur fusil sur l’épaule.</p>



<p>Sur la place, il y a Besson, Besson qui travaille toujours…</p>



<p>Et le lendemain matin, à six heures, les concours de tir ont continué&nbsp;; ils ont été interrompus de neuf à onze, ils ont repris jusqu’à midi&nbsp;; ensuite les bateaux à vapeur ont commencé à amener le monde au chef-lieu.</p>



<p>Il y a eu trois courses supplémentaires, ils n’ont plus arrêté de siffler, se vidant de leurs passagers, l’un après l’autre, sur le débarcadère&nbsp;: les grands bateaux blancs à roues avec une seule cheminée&nbsp;: <em>Italie, Savoie</em>, <em>Rhône, Mont-Blanc.</em></p>



<p>Et le monde lentement coule hors d’eux dans le soleil pour entrer tout d’un coup sous les ombrages de la place où les chapeaux des dames ont été comme des bougies qu’on a soufflées, la mode étant aux chapeaux rouges.</p>



<p>On a été, venant du lac, dans la direction du mont. Le monde remontait les rues pour en admirer la décoration. Sous les guirlandes, sous les drapeaux, sous successivement chacun des quatre arcs de triomphe avec leurs devises, dont l’une dit&nbsp;:</p>



<p><em>Rendez hommage aux vignerons,</em></p>



<p><em>Car c’est le vin qui fait l’union…</em></p>



<p>écrite en belles majuscules sur un carré de carton qui se balance au-dessus des têtes dans le courant d’air.</p>



<p>Une deuxième disait&nbsp;:</p>



<p><em>La vie est courte et vous venez</em></p>



<p><em>Et ce soir vous repartirez&nbsp;;</em></p>



<p><em>Alors souvenez-vous de nous</em></p>



<p><em>En vous en retournant chez vous…</em></p>



<p>tandis qu’on venait, en effet, on levait la tête, on lisait.</p>



<p>Et on continuait d’avancer jusque sous le pont du chemin de fer&nbsp;; là on ne va pas plus loin, là on s’arrête.</p>



<p>Là, les gens faisaient halte, là les gens se sont tenus arrêtés&nbsp;: ils ont vu le pays se lever devant eux comme sur un plan de géomètre. Tout le district leur est apparu, pendant qu’eux-mêmes se tenaient au chef-lieu, c’est-à-dire dans son centre, ayant devant eux cet extrait de cadastre avec ses carrés réguliers, jaunes ou gris ou verts, les taches rouges des villages, des traits simples qui sont les chemins, des traits doubles qui sont les routes&nbsp;: en minces couleurs de lavis posées à plat.</p>



<p>Le district, et eux au chef-lieu, sur sa frontière, où ils attendent, tournant le dos à l’eau et à ce quatrième côté qui ne compte pas, non utilisable&nbsp;; – face au pays des hommes, aux lieux habités d’où ça va venir, et ils regardent encore si, des fois, ça ne viendrait pas&nbsp;: rien ne venait encore.</p>



<p>Et ceux qui se sont tenus là d’abord ont eu le temps de s’en retourner, et d’être remplacés par d’autres&nbsp;: toujours rien. Comme si c’était peint sur du papier&nbsp;; rien, ça ne bouge pas, ça ne parle pas, ça se tait, c’est comme rentré sous terre, dimanche&nbsp;; personne dans les vignes, personne sur les chemins. Deux heures sonnent à l’horloge.</p>



<p>Ça a commencé par un bruit de tambours.</p>



<p>Les villages sont facilement comptés. Une route passe dans chaque village et, ou bien c’est toujours la même, ou bien elles se rejoignent. Quelques-uns vont venir d’en haut, c’est-à-dire de dessus la crête&nbsp;: quelques-uns d’à mi-mont, quelques autres de plus bas. On compte facilement ces villages tant c’est nu, c’est dépouillé, c’est lisse à l’œil comme quand c’est peint&nbsp;: il y en a un, deux, trois, quatre, cinq&nbsp;: en plus de quoi, quelques groupes de maisons isolées, quelques tours en ruines.</p>



<p>Cinq villages, ce qui fait cinq communes. Et rien encore. Puis il semble qu’on a entendu le tambour. C’est quand les gens d’en bas se sont dit&nbsp;: «&nbsp;Tu as entendu&nbsp;?&nbsp;» —&nbsp;«&nbsp;Non.&nbsp;» —&nbsp;«&nbsp;Je te dis que si, moi… Écoute…&nbsp;».</p>



<p>Et on ne peut pas voir, parce que c’est trop loin&nbsp;: c’est là-haut, dans le village de tout là-haut, sur la crête, à votre gauche&nbsp;: là où ils ont le Globe et la Croix<a href="https://ebooks-bnr.com/ebooks/html/ramuz_passage_du_poete.htm#_ftn3">[3]</a>, et voilà qu’ils ont élevé au-dessus de leurs têtes le globe et la croix.</p>



<p>Ils les ont levés devant eux au-dessus des murs bordant la route et de derrière l’angle de la dernière des maisons&nbsp;: les tambours sont en tête, ensuite vient la fanfare&nbsp;; eux, ils marchent derrière la bannière dans leurs habits noirs du dimanche, ils marchent derrière l’écu où il y a le globe peint dessus et il y a la croix peinte dessus. Le syndic, le président du conseil communal, la municipalité&nbsp;; ensuite les demoiselles d’honneur et les tireurs, sur la route, là-haut, à gauche, – tandis que plus bas, sur la droite, viennent à présent les Trois Sapins Verts.</p>



<p>Ça vient&nbsp;; on ne voit rien encore&nbsp;: ceux d’en haut vont de gauche à droite, ceux de plus bas de droite à gauche, mais on ne voit rien. Derrière le Globe et la Croix, derrière les Trois Sapins qu’ils ont, ces autres, et eux aussi leurs demoiselles d’honneur en blanc, qui sont huit, dont Mathilde, marchant deux par deux. Et à présent qui paraissent deux par deux tenant des fleurs, sortent de l’ombre, dans leurs robes blanches, sous leurs beaux cheveux, – les femmes qui nous sont promises après nos peines, les femmes qui seront à nous une fois, à nous ou à toi, avec qui tu seras au lit en récompense, et tu lui donneras un baiser, puis un baiser, puis un troisième, plus appuyé.</p>



<p>On n’avait rien vu encore&nbsp;; puis&nbsp;: «&nbsp;Eh&nbsp;! tu vois&nbsp;?…&nbsp;»</p>



<p>—&nbsp;Une, tu vois&nbsp;?</p>



<p>—&nbsp;Deux.</p>



<p>—&nbsp;Trois…</p>



<p>—&nbsp;Où ça, la troisième&nbsp;?</p>



<p>Cette fois, c’est dans le village du milieu&nbsp;; et ça en fait trois, en effet, trois bannières, qu’on distingue au-dessus des murs&nbsp;: et celle-ci porte le Cep chargé de fruits.</p>



<p>Et voilà que ça en fait quatre, à présent, puis voilà que ça en fait cinq&nbsp;; ça vient peu à peu, ça se rapproche, ça grandit&nbsp;: à présent on distingue très bien au-dessus des murs les têtes, le haut des corps, les instruments nickelés, les bannières aussi qui penchent vers vous et vers ici.</p>



<p>Alors il y a eu ceux d’ici, ceux de la grosse Grappe remplissant à elle seule l’écu sur son étoffe, – à un moment donné, signal&nbsp;: un coup de canon&nbsp;; les cloches.</p>



<p>Ceux d’ici, et quand ils ont vu que les autres cortèges allaient se réunir&nbsp;: alors ils ont formé le leur&nbsp;; les pompiers courent avec leurs cordes, refoulant le monde dans le bord des rues et sur les trottoirs, ceux qui n’arrivent pas à s’y loger repoussés jusque sur la place&nbsp;; le canon tire, les cloches sonnent, la fanfare éclate&nbsp;; cloches, canon, et unité.</p>



<p>Les fenêtres viennent dehors par le débordement des têtes. Dans le cadre en grès usé, trois étages, trois, quatre étages de figures. Les façades des maisons ont comme des soubassements de corps. À peine si à certaines places on aperçoit encore le pavé, des fenêtres, tant il y a de ces drapeaux, de ces écussons, de ces guirlandes. On ne sait plus si c’est le courant d’air ou bien le bruit qui fait qu’elles balancent ainsi, en même temps que balancent les cloches et le canon tire en mesure. Tout le pays se vidant d’hommes vers ici comme quand l’eau descend d’un toit, et ici ils sont recueillis, parce que c’est ici le milieu et c’est ici que ça finit, devant le lac mis là pour faire plus beau encore, et qui est plein de bateaux, plein de barques, vus entre les gros troncs courts des ormes, les troncs moins gros, plus élevés des peupliers. Et, au-dessus des toits, quelqu’un, et dans le ciel encore quelqu’un qui regarde, un aéroplane&nbsp;; et en arrière alors, assis en rond, le mont, tout salué qu’il est et parcouru qu’il est, tout caressé par la musique, les sonneries, ou bien quand le canon comme une grosse bulle de savon vient crever contre les murs des vignes…</p>



<p>C’est alors qu’on a vu des fenêtres le pavé se mettre à avancer doucement, à glisser, à couler dans la direction de la place&nbsp;: on a battu des mains, on a crié bravo. Du blanc, du noir et blanc, et puis encore du blanc. «&nbsp;Bravo&nbsp;! Mesdemoiselles.&nbsp;» Et puis du rouge et du blanc. «&nbsp;Bravo pour le Globe&nbsp;!&nbsp;» Et puis «&nbsp;Vive la musique&nbsp;!…&nbsp;» mais cette fois on n’a rien entendu et il y a seulement les bouches qu’on a vues s’ouvrir, tellement tout a éclaté, en même temps qu’on était ébloui, tellement ils avaient bien fourbi leurs instruments, qui ont passé dans le soleil, entre deux toits&nbsp;; – puis des chapeaux se sont levés&nbsp;: «&nbsp;Vivent les Sapins&nbsp;!&nbsp;» puis&nbsp;: «&nbsp;Vivent les Demoiselles&nbsp;!&nbsp;» leurs bas minces, ces fins souliers en peau, et tenant la tête levée, riant, remerciant d’un signe, et on leur a jeté des fleurs…</p>



<p>C’était tout blanc…</p>



<p>Puis, de nouveau, c’est noir, avec des chapeaux de paille et des tubes, pendant que ça coule toujours, ça va toujours d’un même mouvement, en mesure, du même pas, dans le même sens, et ça va.</p>



<p>Dans le bout de la place, du côté du levant, sont les chevaux de bois et les tirs de pipes&nbsp;; à l’autre bout, la cantine.</p>



<p>Une ordonnance de police avait interdit aux chevaux de bois de tourner et aux tirs de pipes de fonctionner, pendant la cérémonie. La foule faisait silence, la dernière fanfare s’est tue. On a entendu un cygne battre des ailes, puis prendre son vol, faisant siffler l’air, au-dessus de la baie. Dans les arbres, les moineaux, qui avaient été dérangés, sont venus reprendre leurs places. Et on a entendu aussi le lac, bien qu’il fût sans vagues, mais, même par les temps les plus tranquilles, un mouvement se fait à sa surface, comme quand une poitrine respire&nbsp;: il va vers en haut, va vers en bas, va vers en haut.</p>



<p>On a entendu le lac, pendant que tout le monde se taisait. Le premier orateur se lève.</p>



<p><em>Vignerons…</em></p>



<p>Il y a là-haut Besson, celui d’où la poésie provient et que la poésie a quitté&nbsp;; on ne va plus avoir besoin de lui&nbsp;: alors, en ce même moment, il se prépare à s’en aller.</p>



<p>Ils sont ici devant l’estrade où il y a une grande table&nbsp;; on a entendu le lac&nbsp;; sur l’estrade, le premier orateur s’est levé.</p>



<p>Le premier orateur se lève, tandis qu’autour de la table, en demi-cercle, il y a les demoiselles, leurs mains tenues l’une sur l’autre, leurs bras allant en travers d’elles, leurs beaux bras nus.</p>



<h5 class="wp-block-heading">
Remerciements</h5>



<p>Le téléchargement de cet épisode et la transcription complète sont disponibles sur <a href="https://gate.sc?url=http%3A%2F%2Fwww.odiolab.ch%2Fseries%2Fentre-ombres-et-lumiere%2F&amp;token=bc4ebb-1-1730825240113" rel="noreferrer noopener" target="_blank">www.odiolab.ch/series/entre-ombres-et-lumiere/</a></p>



<p>Merci à la <a href="https://ebooks-bnr.com/ebooks/html/ramuz_passage_du_poete.htm" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Bibliothèque Numérique Romande</a> pour la mise à disposition du texte traduit de l’allemand, et à Wikipedia pour la mise à disposition de l'illustration.</p>


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	<itunes:summary><![CDATA[L’été fini, la fête des vignerons rassemble tout le monde dans les villages du Lavaux. Les préparatifs de ce grand rassemblement sont contés dans le dernier épisode de cette série.



CF Ramuz est né en 1878 à Lausanne, en Suisse, de parents commerçants. Après des études de lettres dans sa ville natale, il part pour Paris, où il séjournera régulièrement jusqu’en 1914, tout en participant à la vie littéraire romande. Après la «&nbsp;Grande Guerre&nbsp;» il renonce au roman explicatif pour décrire des communautés aux prises avec les forces du mal, la guerre, la fin du monde. Il développe ainsi un nouveau style d’écriture proche du langage parlé, abandonnant la narration linéaire et introduisant le «&nbsp;on&nbsp;» comme l’expression d’une collectivité.



Bonne écoute avec le chapitre 14 de 'Passage du poète'.




Transcription ci-dessous:



Chapitre 14



Ils avaient décidé que la fête aurait lieu le dernier dimanche d’août. Tout à coup, ils avaient dit&nbsp;: «&nbsp;Si on la faisait cette année&nbsp;?&nbsp;» et ils étaient tombés d’accord sur ce point, étant tombés d’accord aussi quant à la date, parce que c’est un mois où le travail est moins pressant. On a fini les sulfatages, les soufrages&nbsp;; et plus tard il faut tout préparer pour la vendange, on lave les tonneaux, on met de l’ordre dans les caves, on graisse la vis du pressoir.



Entre deux temps, après les sulfatages et les soufrages, avant que les grappes commencent à traluire&nbsp;: une fête, un beau dimanche pour se réjouir, cette fête de tir. Et tous&nbsp;: «&nbsp;C’est une bonne idée. Depuis le temps… Ça nous manquait.&nbsp;»



Mlle&nbsp;Mathilde a vite été acheter des journaux de mode qu’elle feuillette avec ses amies dans la tonnelle du jardin.



Elles ont regardé comment elles allaient faire ces robes, et elles sont sans manches cette année. Est-ce qu’on oserait&nbsp;?



Sous la tonnelle, trois ou quatre semaines à l’avance&nbsp;; – heureusement qu’il y a ces capes ou des collerettes tombantes&nbsp;; et Mlle&nbsp;Mathilde s’est décidée pour une robe à berthe d’organdi.



Les deux machines, celle à pied, celle à main, n’ont plus arrêté de tourner pendant tout le mois chez Mlle&nbsp;Ducimetière, comme quand on chantonne à deux voix, puis l’une des deux se tait.



On a entendu Congo qui vient&nbsp;; il tousse, il crache, il s’arrête, il a regardé ses pantoufles&nbsp;; il a dit&nbsp;:



—&nbsp;Ça ne se passera pas comme ça&nbsp;!



Il lève le bras, il le tient un moment levé au-dessus de sa tête, il l’abaisse&nbsp;:



—&nbsp;Je vais aller lui parler&nbsp;!



À ce moment, les deux machines ont recommencé à tourner de compagnie et on n’a plus compris ce que Congo disait, bien qu’il continuât à parler tout haut avec des hochements de tête.



Il sait bien qui il va trouver sous les platanes, entre deux de ces troncs nus de leur écorce comme d’une robe tombée, sous les grosses branches courtes, maintenant rejointes et aux vides qui ont été bouchés par les feuilles, comme quand en travers des poutres on met des lattes, on met du plâtre et c’est un plafond.



—&nbsp;Ah&nbsp;! ce qu’ils m’en font des misères, monsieur Besson. Heureusement que vous êtes là, alors écoutez. J’ai écrit une lettre à la municipalité.



Il tire de sa poche de pantalon une feuille de papier pliée en quatre, qui est une page arrachée à un carnet de comptes, avec les colonnes imprimées en rouge.



Ayant été dans l’intention de quitter plusieurs fois rapport à ces mauvais traitements…



On voit que c’est écrit au crayon.



—&nbsp;Je veux leur faire remarquer ça, a-t-il dit.



C’est écrit au crayon, et il a eu beaucoup de peine à lire, tandis que ses gros doigts tremblaient de l’un et de l’autre côté de la feuille et étaient roses avec des ongles blancs.



Besson fait ses paniers, pendant ce temps.



—&nbsp;Ayant pourtant fait tout mon possible pour patienter jusqu’à aujourd’hui… Attendez… rendant ces messieurs attentifs au dommage qui m’est causé vu le défaut d’hygiène relatif ]]></itunes:summary>
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		<title>Entre Ombres et Lumière &#8211; CF Ramuz dans &#8216;Passage du poète&#8217; (EP7)</title>
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	<itunes:author><![CDATA[@CarolineDeAllegri @JeremieWagner @WarcoBrienza]]></itunes:author>	<googleplay:image href="https://www.odiolab.ch/wp-content/uploads/2024/11/CF-Ramuz-e1731224286254.jpeg"></googleplay:image>
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	<title>Entre Ombres et Lumière &#8211; CF Ramuz dans &#8216;Passage du poète&#8217; (EP6)</title>
	<link>https://www.odiolab.ch/podcast/entre-ombres-et-lumiere-cf-ramuz-dans-passage-du-poete-ep6/</link>
	<pubDate>Tue, 12 Nov 2024 11:03:41 +0000</pubDate>
	<dc:creator><![CDATA[@CarolineDeAllegri @JeremieWagner @WarcoBrienza]]></dc:creator>
	<guid isPermaLink="false">https://www.odiolab.ch/?post_type=podcast&#038;p=2732</guid>
	<description><![CDATA[<p>Charles Ferdinand - dit ‘CF’ - Ramuz dans Passage du poète: Besson le vannier arrive au printemps dans un village du Lavaux, à côté de Lausanne, surplombant le Lac Léman. Il vient y travailler le temps d’une saison. Sur son passage, on rencontre plusieurs personnages, du fossoyeur jusqu'à Mathilde et sa robe neuve en passant par Congo, à la charge de la commune, Gilliéron dans sa cave, Bovard dans sa vigne... Chacun est pris dans ses soucis. Besson, avec sa tranquillité silencieuse, s’intègre sans s’intégrer. Ce sont les autres qui modifient leur regard sur leur quotidien. L’été fini, une fête des vignerons rassemble tout le monde, et Besson s’en repart dans le silence de la nuit.</p>



<p>Dans le 6e et avant-dernier épisode de cette série sur CF Ramuz, écouter les passages suivants d'un de ses livres préférés, 'Passage du poète' :</p>



<p>- chapitres 12 et 13</p>



<p>
Transcription ci-dessous:</p>



<h5 class="wp-block-heading">Chapitre 12</h5>



<p>On voit, en ce mois de juillet, qu’on a eu raison de bâtir serré le plus qu’on a pu, avec la moitié des maisons sous terre.</p>



<p>Mlle&nbsp;Ducimetière la couturière se réjouit d’être dans une chambre où le soleil n’est jamais entré, avec son apprentie et une réassujettie<a href="https://ebooks-bnr.com/ebooks/html/ramuz_passage_du_poete.htm#_ftn2">[2]</a> (comme on dit ici), une machine à pied et une machine à main&nbsp;; et aussi, heureusement, beaucoup d’ouvrage, parce qu’il y a cette fête qui se prépare pour le mois d’août.</p>



<p>Le bruit des deux machines tournant en même temps se fait entendre&nbsp;; puis il n’y a plus eu que le bruit de l’une des deux, celle à pied, puis de nouveau le bruit des deux pendant que les hommes viennent, la lance de cuivre sous le bras.</p>



<p>Pendant ce temps, sur la place, Besson continue à faire ses paniers, disant le pays et le refaisant, mettant les lignes de l’osier l’une sur l’autre, comme l’écrivain ses vers ou sa prose&nbsp;; – disant le pays et ses murs par les tiges de l’osier dont il met les unes en travers et les autres viennent s’y nouer&nbsp;; – sans qu’on sache, sans qu’on s’en doute, bien tranquille et silencieux, sur la place, sous les platanes, tout seul dans sa chemise grise et avec son tablier vert, faisant bouger ses mains au-dessus de son tablier vert.</p>



<p>Midi sonne.</p>



<p>On entend crier&nbsp;: c’est les enfants qui sortent de l’école. Il y a le bruit des socques sur le pavé. Besson fait toujours ses paniers&nbsp;: alors les enfants s’arrêtent. C’est quand toutes les cheminées fument, quand l’odeur de la soupe vient dehors avec la vapeur. Et Besson tout à coup, levant la tête, à un des petits&nbsp;:</p>



<p>—&nbsp;Ça te plairait, cet ouvrage, à toi&nbsp;?… Eh bien, quand je m’en irai, veux-tu que je te prenne avec moi&nbsp;?</p>



<p>L’autre, qui est gêné, baisse la tête, devient tout rouge, n’ose pas dire non, – et deux hommes qui viennent encore avec la hotte, et c’est midi&nbsp;; deux hommes encore dans la ruelle dont ils prennent toute la largeur, qui viennent, et on voit luire au-dessus de leur tête le manche des outils que leurs mains ont poli.</p>



<p>Mlle&nbsp;Ducimetière, qui est assise près de la fenêtre, porte une seconde les yeux de côté, puis les a remis à son aiguille, pendant que Besson remet les siens sur ses paniers.</p>



<p>Et ça va comme ça jusqu’à ce qu’il n’y ait plus personne&nbsp;; alors il y a eu une grande assemblée de moineaux dans les platanes, où ils se sont posés sur la pierre des branches, mais ils commencent à être cachés, parce qu’une grosse feuille par-ci par-là y pend comme si dans la pierre poussaient des plantes.</p>



<p>Ils ont une grande réunion en même temps qu’ils parlent tous ensemble, se demandant où est le vieil homme au tablier vert qui tout à l’heure était installé entre les troncs.</p>



<p>Il y a dans l’ombre ronde, l’ombre ronde et claire, toute percée de trous comme une grosse éponge&nbsp;: ils ne savent pas bien ce que c’est de là-haut, ils se sont d’abord méfiés, mais c’est quelque chose qui ne bouge pas, alors ils se rapprochent de plus en plus, penchant la tête pour mieux voir.</p>



<p>Dans l’ombre, avec des taches de soleil dessus, ces paquets de verges, comme celles dont on se sert pour fouetter les enfants, rouges ou vertes, ou blanches comme de l’os et trempant dans l’eau d’une seille, – regarde voir. Et ça&nbsp;?</p>



<p>Il a oublié son couteau peut-être, il a renversé son tabouret en partant&nbsp;; non, c’est exprès.</p>



<p>Et puis ça&nbsp;?</p>



<p>C’est son mouchoir de poche. À grands ramages jaunes sur fond rouge.</p>



<p>Midi.</p>



<p>Mais, dès les une heure, on repart&nbsp;; et retour à sept heures, à huit heures du soir.</p>



<p>Le bel ordre que c’est comme dans une horloge. Comme quand on tire sur des poids, et le mécanisme obéit. Les petites filles sur les chemins grimpent ou descendent, disant que c’est quatre heures avec leurs paniers couverts d’un linge blanc, d’où sort à chaque bout le cou des bouteilles&nbsp;; allant le plus vite qu’elles peuvent sur les petits sentiers raboteux, difficiles, par ces durs escaliers de vignes&nbsp;; puis, pour revenir, elles vont un peu moins vite, regardant dans les buissons s’il n’y a pas déjà des mûres, sans attendre qu’elles soient noires parce qu’elles les aiment mieux vertes.</p>



<p>Le poète a passé. Et en bas tout va. Et en haut tout va.</p>



<p>Sur le cadran du ciel avec ses chiffres, on a vu tourner bien régulièrement la grande aiguille et la grande aiguille pencher toujours plus.</p>



<p>Ils ont eu encore un moment le soleil en face d’eux pour le retour sur leurs corniches. Ils ont été pendus dans l’air là, un moment, allant sur un mur dans le vide. Allant l’un derrière l’autre sur le mur, avec une voile au bout du bras, à la corne de leur épaule une montagne, et quelque chose comme un peu de ciel dégouttant en plus épais autour de l’aile de leur chapeau.</p>



<p>Ils montent un peu à cause du mur qui monte, ils entrent davantage dans le ciel qu’ils déchirent, agrandissant de plus en plus la déchirure&nbsp;; puis, prenant par un escalier au flanc du plus haut de ces murs d’ici, par la porte de fer pas encore fermée à clé, ils sont arrivés sur la route.</p>



<p>Là, ils ont eu le soleil en face d’eux dans son dernier moment de chute, quand il regarde avec un visage tout à fait dressé de côté, semble hésiter un instant, le fait bouger par petites secousses, – puis, comme s’il était appelé, tout d’un coup…</p>



<p>Et eux, sur leur poitrine, il y a ce changement d’éclairage&nbsp;; ils ont été repeints à neuf. Alors est-ce qu’ils sont bien trois, parce qu’ils sont tous les trois le même&nbsp;? Peints pareillement du dehors&nbsp;: les différences, s’il y en a, sont dessous et ne comptent plus. Ils entrent à trois dans le café rose et il semble que ce soit le même homme qui entre trois fois. Ils se mettent à la même table. Ils lèvent en même temps leur verre. Ils trinquent en même temps et les trois verres ne rendent qu’un seul son. On ne sait pas quel est celui des trois qui parle, quand ils parlent, on ne sait même pas s’il parle ou bien si ce n’est pas encore le bruit du racloir dans les vignes, tellement tout se tient. Et, tout à coup, les trois ensemble, ils se tournent vers le coin de la pièce où il y en a un qui est seul, où il y en a un qui n’est pas avec eux et est à part, et il ne faut pas.</p>



<p>Ça gâterait tout. Ils disent&nbsp;: «&nbsp;Ça gâterait tout&nbsp;!… Hé&nbsp;! là-bas, qui es-tu&nbsp;?&nbsp;»</p>



<p>Puis&nbsp;: «&nbsp;Ah&nbsp;! c’est toi, Lambelet&nbsp;! alors qu’est-ce qu’il y a qui ne va pas&nbsp;? Viens vers nous… tu nous expliqueras ça…&nbsp;»</p>



<p>L’autre n’a pas l’air de vouloir venir d’abord et ne bouge toujours pas, se tenant dans son coin les coudes sur la table&nbsp;: c’est un jeune homme, un tout jeune homme, vingt-deux ans peut-être, vingt-trois ans. «&nbsp;Lambelet&nbsp;! Hé&nbsp;! Lambelet. Tu ne veux pas&nbsp;?&nbsp;» Et, comme ils ont fait avec Gilliéron, ils vont le chercher, l’ayant pris par le bras, l’ayant pris par le bras et amené&nbsp;: «&nbsp;Allons, arrive&nbsp;! Et à présent explique-nous…&nbsp;» l’ayant assis au milieu d’eux, puis tout à coup&nbsp;: «&nbsp;Non&nbsp;! ne dis rien…&nbsp;»</p>



<p>—&nbsp;Ne dis rien, Lambelet, tais-toi… Montre-nous seulement ta figure…</p>



<p>Ils le forcent à lever la tête, ils rient&nbsp;: «&nbsp;Oh&nbsp;! si ce n’est que ça&nbsp;!&nbsp;»</p>



<p>—&nbsp;Oh&nbsp;! si ce n’est que ça, Lambelet… Une fille… cette Mathilde, rien d’autre&nbsp;? pas autre chose&nbsp;?…</p>



<p>Et puis, l’ayant regardé&nbsp;:</p>



<p>—&nbsp;Non, c’est bien tout… Alors viens seulement avec nous, on ira vers elle, on ira ensemble.</p>



<p>L’ayant fait boire, lui aussi, parce qu’il avait ses trois décis à lui et son verre, mais ils ont été les chercher&nbsp;: alors il y a eu quatre verres, et puis ils ont trinqué et il n’y a plus eu qu’un verre.</p>



<p>—&nbsp;Et tu vois, Lambelet, on a tout deviné.</p>



<p>Ils lui disent&nbsp;:</p>



<p>—&nbsp;On est toi, tu es nous… On te lit dedans, on te prend, tu n’existes plus, nous non plus… Santé&nbsp;!… Et puis, on ira la trouver, n’aie pas peur, on ne te quitte pas… Tu veux&nbsp;? bien sûr que tu veux&nbsp;!</p>



<p>Puis, parce que le jour s’en va, ils ont dit&nbsp;: «&nbsp;Eh bien, en route…&nbsp;» ils sortent.</p>



<p>Et Lambelet est avec eux, Lambelet est au milieu d’eux. Il n’y a plus eu de Lambelet. Il est entré dans les trois qu’ils étaient, ce qui en fait quatre, mais un. Ils marchent l’un à côté de l’autre, tenant toute la largeur de la route, on ne les a plus distingués&nbsp;; c’est la ressemblance des corps, il n’y a plus de différence et c’est la communication des cœurs et ils ne sont plus séparés…</p>



<p>Temps où les jours ne veulent pas finir dans un ciel qui est jaune et vert avec une première étoile.</p>



<p>Elles attendent cette heure-là, et qu’il n’y ait si possible plus personne dans les vignes, étant sans bas et sans corset, – rien qu’une robe sur le corps, les pieds nus dans des espadrilles.</p>



<p>Elles tiennent roulé dans le linge leur costume, et s’arrangent pour être quatre ou cinq, sous cette première étoile qui est Vénus, à ce qu’on dit, et ce ciel jaune et vert, ce ciel de deux couleurs, ce ciel comme un drapeau.</p>



<p>Elles s’arrangent de façon à être plusieurs pour descendre et vont vite&nbsp;; le village les a laissées tomber, s’étant entr’ouvert, à la pente, tandis que, l’une derrière l’autre, elles dégringolent le chemin.</p>



<p>Heureusement qu’il n’y a plus personne.</p>



<p>Elles arrivent déjà au-dessus du raidillon, là il y a ce second groupe de maisons, le chemin tourne&nbsp;: toujours personne.</p>



<p>Mais, comme elles viennent de prendre le tournant, tout à coup&nbsp;: «&nbsp;Calamin&nbsp;! Calamin, mon Dieu&nbsp;!&nbsp;»</p>



<p>Calamin, lui, monte le chemin&nbsp;; il étend les bras&nbsp;:</p>



<p>—&nbsp;Pas trop vite, mesdemoiselles&nbsp;!…</p>



<p>Il dit&nbsp;:</p>



<p>—&nbsp;Vous ne passerez pas avant que ce soit oui… Parce que vous allez me prendre avec vous, mesdemoiselles… Un bain, ça fait toujours du bien.</p>



<p>—&nbsp;Défense de passer, qu’il dit… Est-ce oui&nbsp;? est-ce non&nbsp;?</p>



<p>Il dit&nbsp;:</p>



<p>—&nbsp;C’est non&nbsp;? Eh bien, on ne passe pas…</p>



<p>Comment est-ce qu’elles ont fait pour passer quand même&nbsp;?</p>



<p>Il faut dire que Calamin n’est jamais très solide sur ses pieds. Elles se sont poussées l’une l’autre en avant, il est allé donner des épaules contre le mur&nbsp;; elles ne sont déjà plus là.</p>



<p>Lui, d’ailleurs, ne se fâche pas&nbsp;; il est resté où il était, c’est plus commode. Et, d’où il est, il leur tire son chapeau&nbsp;:</p>



<p>—&nbsp;Tant pis, ce sera pour une autre fois.</p>



<p>Leur tirant un coup de chapeau, et puis pas seulement à elles, mais aux choses en général&nbsp;: les murs, le mont, saluant les murs et les vignes, saluant les choses tout autour de lui, saluant le pays en rond.</p>



<p>Tandis qu’un éclat de rire, là-bas, lui a répondu et il est resté seul contre son mur…</p>



<p>Elles sont descendues l’escalier&nbsp;; elles ont traversé la route, la voie ferrée&nbsp;; elles ont vite encore, en arrivant, regardé du côté de la baie, parce que souvent les pêcheurs y sont encore, alors ils font exprès de ne plus s’en aller.</p>



<p>Mais il n’y a plus de pêcheurs, il y a que c’est seulement bien lisse, bien tranquille, sur cette belle eau de deux couleurs comme le ciel et elle aussi comme un drapeau.</p>



<p>Elles ont été s’asseoir sous le saule. C’est le temps où les jours ne veulent plus finir. Le soleil a attendu tant qu’il a pu avant de nous quitter. Le sable est encore tout habité par lui&nbsp;; il n’y a plus de soleil au ciel, mais il vit encore dans le sable et dans les galets plats où il est, où il se maintient et qui sont brûlants sous les pieds comme des fers à repasser.</p>



<p>Elles lèvent rapidement l’un après l’autre leurs pieds nus, en même temps qu’elles ont encore jeté un regard tout autour d’elles. La baie est là avec la ligne des maisons au fond et les peupliers dont l’image noire retournée est comme des tombereaux de nuit qu’on serait venu vider dans l’eau. Et toujours rien, toujours rien que la baie et l’étoile au ciel, cette seule étoile&nbsp;: alors elles sortent un bras de leur robe, sortent l’autre&nbsp;; – neuf heures, temps où les jours n’en finissent plus, il fait jour encore, il y a encore un reste de jour, – les deux bras, puis les épaules, sous le saule, ne se parlant plus, et silence partout.</p>



<p>Il n’y a qu’une étoile au ciel, mais il y a sur le mont comme si toutes les autres y étaient tombées.</p>



<p>Une première fille s’est avancée&nbsp;; elle a un costume rose. Une deuxième s’avance dans un costume qui semble noir, parce qu’on ne voit plus bien les couleurs. Elles ont été deux, elles ont été trois&nbsp;; la troisième est en chemise. Elles tiennent les bras écartés, à cause des pierres pointues. «&nbsp;Aïe&nbsp;! aïe&nbsp;!&nbsp;» les pierres leur font mal aux pieds. Balançant les bras et puis&nbsp;: «&nbsp;Aïe&nbsp;!&nbsp;» tandis qu’elles vont, sombres contre l’eau pas encore tout à fait éteinte, dans le beau soir et vers la belle nuit, et elles balancent les bras comme le danseur de corde sur sa corde.</p>



<p>L’une d’elles s’est retournée&nbsp;:</p>



<p>—&nbsp;Tu viens, Mathilde&nbsp;? dépêche-toi&nbsp;!</p>



<p>Parce que Mathilde est encore sous le saule, et Mathilde&nbsp;:</p>



<p>—&nbsp;Est-ce qu’elle est bonne&nbsp;?</p>



<p>—&nbsp;Tu n’as qu’à venir essayer.</p>



<p>Alors Mathilde vient à son tour, tandis que les autres se retournent&nbsp;: alors elle est vue autrement, et non plus contre l’éclairage, mais éclairée, avec sa peau qui est d’une couleur, ses bras, ses jambes, son cou, sa tête d’une couleur, son corps d’une autre encore, – qui se hâte, elle, parce qu’on l’attend.</p>



<p>Mais elle s’arrête&nbsp;:</p>



<p>—&nbsp;Qu’est-ce qu’on entend&nbsp;?</p>



<p>En effet, qu’est-ce qu’on entend&nbsp;?</p>



<p>Alors, toutes les quatre, elles reviennent en arrière, quand il y a eu ce bruit dans le mont comme si le mont se réveillait&nbsp;: un drôle de bruit, dont on ne sait pas s’il vient de près ou de très loin, on ne sait pas bien ce que c’est, ni où il va, ni d’où il est parti&nbsp;; puis elles se mettent à rire&nbsp;: c’est le garde-voie sur sa draisine, le garde-voie qui fait sa tournée d’inspection comme chaque soir, quelqu’un de peu dangereux, parce qu’il ne peut pas quitter sa machine, ramant des deux bras dessus.</p>



<p>—&nbsp;Et puis si c’est celui qu’on croit, tu sais qu’il n’a qu’un œil… Est-ce seulement le bon qui est de notre côté&nbsp;?</p>



<p>Il n’a qu’un œil, l’autre est crevé. Et elles sortent à nouveau, et elles l’ont vu là, un peu au-dessus d’elles, allant le long de la ligne, sous les poteaux du télégraphe, sur sa machine, – qui passe, sans se tourner vers elles, qui est devenu plus petit&nbsp;: et peu à peu on le voit qui s’en va.</p>



<p>Elles ont même eu envie de l’appeler.</p>



<p>—&nbsp;Hé&nbsp;! là-bas l’homme…</p>



<p>Comme elles ont fait, mais il n’entend pas&nbsp;: il fait trop de bruit. Et puis c’est un métier où on n’a pas le droit de se laisser distraire.</p>



<p>—&nbsp;Tant pis pour lui&nbsp;!</p>



<p>Peut-être qu’elles sont un peu fâchées.</p>



<p>Et tout à coup voilà qu’elles aussi se sont mises à faire le plus de bruit qu’elles ont pu dans toute cette tranquillité.</p>



<p>Elles ont à présent des costumes noirs quand elles se montrent, ou bien plus de costumes du tout tellement ils collent de partout, – nues comme dans le commencement du monde. Il y a sur l’eau comme quand le pêcheur vient de lancer sa ligne et l’hameçon avec l’appât descend, mais pas le bouchon. Avec la main on dérange une étoile, et on ôte une étoile comme si on cueillait une fleur. Doucement, les bras, les jambes. Du bout du pied on tâte le moelleux d’en bas, connaissant qu’il n’a pas de fin, et on est perdues dans de l’épaisseur, s’étant débarrassées du poids de sa personne. Une à présent qui fait la planche&nbsp;; une autre qui s’est mise debout. Et on entend un bruit alors comme quand il y a une bataille de cygnes&nbsp;: c’est quand elles s’envoient des paquets d’eau l’une à l’autre et le beau miroir autour d’elles est cassé en cent mille morceaux.</p>



<p>Le bruit qu’elles font les a empêchées d’entendre cet autre bruit dans les vignes, quand les garçons y ont dégringolé…</p>



<p>À ce moment, il y a un silence&nbsp;: à ce moment, une pierre du mur qui tenait mal tombe du mur.</p>



<p>Elles ont couru le plus vite qu’elles ont pu jusqu’au saule, jusque sous le saule&nbsp;; elles s’y sont blotties, – plus rien.</p>



<p>Pendant que sur le mont les lumières s’éteignent, mais, pour chacune qui s’y éteint, une autre dans le ciel s’allume, comme si on tournait là-haut aussi les commutateurs.</p>



<p>Pendant qu’il n’y a plus qu’une seule couleur bleue sur l’eau, – pendant qu’elles se taisent là&nbsp;; et puis l’une d’elles tout bas&nbsp;: «&nbsp;Mathilde&nbsp;!&nbsp;»</p>



<p>—&nbsp;Sûrement que c’est lui, tu sais…</p>



<p>Et de dedans les branches et le feuillage, elles ne peuvent pas voir qui c’est, et ainsi elles n’ont pas vu qu’il y avait quatre têtes là-bas, quatre têtes qui sortent, s’étant d’abord tenues cachées, et regardent par-dessus le mur.</p>



<h5 class="wp-block-heading">Chapitre 13</h5>



<p>Cependant Bovard recommence. Il dit de nouveau, il ne peut plus s’arrêter de dire, à présent qu’il a commencé.</p>



<p>Il est devant chez lui avec deux visites sous la treille grimpant à des supports carrés.</p>



<p>On est enterré dans la pente, en même temps qu’elle se dérobe sous vos pieds tout de suite, ne laissant de place que pour la table peinte en vert, clouée sur quatre piquets.</p>



<p>C’est à côté de la porte du pressoir qui s’ouvre lui-même sur la cave, et la cave se trouve déjà à plusieurs mètres sous le mont, bien qu’elle soit de plain-pied avec nous.</p>



<p>Les deux visites sont sur le banc, le dos au mur&nbsp;; et, pareillement à la treille, le mur est peint en bleu, en vert, en jaune, par larges taches qui semblent des commencements de personnages ou des restes de personnages, comme si on n’avait pas fini un tableau ou si le temps l’avait effacé.</p>



<p>Les deux visites sont sous de la peinture, sous des choses peintes, et contre la pierre, devant la table beaucoup plus longue que large&nbsp;; mais, de l’autre côté de la table, il y a seulement le vide&nbsp;; et tout l’espace est là, quand eux manquent de place, avec un verre posé devant chacun d’eux.</p>



<p>C’est là que Bovard a recommencé, Bovard qui ne peut plus se taire, ayant été d’abord chercher une bouteille, et c’est une bouteille de 19, c’est-à-dire ce qu’on a de mieux.</p>



<p>Il est venu, la tenant par le cou, ayant mis dans sa main toutes les précautions qu’il faut&nbsp;; il pose la bouteille sur la table&nbsp;; il tire de sa poche de gilet le tire-bouchon de nickel. Et alors commence la cérémonie du vin toujours la même, qui est qu’on remplit d’abord le fond de son verre, ce qui est un surcroît de politesse au lieu d’être une impolitesse comme on pourrait le penser, parce que c’est pour s’assurer que le vin qu’on va offrir est digne de ceux à qui on l’offre.</p>



<p>Cérémonie du vin, on remplit d’abord le fond de son verre, on goûte&nbsp;; ensuite seulement on remplit les autres verres, comme Bovard a fait. Il a pris dans la poche de son gilet son tire-bouchon dont il met le levier d’équerre, et le bouchon vient sans effort portant écrit sur le côté son nom.</p>



<p>Il a pris son verre qu’il lève&nbsp;:</p>



<p>—&nbsp;Santé&nbsp;!</p>



<p>On lui répond&nbsp;:</p>



<p>—&nbsp;Santé&nbsp;!</p>



<p>Et les verres, qui vont à la rencontre l’un de l’autre, se touchent par le bord avec un son clair, comme si on sonnait les cloches de l’amitié, tandis que Bovard est entre vous et le vide, se tenant en travers de l’espace qu’il occupe en entier avec sa hauteur, ayant sous les pieds les maisons de la rive, qui sont comme des grains de gravier, ayant les jambes devant l’eau, ayant la Savoie derrière ses genoux comme si avec une règle on avait tiré une ligne. Plus haut sont les forêts, sont les rochers, plus haut il y a la neige&nbsp;; mais le verre qu’il tient est encore plus haut, étant dans l’air et le soleil. Ainsi il a les jambes bien plantées, par en bas, mais la main et ce que tient sa main, sont plus haut que la terre, – après qu’il a trinqué, puis il a bu, puis il regarde de haut en bas dans le verre, puis il l’a levé à hauteur de son regard en même temps qu’il l’écarte de lui.</p>



<p>Il ne peut plus s’empêcher de dire à présent qu’il a commencé&nbsp;; même quand il se tait, il parle.</p>



<p>Ça est parti d’en bas, ça est monté le long de lui et ça continue à monter le long de lui&nbsp;: à présent qu’il ne peut plus se taire, même quand il ne dit rien, et ce qu’il dit il ne le dit pas avec des mots, il le dit avec tout son corps.</p>



<p>Il est demeuré debout, il est entre vous et l’air, écrivant à mesure les choses qu’il dit sur l’eau, la montagne, le ciel&nbsp;; – devant les deux visites, sous la treille, au pied du mur avec ses commencements de personnages, le mur au gros crépi où c’est comme si on avait aussi commencé de dire, mais lui va plus loin, debout devant le vide de l’autre côté de la table&nbsp;:</p>



<p>—&nbsp;Eh bien, il n’est pas mauvais&nbsp;?</p>



<p>Les deux autres ont hoché la tête.</p>



<p>—&nbsp;Vous comprenez, quand on l’a fait soi-même, et c’est nous qu’on l’a mis au monde, nous qu’on l’a soigné, qu’on l’a élevé…</p>



<p>Il abaisse son verre&nbsp;; il ne parle plus, il recommence à parler.</p>



<p>—&nbsp;Et il y a tout nous là dedans comme dans un enfant qu’on a…</p>



<p>Faisant voir de la tête autour de lui le mont, la pente, la pente du mont, la terre et les pierres, disant quand même et ne pouvant plus se taire, mais disant avec toute sa personne ce qu’il dit&nbsp;:</p>



<p>—&nbsp;Et c’est au commencement…</p>



<p>Il y a ce vin qu’il respire et il y a dedans ce qui est d’en bas, d’en dessous, là où se trouvent les racines&nbsp;; il y a l’odeur et le goût&nbsp;; il respire, puis il a goûté&nbsp;; il goûte à nouveau avec lenteur, retenant le goût sur sa langue, le ramenant d’arrière en avant, le retournant sous le palais, le laissant alors repartir, mais pour l’arrêter encore une fois au point où il va disparaître&nbsp;; et c’est à cause de ce qu’il y a dedans&nbsp;: toutes les choses qu’il y a dedans&nbsp;: alors il prend ces choses l’une après l’autre, s’étant tourné vers vous sans rien dire, mais il vous regarde et on comprend.</p>



<p>—&nbsp;Il y a la terre, a-t-il dit, là dedans…</p>



<p>Il regoûte…</p>



<p>—&nbsp;La terre, telle espèce de terre, telle nature de terre&nbsp;; la terre, telle qu’elle était, puis telle qu’on l’a faite, changeant ses proportions, l’enrichissant, l’aérant, l’amenuisant, – avec tel dosage d’argile, de calcaire, de sable, telle proportion de matière meuble et de caillou&nbsp;: tout ça qui n’est encore rien… Ce qui est d’en bas, au commencement…</p>



<p>Et il dit&nbsp;: «&nbsp;Ce qui était avant qu’on soit venu et qu’on s’y soit mis, puis on s’y est mis&nbsp;; alors il y a nous aussi, bien entendu, là dedans, nous et notre peine…&nbsp;»</p>



<p>Et ça monte au dedans de lui tout le temps et ça veut sortir, et ça devient des pensées dans sa tête, et elles vont toutes seules dehors, en sorte que, même s’il voulait s’empêcher de dire, il ne pourrait pas.</p>



<p>—&nbsp;Notre intelligence, parce qu’il y a alors le plant qu’on a choisi.</p>



<p>Il dit tout haut, comme ça&nbsp;:</p>



<p>—&nbsp;Heureusement qu’on a inventé l’américain, sans quoi qu’est-ce qu’on serait devenus&nbsp;?… Et il n’y a pas que la nature, il y a encore nous autres et qu’on est allé contre la nature, parce qu’on invente les plants, on les mélange, et une moitié de l’un est mise sur une moitié de l’autre… Et, dit-il, il y a que tout le temps on est présents, afin de surveiller comment les choses se passent.</p>



<p>Il boit encore, il va rechercher dans le vin les éléments dont il est fait.</p>



<p>—&nbsp;On a dit à la sève&nbsp;: tu passeras par là et non pas ailleurs, tu passeras par où on veut, non pas par où tu veux…</p>



<p>Il a ri.</p>



<p>Et puis il voit que les verres sont vides&nbsp;:</p>



<p>—&nbsp;Je vous demande pardon, messieurs… Je m’oubliais.</p>



<p>De nouveau&nbsp;:</p>



<p>—&nbsp;À votre santé&nbsp;!</p>



<p>Quand il y a eu, de nouveau, sur trois notes, la sonnerie, comme si on sonnait encore une fois les cloches, dans l’air clair, avant qu’il continue&nbsp;; et puis il a continué&nbsp;:</p>



<p>—&nbsp;Parce qu’à présent, a-t-il dit, gare à nous&nbsp;!… La terre, le cep, le cru et le plant&nbsp;; et nous, bien sûr, nous tout le temps, les bras et la tête, la peine de faire, la peine de penser, – mais ce n’est pas tout.</p>



<p>Il boit. Il boit une grande gorgée&nbsp;:</p>



<p>—&nbsp;Il y a encore l’air. Il y a encore l’année. Il y a encore le temps qu’il fait.</p>



<p>Il boit, avec un claquement de langue&nbsp;:</p>



<p>—&nbsp;Là-dedans, voyez-vous, il y a les mois, il y a les jours&nbsp;: le temps qu’il a fait et le temps tout court. Une heure qui vient et puis une heure, les matins, le soir, quand c’est midi. Il y a tout là dedans, qu’il dit, le climat et ses changements&nbsp;: l’humide, le chaud, les retours de froid, le trop mouillé, le trop de sécheresse&nbsp;; le trop de pluie ou pas assez, et trop précoces ou trop tardives, la grêle, les gelées… Il y a tout… Et pas seulement quand le raisin est encore sur pied, mais ce qui est autour de lui ensuite&nbsp;; parce que quelquefois il fait trop chaud après la vendange, alors la fermentation se fait trop vite&nbsp;; quelquefois il ne fait pas assez chaud, alors elle ne se fait plus, – les soucis, comme pour l’enfant, après les neuf mois, parce qu’il n’y a pas que les neuf mois qui comptent, c’est même ensuite que tout commence&nbsp;: alors il faut encore des soins et de l’amour, plus de soins et d’amour que jamais. Seulement aussi, a-t-il dit…</p>



<p>Et il commence de nouveau à lever son verre, levant son verre de plus en plus…</p>



<p>—&nbsp;Quand tout va bien, quand on a réussi…</p>



<p>Levant son verre de plus en plus&nbsp;; – et, parce qu’il lève son verre, il lève dans le jour du jour ressuscité&nbsp;; il lève dans la transparence une transparence plus grande. Il lève dans la lumière passagère une lumière définitive et fixe, dans le soleil voilé, un soleil sans nuage, un soleil plus jamais obscurci, un soleil qui ne s’en va pas&nbsp;; tiré du temps, soustrait au temps.</p>



<p>Ayant été ainsi de bas en haut, et jusqu’ici&nbsp;; puis il voit qu’il ne va pas pouvoir aller plus loin&nbsp;:</p>



<p>—&nbsp;Parce qu’ensuite, comme il a dit, ayant levé son verre un peu plus encore, – ensuite c’est là-haut. Et là-haut, à présent, c’est au-dessus de nous. Et ça est parti d’au-dessous de nous, mais à présent ça nous dépasse.</p>



<p>Il s’est tu, il baisse la tête&nbsp;; les deux autres ont fait comme lui. Ils se tiennent tous les trois silencieux, la tête baissée, devant ce qui est plus grand que nous.</p>



<p>L’esprit, qui est là-haut, et nous élève à lui, mais seulement s’il veut.</p>



<p>S’il veut, l’esprit, et non pas si on veut. Hors de la nuit, hors de nous-mêmes. Jusqu’au parfait contentement, hors des tristesses, hors des soucis. Jusqu’à l’union, hors de la désunion&nbsp;; jusqu’à la communion des hommes, hors de la séparation des hommes. Jusqu’à la vie, hors de la mort.</p>



<h5 class="wp-block-heading">
Remerciements</h5>



<p>Le téléchargement de cet épisode et la transcription complète sont disponibles sur <a href="https://gate.sc?url=http%3A%2F%2Fwww.odiolab.ch%2Fseries%2Fentre-ombres-et-lumiere%2F&amp;token=bc4ebb-1-1730825240113" rel="noreferrer noopener" target="_blank">www.odiolab.ch/series/entre-ombres-et-lumiere/</a></p>



<p>Merci à la <a href="https://ebooks-bnr.com/ebooks/html/ramuz_passage_du_poete.htm" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Bibliothèque Numérique Romande</a> pour la mise à disposition du texte traduit de l’allemand, et à Wikipedia pour la mise à disposition de l'illustration.</p>


<h5> </h5>
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	<itunes:subtitle><![CDATA[Charles Ferdinand - dit ‘CF’ - Ramuz dans Passage du poète: Besson le vannier arrive au printemps dans un village du Lavaux, à côté de Lausanne, surplombant le Lac Léman. Il vient y travailler le temps d’une saison. Sur son passage, on rencontre plusieur]]></itunes:subtitle>
	<itunes:episodeType>full</itunes:episodeType>
	<itunes:title><![CDATA[CF Ramuz dans Passage du poète (EP6)]]></itunes:title>
	<itunes:episode>6</itunes:episode>
	<itunes:season>3</itunes:season>
	<content:encoded><![CDATA[<p>Charles Ferdinand - dit ‘CF’ - Ramuz dans Passage du poète: Besson le vannier arrive au printemps dans un village du Lavaux, à côté de Lausanne, surplombant le Lac Léman. Il vient y travailler le temps d’une saison. Sur son passage, on rencontre plusieurs personnages, du fossoyeur jusqu'à Mathilde et sa robe neuve en passant par Congo, à la charge de la commune, Gilliéron dans sa cave, Bovard dans sa vigne... Chacun est pris dans ses soucis. Besson, avec sa tranquillité silencieuse, s’intègre sans s’intégrer. Ce sont les autres qui modifient leur regard sur leur quotidien. L’été fini, une fête des vignerons rassemble tout le monde, et Besson s’en repart dans le silence de la nuit.</p>



<p>Dans le 6e et avant-dernier épisode de cette série sur CF Ramuz, écouter les passages suivants d'un de ses livres préférés, 'Passage du poète' :</p>



<p>- chapitres 12 et 13</p>



<p>
Transcription ci-dessous:</p>



<h5 class="wp-block-heading">Chapitre 12</h5>



<p>On voit, en ce mois de juillet, qu’on a eu raison de bâtir serré le plus qu’on a pu, avec la moitié des maisons sous terre.</p>



<p>Mlle&nbsp;Ducimetière la couturière se réjouit d’être dans une chambre où le soleil n’est jamais entré, avec son apprentie et une réassujettie<a href="https://ebooks-bnr.com/ebooks/html/ramuz_passage_du_poete.htm#_ftn2">[2]</a> (comme on dit ici), une machine à pied et une machine à main&nbsp;; et aussi, heureusement, beaucoup d’ouvrage, parce qu’il y a cette fête qui se prépare pour le mois d’août.</p>



<p>Le bruit des deux machines tournant en même temps se fait entendre&nbsp;; puis il n’y a plus eu que le bruit de l’une des deux, celle à pied, puis de nouveau le bruit des deux pendant que les hommes viennent, la lance de cuivre sous le bras.</p>



<p>Pendant ce temps, sur la place, Besson continue à faire ses paniers, disant le pays et le refaisant, mettant les lignes de l’osier l’une sur l’autre, comme l’écrivain ses vers ou sa prose&nbsp;; – disant le pays et ses murs par les tiges de l’osier dont il met les unes en travers et les autres viennent s’y nouer&nbsp;; – sans qu’on sache, sans qu’on s’en doute, bien tranquille et silencieux, sur la place, sous les platanes, tout seul dans sa chemise grise et avec son tablier vert, faisant bouger ses mains au-dessus de son tablier vert.</p>



<p>Midi sonne.</p>



<p>On entend crier&nbsp;: c’est les enfants qui sortent de l’école. Il y a le bruit des socques sur le pavé. Besson fait toujours ses paniers&nbsp;: alors les enfants s’arrêtent. C’est quand toutes les cheminées fument, quand l’odeur de la soupe vient dehors avec la vapeur. Et Besson tout à coup, levant la tête, à un des petits&nbsp;:</p>



<p>—&nbsp;Ça te plairait, cet ouvrage, à toi&nbsp;?… Eh bien, quand je m’en irai, veux-tu que je te prenne avec moi&nbsp;?</p>



<p>L’autre, qui est gêné, baisse la tête, devient tout rouge, n’ose pas dire non, – et deux hommes qui viennent encore avec la hotte, et c’est midi&nbsp;; deux hommes encore dans la ruelle dont ils prennent toute la largeur, qui viennent, et on voit luire au-dessus de leur tête le manche des outils que leurs mains ont poli.</p>



<p>Mlle&nbsp;Ducimetière, qui est assise près de la fenêtre, porte une seconde les yeux de côté, puis les a remis à son aiguille, pendant que Besson remet les siens sur ses paniers.</p>



<p>Et ça va comme ça jusqu’à ce qu’il n’y ait plus personne&nbsp;; alors il y a eu une grande assemblée de moineaux dans les platanes, où ils se sont posés sur la pierre des branches, mais ils commencent à être cachés, parce qu’une grosse feuille par-ci par-là y pend comme si dans la pierre poussaient des plantes.</p>



<p>Ils ont une grande réunion en même temps qu’ils parlent tous ensemble, se demandant où est le vieil homme au tablier vert qui tout à l’heure était installé entre les troncs.</p>



<p>Il y a dans l’ombre ronde, l’ombre ronde et claire, toute percée de trous comme une grosse éponge&nbsp;: ils ne savent pas bien ce que c’est de là-haut, ils se sont d’abord méfiés, mais c’est quelque chose qui ne bouge pas, alors ils se rapprochent de plus en plus, penchant la tête pour mieux voir.</p>



<p>Dans l’ombre, avec des taches de soleil dessus, ces paquets de verges, comme celles dont on se sert pour fouetter les enfants, rouges ou vertes, ou blanches comme de l’os et trempant dans l’eau d’une seille, – regarde voir. Et ça&nbsp;?</p>



<p>Il a oublié son couteau peut-être, il a renversé son tabouret en partant&nbsp;; non, c’est exprès.</p>



<p>Et puis ça&nbsp;?</p>



<p>C’est son mouchoir de poche. À grands ramages jaunes sur fond rouge.</p>



<p>Midi.</p>



<p>Mais, dès les une heure, on repart&nbsp;; et retour à sept heures, à huit heures du soir.</p>



<p>Le bel ordre que c’est comme dans une horloge. Comme quand on tire sur des poids, et le mécanisme obéit. Les petites filles sur les chemins grimpent ou descendent, disant que c’est quatre heures avec leurs paniers couverts d’un linge blanc, d’où sort à chaque bout le cou des bouteilles&nbsp;; allant le plus vite qu’elles peuvent sur les petits sentiers raboteux, difficiles, par ces durs escaliers de vignes&nbsp;; puis, pour revenir, elles vont un peu moins vite, regardant dans les buissons s’il n’y a pas déjà des mûres, sans attendre qu’elles soient noires parce qu’elles les aiment mieux vertes.</p>



<p>Le poète a passé. Et en bas tout va. Et en haut tout va.</p>



<p>Sur le cadran du ciel avec ses chiffres, on a vu tourner bien régulièrement la grande aiguille et la grande aiguille pencher toujours plus.</p>



<p>Ils ont eu encore un moment le soleil en face d’eux pour le retour sur leurs corniches. Ils ont été pendus dans l’air là, un moment, allant sur un mur dans le vide. Allant l’un derrière l’autre sur le mur, avec une voile au bout du bras, à la corne de leur épaule une montagne, et quelque chose comme un peu de ciel dégouttant en plus épais autour de l’aile de leur chapeau.</p>



<p>Ils montent un peu à cause du mur qui monte, ils entrent davantage dans le ciel qu’ils déchirent, agrandissant de plus en plus la déchirure&nbsp;; puis, prenant par un escalier au flanc du plus haut de ces murs d’ici, par la porte de fer pas encore fermée à clé, ils sont arrivés sur la route.</p>



<p>Là, ils ont eu le soleil en face d’eux dans son dernier moment de chute, quand il regarde avec un visage tout à fait dressé de côté, semble hésiter un instant, le fait bouger par petites secousses, – puis, comme s’il était appelé, tout d’un coup…</p>



<p>Et eux, sur leur poitrine, il y a ce changement d’éclairage&nbsp;; ils ont été repeints à neuf. Alors est-ce qu’ils sont bien trois, parce qu’ils sont tous les trois le même&nbsp;? Peints pareillement du dehors&nbsp;: les différences, s’il y en a, sont dessous et ne comptent plus. Ils entrent à trois dans le café rose et il semble que ce soit le même homme qui entre trois fois. Ils se mettent à la même table. Ils lèvent en même temps leur verre. Ils trinquent en même temps et les trois verres ne rendent qu’un seul son. On ne sait pas quel est celui des trois qui parle, quand ils parlent, on ne sait même pas s’il parle ou bien si ce n’est pas encore le bruit du racloir dans les vignes, tellement tout se tient. Et, tout à coup, les trois ensemble, ils se tournent vers le coin de la pièce où il y en a un qui est seul, où il y en a un qui n’est pas avec eux et est à part, et il ne faut pas.</p>



<p>Ça gâterait tout. Ils disent&nbsp;: «&nbsp;Ça gâterait tout&nbsp;!… Hé&nbsp;! là-bas, qui es-tu&nbsp;?&nbsp;»</p>



<p>Puis&nbsp;: «&nbsp;Ah&nbsp;! c’est toi, Lambelet&nbsp;! alors qu’est-ce qu’il y a qui ne va pas&nbsp;? Viens vers nous… tu nous expliqueras ça…&nbsp;»</p>



<p>L’autre n’a pas l’air de vouloir venir d’abord et ne bouge toujours pas, se tenant dans son coin les coudes sur la table&nbsp;: c’est un jeune homme, un tout jeune homme, vingt-deux ans peut-être, vingt-trois ans. «&nbsp;Lambelet&nbsp;! Hé&nbsp;! Lambelet. Tu ne veux pas&nbsp;?&nbsp;» Et, comme ils ont fait avec Gilliéron, ils vont le chercher, l’ayant pris par le bras, l’ayant pris par le bras et amené&nbsp;: «&nbsp;Allons, arrive&nbsp;! Et à présent explique-nous…&nbsp;» l’ayant assis au milieu d’eux, puis tout à coup&nbsp;: «&nbsp;Non&nbsp;! ne dis rien…&nbsp;»</p>



<p>—&nbsp;Ne dis rien, Lambelet, tais-toi… Montre-nous seulement ta figure…</p>



<p>Ils le forcent à lever la tête, ils rient&nbsp;: «&nbsp;Oh&nbsp;! si ce n’est que ça&nbsp;!&nbsp;»</p>



<p>—&nbsp;Oh&nbsp;! si ce n’est que ça, Lambelet… Une fille… cette Mathilde, rien d’autre&nbsp;? pas autre chose&nbsp;?…</p>



<p>Et puis, l’ayant regardé&nbsp;:</p>



<p>—&nbsp;Non, c’est bien tout… Alors viens seulement avec nous, on ira vers elle, on ira ensemble.</p>



<p>L’ayant fait boire, lui aussi, parce qu’il avait ses trois décis à lui et son verre, mais ils ont été les chercher&nbsp;: alors il y a eu quatre verres, et puis ils ont trinqué et il n’y a plus eu qu’un verre.</p>



<p>—&nbsp;Et tu vois, Lambelet, on a tout deviné.</p>



<p>Ils lui disent&nbsp;:</p>



<p>—&nbsp;On est toi, tu es nous… On te lit dedans, on te prend, tu n’existes plus, nous non plus… Santé&nbsp;!… Et puis, on ira la trouver, n’aie pas peur, on ne te quitte pas… Tu veux&nbsp;? bien sûr que tu veux&nbsp;!</p>



<p>Puis, parce que le jour s’en va, ils ont dit&nbsp;: «&nbsp;Eh bien, en route…&nbsp;» ils sortent.</p>



<p>Et Lambelet est avec eux, Lambelet est au milieu d’eux. Il n’y a plus eu de Lambelet. Il est entré dans les trois qu’ils étaient, ce qui en fait quatre, mais un. Ils marchent l’un à côté de l’autre, tenant toute la largeur de la route, on ne les a plus distingués&nbsp;; c’est la ressemblance des corps, il n’y a plus de différence et c’est la communication des cœurs et ils ne sont plus séparés…</p>



<p>Temps où les jours ne veulent pas finir dans un ciel qui est jaune et vert avec une première étoile.</p>



<p>Elles attendent cette heure-là, et qu’il n’y ait si possible plus personne dans les vignes, étant sans bas et sans corset, – rien qu’une robe sur le corps, les pieds nus dans des espadrilles.</p>



<p>Elles tiennent roulé dans le linge leur costume, et s’arrangent pour être quatre ou cinq, sous cette première étoile qui est Vénus, à ce qu’on dit, et ce ciel jaune et vert, ce ciel de deux couleurs, ce ciel comme un drapeau.</p>



<p>Elles s’arrangent de façon à être plusieurs pour descendre et vont vite&nbsp;; le village les a laissées tomber, s’étant entr’ouvert, à la pente, tandis que, l’une derrière l’autre, elles dégringolent le chemin.</p>



<p>Heureusement qu’il n’y a plus personne.</p>



<p>Elles arrivent déjà au-dessus du raidillon, là il y a ce second groupe de maisons, le chemin tourne&nbsp;: toujours personne.</p>



<p>Mais, comme elles viennent de prendre le tournant, tout à coup&nbsp;: «&nbsp;Calamin&nbsp;! Calamin, mon Dieu&nbsp;!&nbsp;»</p>



<p>Calamin, lui, monte le chemin&nbsp;; il étend les bras&nbsp;:</p>



<p>—&nbsp;Pas trop vite, mesdemoiselles&nbsp;!…</p>



<p>Il dit&nbsp;:</p>



<p>—&nbsp;Vous ne passerez pas avant que ce soit oui… Parce que vous allez me prendre avec vous, mesdemoiselles… Un bain, ça fait toujours du bien.</p>



<p>—&nbsp;Défense de passer, qu’il dit… Est-ce oui&nbsp;? est-ce non&nbsp;?</p>



<p>Il dit&nbsp;:</p>



<p>—&nbsp;C’est non&nbsp;? Eh bien, on ne passe pas…</p>



<p>Comment est-ce qu’elles ont fait pour passer quand même&nbsp;?</p>



<p>Il faut dire que Calamin n’est jamais très solide sur ses pieds. Elles se sont poussées l’une l’autre en avant, il est allé donner des épaules contre le mur&nbsp;; elles ne sont déjà plus là.</p>



<p>Lui, d’ailleurs, ne se fâche pas&nbsp;; il est resté où il était, c’est plus commode. Et, d’où il est, il leur tire son chapeau&nbsp;:</p>



<p>—&nbsp;Tant pis, ce sera pour une autre fois.</p>



<p>Leur tirant un coup de chapeau, et puis pas seulement à elles, mais aux choses en général&nbsp;: les murs, le mont, saluant les murs et les vignes, saluant les choses tout autour de lui, saluant le pays en rond.</p>



<p>Tandis qu’un éclat de rire, là-bas, lui a répondu et il est resté seul contre son mur…</p>



<p>Elles sont descendues l’escalier&nbsp;; elles ont traversé la route, la voie ferrée&nbsp;; elles ont vite encore, en arrivant, regardé du côté de la baie, parce que souvent les pêcheurs y sont encore, alors ils font exprès de ne plus s’en aller.</p>



<p>Mais il n’y a plus de pêcheurs, il y a que c’est seulement bien lisse, bien tranquille, sur cette belle eau de deux couleurs comme le ciel et elle aussi comme un drapeau.</p>



<p>Elles ont été s’asseoir sous le saule. C’est le temps où les jours ne veulent plus finir. Le soleil a attendu tant qu’il a pu avant de nous quitter. Le sable est encore tout habité par lui&nbsp;; il n’y a plus de soleil au ciel, mais il vit encore dans le sable et dans les galets plats où il est, où il se maintient et qui sont brûlants sous les pieds comme des fers à repasser.</p>



<p>Elles lèvent rapidement l’un après l’autre leurs pieds nus, en même temps qu’elles ont encore jeté un regard tout autour d’elles. La baie est là avec la ligne des maisons au fond et les peupliers dont l’image noire retournée est comme des tombereaux de nuit qu’on serait venu vider dans l’eau. Et toujours rien, toujours rien que la baie et l’étoile au ciel, cette seule étoile&nbsp;: alors elles sortent un bras de leur robe, sortent l’autre&nbsp;; – neuf heures, temps où les jours n’en finissent plus, il fait jour encore, il y a encore un reste de jour, – les deux bras, puis les épaules, sous le saule, ne se parlant plus, et silence partout.</p>



<p>Il n’y a qu’une étoile au ciel, mais il y a sur le mont comme si toutes les autres y étaient tombées.</p>



<p>Une première fille s’est avancée&nbsp;; elle a un costume rose. Une deuxième s’avance dans un costume qui semble noir, parce qu’on ne voit plus bien les couleurs. Elles ont été deux, elles ont été trois&nbsp;; la troisième est en chemise. Elles tiennent les bras écartés, à cause des pierres pointues. «&nbsp;Aïe&nbsp;! aïe&nbsp;!&nbsp;» les pierres leur font mal aux pieds. Balançant les bras et puis&nbsp;: «&nbsp;Aïe&nbsp;!&nbsp;» tandis qu’elles vont, sombres contre l’eau pas encore tout à fait éteinte, dans le beau soir et vers la belle nuit, et elles balancent les bras comme le danseur de corde sur sa corde.</p>



<p>L’une d’elles s’est retournée&nbsp;:</p>



<p>—&nbsp;Tu viens, Mathilde&nbsp;? dépêche-toi&nbsp;!</p>



<p>Parce que Mathilde est encore sous le saule, et Mathilde&nbsp;:</p>



<p>—&nbsp;Est-ce qu’elle est bonne&nbsp;?</p>



<p>—&nbsp;Tu n’as qu’à venir essayer.</p>



<p>Alors Mathilde vient à son tour, tandis que les autres se retournent&nbsp;: alors elle est vue autrement, et non plus contre l’éclairage, mais éclairée, avec sa peau qui est d’une couleur, ses bras, ses jambes, son cou, sa tête d’une couleur, son corps d’une autre encore, – qui se hâte, elle, parce qu’on l’attend.</p>



<p>Mais elle s’arrête&nbsp;:</p>



<p>—&nbsp;Qu’est-ce qu’on entend&nbsp;?</p>



<p>En effet, qu’est-ce qu’on entend&nbsp;?</p>



<p>Alors, toutes les quatre, elles reviennent en arrière, quand il y a eu ce bruit dans le mont comme si le mont se réveillait&nbsp;: un drôle de bruit, dont on ne sait pas s’il vient de près ou de très loin, on ne sait pas bien ce que c’est, ni où il va, ni d’où il est parti&nbsp;; puis elles se mettent à rire&nbsp;: c’est le garde-voie sur sa draisine, le garde-voie qui fait sa tournée d’inspection comme chaque soir, quelqu’un de peu dangereux, parce qu’il ne peut pas quitter sa machine, ramant des deux bras dessus.</p>



<p>—&nbsp;Et puis si c’est celui qu’on croit, tu sais qu’il n’a qu’un œil… Est-ce seulement le bon qui est de notre côté&nbsp;?</p>



<p>Il n’a qu’un œil, l’autre est crevé. Et elles sortent à nouveau, et elles l’ont vu là, un peu au-dessus d’elles, allant le long de la ligne, sous les poteaux du télégraphe, sur sa machine, – qui passe, sans se tourner vers elles, qui est devenu plus petit&nbsp;: et peu à peu on le voit qui s’en va.</p>



<p>Elles ont même eu envie de l’appeler.</p>



<p>—&nbsp;Hé&nbsp;! là-bas l’homme…</p>



<p>Comme elles ont fait, mais il n’entend pas&nbsp;: il fait trop de bruit. Et puis c’est un métier où on n’a pas le droit de se laisser distraire.</p>



<p>—&nbsp;Tant pis pour lui&nbsp;!</p>



<p>Peut-être qu’elles sont un peu fâchées.</p>



<p>Et tout à coup voilà qu’elles aussi se sont mises à faire le plus de bruit qu’elles ont pu dans toute cette tranquillité.</p>



<p>Elles ont à présent des costumes noirs quand elles se montrent, ou bien plus de costumes du tout tellement ils collent de partout, – nues comme dans le commencement du monde. Il y a sur l’eau comme quand le pêcheur vient de lancer sa ligne et l’hameçon avec l’appât descend, mais pas le bouchon. Avec la main on dérange une étoile, et on ôte une étoile comme si on cueillait une fleur. Doucement, les bras, les jambes. Du bout du pied on tâte le moelleux d’en bas, connaissant qu’il n’a pas de fin, et on est perdues dans de l’épaisseur, s’étant débarrassées du poids de sa personne. Une à présent qui fait la planche&nbsp;; une autre qui s’est mise debout. Et on entend un bruit alors comme quand il y a une bataille de cygnes&nbsp;: c’est quand elles s’envoient des paquets d’eau l’une à l’autre et le beau miroir autour d’elles est cassé en cent mille morceaux.</p>



<p>Le bruit qu’elles font les a empêchées d’entendre cet autre bruit dans les vignes, quand les garçons y ont dégringolé…</p>



<p>À ce moment, il y a un silence&nbsp;: à ce moment, une pierre du mur qui tenait mal tombe du mur.</p>



<p>Elles ont couru le plus vite qu’elles ont pu jusqu’au saule, jusque sous le saule&nbsp;; elles s’y sont blotties, – plus rien.</p>



<p>Pendant que sur le mont les lumières s’éteignent, mais, pour chacune qui s’y éteint, une autre dans le ciel s’allume, comme si on tournait là-haut aussi les commutateurs.</p>



<p>Pendant qu’il n’y a plus qu’une seule couleur bleue sur l’eau, – pendant qu’elles se taisent là&nbsp;; et puis l’une d’elles tout bas&nbsp;: «&nbsp;Mathilde&nbsp;!&nbsp;»</p>



<p>—&nbsp;Sûrement que c’est lui, tu sais…</p>



<p>Et de dedans les branches et le feuillage, elles ne peuvent pas voir qui c’est, et ainsi elles n’ont pas vu qu’il y avait quatre têtes là-bas, quatre têtes qui sortent, s’étant d’abord tenues cachées, et regardent par-dessus le mur.</p>



<h5 class="wp-block-heading">Chapitre 13</h5>



<p>Cependant Bovard recommence. Il dit de nouveau, il ne peut plus s’arrêter de dire, à présent qu’il a commencé.</p>



<p>Il est devant chez lui avec deux visites sous la treille grimpant à des supports carrés.</p>



<p>On est enterré dans la pente, en même temps qu’elle se dérobe sous vos pieds tout de suite, ne laissant de place que pour la table peinte en vert, clouée sur quatre piquets.</p>



<p>C’est à côté de la porte du pressoir qui s’ouvre lui-même sur la cave, et la cave se trouve déjà à plusieurs mètres sous le mont, bien qu’elle soit de plain-pied avec nous.</p>



<p>Les deux visites sont sur le banc, le dos au mur&nbsp;; et, pareillement à la treille, le mur est peint en bleu, en vert, en jaune, par larges taches qui semblent des commencements de personnages ou des restes de personnages, comme si on n’avait pas fini un tableau ou si le temps l’avait effacé.</p>



<p>Les deux visites sont sous de la peinture, sous des choses peintes, et contre la pierre, devant la table beaucoup plus longue que large&nbsp;; mais, de l’autre côté de la table, il y a seulement le vide&nbsp;; et tout l’espace est là, quand eux manquent de place, avec un verre posé devant chacun d’eux.</p>



<p>C’est là que Bovard a recommencé, Bovard qui ne peut plus se taire, ayant été d’abord chercher une bouteille, et c’est une bouteille de 19, c’est-à-dire ce qu’on a de mieux.</p>



<p>Il est venu, la tenant par le cou, ayant mis dans sa main toutes les précautions qu’il faut&nbsp;; il pose la bouteille sur la table&nbsp;; il tire de sa poche de gilet le tire-bouchon de nickel. Et alors commence la cérémonie du vin toujours la même, qui est qu’on remplit d’abord le fond de son verre, ce qui est un surcroît de politesse au lieu d’être une impolitesse comme on pourrait le penser, parce que c’est pour s’assurer que le vin qu’on va offrir est digne de ceux à qui on l’offre.</p>



<p>Cérémonie du vin, on remplit d’abord le fond de son verre, on goûte&nbsp;; ensuite seulement on remplit les autres verres, comme Bovard a fait. Il a pris dans la poche de son gilet son tire-bouchon dont il met le levier d’équerre, et le bouchon vient sans effort portant écrit sur le côté son nom.</p>



<p>Il a pris son verre qu’il lève&nbsp;:</p>



<p>—&nbsp;Santé&nbsp;!</p>



<p>On lui répond&nbsp;:</p>



<p>—&nbsp;Santé&nbsp;!</p>



<p>Et les verres, qui vont à la rencontre l’un de l’autre, se touchent par le bord avec un son clair, comme si on sonnait les cloches de l’amitié, tandis que Bovard est entre vous et le vide, se tenant en travers de l’espace qu’il occupe en entier avec sa hauteur, ayant sous les pieds les maisons de la rive, qui sont comme des grains de gravier, ayant les jambes devant l’eau, ayant la Savoie derrière ses genoux comme si avec une règle on avait tiré une ligne. Plus haut sont les forêts, sont les rochers, plus haut il y a la neige&nbsp;; mais le verre qu’il tient est encore plus haut, étant dans l’air et le soleil. Ainsi il a les jambes bien plantées, par en bas, mais la main et ce que tient sa main, sont plus haut que la terre, – après qu’il a trinqué, puis il a bu, puis il regarde de haut en bas dans le verre, puis il l’a levé à hauteur de son regard en même temps qu’il l’écarte de lui.</p>



<p>Il ne peut plus s’empêcher de dire à présent qu’il a commencé&nbsp;; même quand il se tait, il parle.</p>



<p>Ça est parti d’en bas, ça est monté le long de lui et ça continue à monter le long de lui&nbsp;: à présent qu’il ne peut plus se taire, même quand il ne dit rien, et ce qu’il dit il ne le dit pas avec des mots, il le dit avec tout son corps.</p>



<p>Il est demeuré debout, il est entre vous et l’air, écrivant à mesure les choses qu’il dit sur l’eau, la montagne, le ciel&nbsp;; – devant les deux visites, sous la treille, au pied du mur avec ses commencements de personnages, le mur au gros crépi où c’est comme si on avait aussi commencé de dire, mais lui va plus loin, debout devant le vide de l’autre côté de la table&nbsp;:</p>



<p>—&nbsp;Eh bien, il n’est pas mauvais&nbsp;?</p>



<p>Les deux autres ont hoché la tête.</p>



<p>—&nbsp;Vous comprenez, quand on l’a fait soi-même, et c’est nous qu’on l’a mis au monde, nous qu’on l’a soigné, qu’on l’a élevé…</p>



<p>Il abaisse son verre&nbsp;; il ne parle plus, il recommence à parler.</p>



<p>—&nbsp;Et il y a tout nous là dedans comme dans un enfant qu’on a…</p>



<p>Faisant voir de la tête autour de lui le mont, la pente, la pente du mont, la terre et les pierres, disant quand même et ne pouvant plus se taire, mais disant avec toute sa personne ce qu’il dit&nbsp;:</p>



<p>—&nbsp;Et c’est au commencement…</p>



<p>Il y a ce vin qu’il respire et il y a dedans ce qui est d’en bas, d’en dessous, là où se trouvent les racines&nbsp;; il y a l’odeur et le goût&nbsp;; il respire, puis il a goûté&nbsp;; il goûte à nouveau avec lenteur, retenant le goût sur sa langue, le ramenant d’arrière en avant, le retournant sous le palais, le laissant alors repartir, mais pour l’arrêter encore une fois au point où il va disparaître&nbsp;; et c’est à cause de ce qu’il y a dedans&nbsp;: toutes les choses qu’il y a dedans&nbsp;: alors il prend ces choses l’une après l’autre, s’étant tourné vers vous sans rien dire, mais il vous regarde et on comprend.</p>



<p>—&nbsp;Il y a la terre, a-t-il dit, là dedans…</p>



<p>Il regoûte…</p>



<p>—&nbsp;La terre, telle espèce de terre, telle nature de terre&nbsp;; la terre, telle qu’elle était, puis telle qu’on l’a faite, changeant ses proportions, l’enrichissant, l’aérant, l’amenuisant, – avec tel dosage d’argile, de calcaire, de sable, telle proportion de matière meuble et de caillou&nbsp;: tout ça qui n’est encore rien… Ce qui est d’en bas, au commencement…</p>



<p>Et il dit&nbsp;: «&nbsp;Ce qui était avant qu’on soit venu et qu’on s’y soit mis, puis on s’y est mis&nbsp;; alors il y a nous aussi, bien entendu, là dedans, nous et notre peine…&nbsp;»</p>



<p>Et ça monte au dedans de lui tout le temps et ça veut sortir, et ça devient des pensées dans sa tête, et elles vont toutes seules dehors, en sorte que, même s’il voulait s’empêcher de dire, il ne pourrait pas.</p>



<p>—&nbsp;Notre intelligence, parce qu’il y a alors le plant qu’on a choisi.</p>



<p>Il dit tout haut, comme ça&nbsp;:</p>



<p>—&nbsp;Heureusement qu’on a inventé l’américain, sans quoi qu’est-ce qu’on serait devenus&nbsp;?… Et il n’y a pas que la nature, il y a encore nous autres et qu’on est allé contre la nature, parce qu’on invente les plants, on les mélange, et une moitié de l’un est mise sur une moitié de l’autre… Et, dit-il, il y a que tout le temps on est présents, afin de surveiller comment les choses se passent.</p>



<p>Il boit encore, il va rechercher dans le vin les éléments dont il est fait.</p>



<p>—&nbsp;On a dit à la sève&nbsp;: tu passeras par là et non pas ailleurs, tu passeras par où on veut, non pas par où tu veux…</p>



<p>Il a ri.</p>



<p>Et puis il voit que les verres sont vides&nbsp;:</p>



<p>—&nbsp;Je vous demande pardon, messieurs… Je m’oubliais.</p>



<p>De nouveau&nbsp;:</p>



<p>—&nbsp;À votre santé&nbsp;!</p>



<p>Quand il y a eu, de nouveau, sur trois notes, la sonnerie, comme si on sonnait encore une fois les cloches, dans l’air clair, avant qu’il continue&nbsp;; et puis il a continué&nbsp;:</p>



<p>—&nbsp;Parce qu’à présent, a-t-il dit, gare à nous&nbsp;!… La terre, le cep, le cru et le plant&nbsp;; et nous, bien sûr, nous tout le temps, les bras et la tête, la peine de faire, la peine de penser, – mais ce n’est pas tout.</p>



<p>Il boit. Il boit une grande gorgée&nbsp;:</p>



<p>—&nbsp;Il y a encore l’air. Il y a encore l’année. Il y a encore le temps qu’il fait.</p>



<p>Il boit, avec un claquement de langue&nbsp;:</p>



<p>—&nbsp;Là-dedans, voyez-vous, il y a les mois, il y a les jours&nbsp;: le temps qu’il a fait et le temps tout court. Une heure qui vient et puis une heure, les matins, le soir, quand c’est midi. Il y a tout là dedans, qu’il dit, le climat et ses changements&nbsp;: l’humide, le chaud, les retours de froid, le trop mouillé, le trop de sécheresse&nbsp;; le trop de pluie ou pas assez, et trop précoces ou trop tardives, la grêle, les gelées… Il y a tout… Et pas seulement quand le raisin est encore sur pied, mais ce qui est autour de lui ensuite&nbsp;; parce que quelquefois il fait trop chaud après la vendange, alors la fermentation se fait trop vite&nbsp;; quelquefois il ne fait pas assez chaud, alors elle ne se fait plus, – les soucis, comme pour l’enfant, après les neuf mois, parce qu’il n’y a pas que les neuf mois qui comptent, c’est même ensuite que tout commence&nbsp;: alors il faut encore des soins et de l’amour, plus de soins et d’amour que jamais. Seulement aussi, a-t-il dit…</p>



<p>Et il commence de nouveau à lever son verre, levant son verre de plus en plus…</p>



<p>—&nbsp;Quand tout va bien, quand on a réussi…</p>



<p>Levant son verre de plus en plus&nbsp;; – et, parce qu’il lève son verre, il lève dans le jour du jour ressuscité&nbsp;; il lève dans la transparence une transparence plus grande. Il lève dans la lumière passagère une lumière définitive et fixe, dans le soleil voilé, un soleil sans nuage, un soleil plus jamais obscurci, un soleil qui ne s’en va pas&nbsp;; tiré du temps, soustrait au temps.</p>



<p>Ayant été ainsi de bas en haut, et jusqu’ici&nbsp;; puis il voit qu’il ne va pas pouvoir aller plus loin&nbsp;:</p>



<p>—&nbsp;Parce qu’ensuite, comme il a dit, ayant levé son verre un peu plus encore, – ensuite c’est là-haut. Et là-haut, à présent, c’est au-dessus de nous. Et ça est parti d’au-dessous de nous, mais à présent ça nous dépasse.</p>



<p>Il s’est tu, il baisse la tête&nbsp;; les deux autres ont fait comme lui. Ils se tiennent tous les trois silencieux, la tête baissée, devant ce qui est plus grand que nous.</p>



<p>L’esprit, qui est là-haut, et nous élève à lui, mais seulement s’il veut.</p>



<p>S’il veut, l’esprit, et non pas si on veut. Hors de la nuit, hors de nous-mêmes. Jusqu’au parfait contentement, hors des tristesses, hors des soucis. Jusqu’à l’union, hors de la désunion&nbsp;; jusqu’à la communion des hommes, hors de la séparation des hommes. Jusqu’à la vie, hors de la mort.</p>



<h5 class="wp-block-heading">
Remerciements</h5>



<p>Le téléchargement de cet épisode et la transcription complète sont disponibles sur <a href="https://gate.sc?url=http%3A%2F%2Fwww.odiolab.ch%2Fseries%2Fentre-ombres-et-lumiere%2F&amp;token=bc4ebb-1-1730825240113" rel="noreferrer noopener" target="_blank">www.odiolab.ch/series/entre-ombres-et-lumiere/</a></p>



<p>Merci à la <a href="https://ebooks-bnr.com/ebooks/html/ramuz_passage_du_poete.htm" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Bibliothèque Numérique Romande</a> pour la mise à disposition du texte traduit de l’allemand, et à Wikipedia pour la mise à disposition de l'illustration.</p>


<h5> </h5>
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	<itunes:summary><![CDATA[Charles Ferdinand - dit ‘CF’ - Ramuz dans Passage du poète: Besson le vannier arrive au printemps dans un village du Lavaux, à côté de Lausanne, surplombant le Lac Léman. Il vient y travailler le temps d’une saison. Sur son passage, on rencontre plusieurs personnages, du fossoyeur jusqu'à Mathilde et sa robe neuve en passant par Congo, à la charge de la commune, Gilliéron dans sa cave, Bovard dans sa vigne... Chacun est pris dans ses soucis. Besson, avec sa tranquillité silencieuse, s’intègre sans s’intégrer. Ce sont les autres qui modifient leur regard sur leur quotidien. L’été fini, une fête des vignerons rassemble tout le monde, et Besson s’en repart dans le silence de la nuit.



Dans le 6e et avant-dernier épisode de cette série sur CF Ramuz, écouter les passages suivants d'un de ses livres préférés, 'Passage du poète' :



- chapitres 12 et 13




Transcription ci-dessous:



Chapitre 12



On voit, en ce mois de juillet, qu’on a eu raison de bâtir serré le plus qu’on a pu, avec la moitié des maisons sous terre.



Mlle&nbsp;Ducimetière la couturière se réjouit d’être dans une chambre où le soleil n’est jamais entré, avec son apprentie et une réassujettie[2] (comme on dit ici), une machine à pied et une machine à main&nbsp;; et aussi, heureusement, beaucoup d’ouvrage, parce qu’il y a cette fête qui se prépare pour le mois d’août.



Le bruit des deux machines tournant en même temps se fait entendre&nbsp;; puis il n’y a plus eu que le bruit de l’une des deux, celle à pied, puis de nouveau le bruit des deux pendant que les hommes viennent, la lance de cuivre sous le bras.



Pendant ce temps, sur la place, Besson continue à faire ses paniers, disant le pays et le refaisant, mettant les lignes de l’osier l’une sur l’autre, comme l’écrivain ses vers ou sa prose&nbsp;; – disant le pays et ses murs par les tiges de l’osier dont il met les unes en travers et les autres viennent s’y nouer&nbsp;; – sans qu’on sache, sans qu’on s’en doute, bien tranquille et silencieux, sur la place, sous les platanes, tout seul dans sa chemise grise et avec son tablier vert, faisant bouger ses mains au-dessus de son tablier vert.



Midi sonne.



On entend crier&nbsp;: c’est les enfants qui sortent de l’école. Il y a le bruit des socques sur le pavé. Besson fait toujours ses paniers&nbsp;: alors les enfants s’arrêtent. C’est quand toutes les cheminées fument, quand l’odeur de la soupe vient dehors avec la vapeur. Et Besson tout à coup, levant la tête, à un des petits&nbsp;:



—&nbsp;Ça te plairait, cet ouvrage, à toi&nbsp;?… Eh bien, quand je m’en irai, veux-tu que je te prenne avec moi&nbsp;?



L’autre, qui est gêné, baisse la tête, devient tout rouge, n’ose pas dire non, – et deux hommes qui viennent encore avec la hotte, et c’est midi&nbsp;; deux hommes encore dans la ruelle dont ils prennent toute la largeur, qui viennent, et on voit luire au-dessus de leur tête le manche des outils que leurs mains ont poli.



Mlle&nbsp;Ducimetière, qui est assise près de la fenêtre, porte une seconde les yeux de côté, puis les a remis à son aiguille, pendant que Besson remet les siens sur ses paniers.



Et ça va comme ça jusqu’à ce qu’il n’y ait plus personne&nbsp;; alors il y a eu une grande assemblée de moineaux dans les platanes, où ils se sont posés sur la pierre des branches, mais ils commencent à être cachés, parce qu’une grosse feuille par-ci par-là y pend comme si dans la pierre poussaient des plantes.



Ils ont une grande réunion en même temps qu’ils parlent tous ensemble, se demandant où est le vieil homme au tablier vert qui tout à l’heure était installé entre les troncs.



Il y a dans l’ombre ronde, l’ombre ronde et claire, toute percée de trous comme une grosse éponge&nbsp;: ils ne savent pas bien ce que c’est de là-haut, ils se sont d’abord méfiés, mais c’est quelque chose qui ne bouge pas, alors ils se rapprochent de plus en plus, penchant la tête pour mieux voir.



Dans l’ombre, avec des taches de soleil dessus, ces paquets de verges]]></itunes:summary>
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		<title>Entre Ombres et Lumière &#8211; CF Ramuz dans &#8216;Passage du poète&#8217; (EP6)</title>
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	<itunes:author><![CDATA[@CarolineDeAllegri @JeremieWagner @WarcoBrienza]]></itunes:author>	<googleplay:image href="https://www.odiolab.ch/wp-content/uploads/2024/11/CF-Ramuz-e1731224286254.jpeg"></googleplay:image>
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	<title>Entre Ombres et Lumière &#8211; CF Ramuz dans &#8216;Passage du poète&#8217; (EP5)</title>
	<link>https://www.odiolab.ch/podcast/entre-ombres-et-lumiere-cf-ramuz-dans-passage-du-poete-ep-5/</link>
	<pubDate>Tue, 12 Nov 2024 10:59:40 +0000</pubDate>
	<dc:creator><![CDATA[@CarolineDeAllegri @JeremieWagner @WarcoBrienza]]></dc:creator>
	<guid isPermaLink="false">https://www.odiolab.ch/?post_type=podcast&#038;p=2730</guid>
	<description><![CDATA[<p>CF Ramuz est né en 1878 à Lausanne, en Suisse, de parents commerçants. Après des études de lettres dans sa ville natale, il part pour Paris, où il séjournera régulièrement jusqu’en 1914, tout en participant à la vie littéraire romande. Après la «&nbsp;Grande Guerre&nbsp;» il renonce au roman explicatif pour décrire des communautés aux prises avec les forces du mal, la guerre, la fin du monde. Il développe ainsi un nouveau style d’écriture proche du langage parlé, abandonnant la narration linéaire et introduisant le «&nbsp;on&nbsp;» comme l’expression d’une collectivité.</p>



<p>Dans le 5e épisode de cette série sur CF Ramuz, écouter les passages suivants d'un de ses livres préférés, 'Passage du poète' :</p>



<p>- chapitres 10 et 11</p>



<p>
Transcription ci-dessous:</p>



<h5 class="wp-block-heading">Chapitre 10</h5>



<p>C’est le temps où ils se sont mis partout à appeler par-dessus l’eau, du nord au sud, poussant leur voix par-dessus le lac, rangés en lignes derrière les lignes des murs, se tenant à différentes hauteurs contre le mont et étagés, – vers l’autre rive, vers la Savoie.</p>



<p>Temps où il va y avoir surabondance et on n’avait pas assez tout d’abord, mais à présent il va falloir qu’on ôte, sans quoi on serait chassé de chez soi&nbsp;: alors ils appellent par-dessus l’eau, par-dessus le lac, celles de là-bas, c’est quand juin est venu, – les Savoyardes.</p>



<p>Là-bas, elles se tiennent prêtes avec leurs paniers, sous leurs châtaigniers&nbsp;; elles ont entendu.</p>



<p>On entend bien les cloches d’ici, là-bas, le dimanche, elles entendent bien là-bas quand on sonne les cloches d’ici.</p>



<p>Elles ont entendu qu’on les appelle, elles disent&nbsp;: «&nbsp;On vient&nbsp;», elles se sont levées&nbsp;: – depuis des siècles qu’elles viennent, et c’est quand juin est venu.</p>



<p>Elles descendent leurs petits sentiers sous les châtaigniers, elles prennent leur panier et descendent à deux ou trois dans leurs robes du dimanche&nbsp;; ou encore c’est au bord du lac qu’elles habitent&nbsp;: là elles se montrent sur le pas des portes, quand il y a l’autre côté de la maison qui plonge dans l’eau, disant au revoir à leur famille.</p>



<p>Aux fenêtres sèchent des linges.</p>



<p>À côté d’un petit port qu’on voit d’en haut entre ses murs, qui est carré et où les barques se touchent toutes, de sorte qu’elles font comme un plancher, un grand plancher de pont de danse…</p>



<p>—&nbsp;Hé&nbsp;! là-bas, c’est le moment…</p>



<p>Les vieilles avec leurs bonnets de dentelles noires, les jeunes qui suivent la mode&nbsp;; les vieilles avec leurs coiffes, leurs robes noires, des tabliers&nbsp;; les jeunes en corsages clairs et en chapeaux à fleurs…</p>



<p>—&nbsp;On vous attend, vous venez&nbsp;?…</p>



<p>À présent, elles se tiennent dans le bout du débarcadère, attendant le bateau à vapeur, pendant que les douaniers en kaki sont assis sur un banc avec leurs revolvers&nbsp;; le grand bateau à vapeur tout blanc qui arrive précédé et suivi par les mouettes.</p>



<p>S’asseyant sur le pont d’avant qu’elles remplissent, se tenant serrées le plus qu’elles peuvent comme quand on a peur de se perdre, logeant sous leurs jupes leurs paniers&nbsp;; et le mouvement que prend l’air à mesure que le bateau augmente sa vitesse gonfle leurs manches à celles qui ont des manches minces et aux autres leur envoie leur tablier par-dessus l’épaule, – qu’elles ramènent, qui s’envole de nouveau, qu’elles ramènent.</p>



<p>Pendant toute la traversée, toute la belle traversée, quand tout est bleu, le ciel est bleu, la montagne est bleue, l’eau est bleue, et même la rive vers laquelle la pointe du bateau s’est tournée est bleue devant elles d’abord sous sa peinture d’air, – mais peu à peu la peinture se fendille, s’écaille, tombe en lamelles&nbsp;; et la grande côte sort déshabillée, avec la couleur de la feuille, sa couleur, se peignant en vert&nbsp;; avec la couleur de la pierre, sa couleur, se peignant en blanc, – verte et blanche. La grande côte venant rapidement à vous, avec tous ses murs dont le nombre étonne, et chaque fois elles sont étonnées, cherchant à les compter, n’y réussissant pas, les mains dans le creux de leurs jupes.</p>



<p>Eux, cependant, se tiennent là-haut par rangées, alignés derrière les lignes des murs&nbsp;: et d’abord c’est seulement comme si on avait allumé tout là-bas un feu de broussailles, comme si, là-bas, sur cette autre rive, on avait allumé un feu qui fumerait.</p>



<p>Il y a une grosse fumée brune&nbsp;; elle monte, tournant sur elle-même, comme s’il y avait là-bas un incendie, comme si une des maisons de là-bas brûlait.</p>



<p>Ensuite, c’est un point, un point blanc.</p>



<p>Le bateau à vapeur fait avancer vers vous sa fumée, il se tient au-dessous et en avant de sa fumée, mais elle vient à mesure qu’il vient.</p>



<p>Ils ont compris, ils se disent&nbsp;: «&nbsp;Ça y est&nbsp;!&nbsp;»</p>



<p>Le point blanc s’élargit, s’allonge&nbsp;: et eux, se tenant à différentes hauteurs au-dessus de l’eau alignés, c’est comme s’ils voyaient un morceau de l’autre rive qui s’en serait détaché et viendrait.</p>



<p>Elles nous ont entendus, elles sont venues. Et on va être tous ensemble à travailler, parce qu’il y aurait trop de travail pour nous seuls.</p>



<p>Il faut qu’on ôte vite, sans quoi on serait débordé. Elles sont montées au mont, à peine arrivées.</p>



<p>Il y a sur elles le ciel comme un dedans de ruches peint. Elles s’amusent d’être ainsi les unes au-dessus des autres, échafaudées, et les pieds de celle qui est en haut sont à la hauteur de la tête de celle qui est en bas. Elles en ont eu plein les bras (tandis que les hommes par-ci par-là commencent à sulfater), allant entre les ceps à petits pas, disparues, reparues, se baissant, se redressant, se baissant de nouveau, tenant contre elles les gros paquets juteux comme quand on porte un enfant et ses langes pendent&nbsp;; – elles en ont fait des tas hauts comme elles, parce qu’il faut qu’on ôte et il n’y avait pas assez, mais il y a trop à présent.</p>



<p>Et l’ordre de l’homme reprend le dessus, ayant fait reparaître la terre, qui est revenue se montrer par longues bandes entre les ceps dans l’uniformité du vert.</p>



<p>Tandis qu’à présent elles ont fini et se tiennent assises sur les bancs devant l’eau qu’elles vont retraverser, et, en attendant, elles regardent, parce que c’est un dimanche après midi, sous les grands arbres, tout ce monde, les bateaux à vapeur qui penchent, quand on crie&nbsp;: «&nbsp;Débarquement&nbsp;!&nbsp;»</p>



<p>Assises sur les vieux bancs de bois, avec leurs jupes noires, les mains dans le creux de leur tablier.</p>



<p>Elles se tiennent bien tranquilles, pendant qu’un bateau arrive et un autre bateau arrive&nbsp;; et là-haut les bois de la vigne eux aussi attendent sous le grand soleil, avec leurs liens de paille noués comme des cravates.</p>



<p>Après qu’on a fait les effeuilles, et après qu’on a attaché, et ils disent chez nous «&nbsp;lever&nbsp;», – et c’est un ouvrage de femmes.</p>



<h5 class="wp-block-heading">Chapitre 11</h5>



<p>—&nbsp;Seulement, à présent, c’est à votre tour, ont-elles dit aux hommes.</p>



<p>—&nbsp;Compris…</p>



<p>Bovard a appelé son fils qui va mieux depuis qu’il fait chaud&nbsp;; Bovard a sorti la grande cuve à sulfate.</p>



<p>Il donne à son fils un vieux pantalon, une vieille blouse, un vieux chapeau de paille à grandes ailes&nbsp;; il met un vieux pantalon, une vieille blouse, les plus vieux souliers qu’il ait trouvés.</p>



<p>Le jour qu’elles vont repartir, les Savoyardes&nbsp;; alors le gros bateau va fondre peu à peu, allant en sens inverse, après le mouvement du gouvernail qui renverse l’eau sur elle-même comme quand on fait tourner la charrue&nbsp;; – mais nous, on est prêts, a-t-il dit.</p>



<p>—&nbsp;Henri&nbsp;!</p>



<p>—&nbsp;Je viens.</p>



<p>Son fils va mieux. Il ne tousse presque plus. Et il va venir avec moi, cette fois, et on sera deux.</p>



<p>C’est quand ils sortent ces grandes cuves qu’ils appellent des tines&nbsp;; ils les calent sur le sol en pente au moyen d’une grosse pierre.</p>



<p>Parce que c’est une cochonnerie qui se dissout difficilement&nbsp;; et le mélange reste épais. Le mélange donne une bouillie&nbsp;: c’est à quoi on est obligé depuis qu’il y a eu ces maladies, c’est-à-dire depuis cinquante ans. Il y a une odeur qui fait tousser, et c’est chimique. Ça brûle les étoffes, le cuir, ça brûlerait même la vigne si on ne faisait pas attention, – mais enfin, puisqu’il faut. Et ils remplissent les tonneaux à ouverture carrée dont ils se servent et qu’on amène par les chemins jusqu’à cette porte d’en bas ou bien jusque devant la dernière marche de l’escalier qu’on aura chaque fois à monter tout entier et à redescendre, ou encore à l’entrée du sentier où on est ramené en arrière de la moitié de chaque pas qu’on fait, tant c’est raide, – seulement que faire&nbsp;?</p>



<p>Bovard a dit&nbsp;: «&nbsp;Ça ne fait rien…&nbsp;»</p>



<p>Il est parti avec son fils, il dit&nbsp;: «&nbsp;C’est même le contraire. Et regardez-moi ça&nbsp;! est-ce beau&nbsp;!&nbsp;»</p>



<p>Montrant les hommes qui s’en vont sur les deux routes, puis, partant de là, à beaux intervalles, avec ordre et avec méthode, s’étant réparti les surfaces, montent, le pulvérisateur sur le dos.</p>



<p>Regardez-moi ça, parce que c’est beau&nbsp;!</p>



<p>Attaquant le mont pour une bataille, s’étant distribué la tâche de façon à se continuer l’un l’autre, parce que là où celle de l’un commence celle de l’autre finit&nbsp;; ayant découpé dans ce grand ensemble chacun son morceau sans laisser de vides&nbsp;; – et eux alors sont tout petits, ils sont là dedans comme des fourmis, seulement il y a en eux l’intelligence, il y a en eux la volonté.</p>



<p>—&nbsp;Et c’est ça seulement qui compte et c’est ça qui est beau à voir, a dit Bovard, qui a rempli son pulvérisateur, et puis il s’est mis à peindre.</p>



<p>À présent, ils sont peintres. Ils refont les murs, ils portent la terre, ils taillent, ils fossoient, ils raclent&nbsp;; ils ont été ingénieurs, architectes, ils ont été maçons, ils ont été arboriculteurs, terrassiers, mais ce n’est pas fini, ça ne suffit pas, leur métier toujours le même est fait de plusieurs métiers. Parce qu’à présent ils peignent et c’est tout le pays qu’ils peignent, le faisant changer encore une fois de couleur. Ils sont comme le peintre&nbsp;: le peintre ne donne pas qu’une couche, mais deux, trois, quatre, et cinq s’il faut, jusqu’à ce que la couleur tienne&nbsp;; – et eux, de même, s’élevant pas à pas contre la pente entre les ceps, tenant la lance comme un pinceau, peignant à droite, peignant à gauche&nbsp;; allant chercher sous la feuille la grappe cachée, et pas une feuille, pas une grappe qui ne soit visitée par eux, s’ajoutant ainsi peu à peu les unes aux autres dans le changement qui survient.</p>



<p>Quand le mont, une première fois, avait changé de couleur de lui-même, – mais eux l’ont regardé, et ils n’ont pas été contents&nbsp;; ils ont dit&nbsp;: «&nbsp;À notre tour.&nbsp;»</p>



<p>Et&nbsp;: «&nbsp;Hardi&nbsp;! Hardi quand même&nbsp;!&nbsp;»</p>



<p>—&nbsp;Vois-tu ça, a dit Bovard à son fils et Bovard tient le pinceau.</p>



<p>Et son fils tient le pinceau.</p>



<p>Et la couleur sortant de vous revient à vous, et eux-mêmes peu à peu changent de couleur, tandis qu’ils toussent et crachent et ont les yeux qui leur pleurent, et se mouchent, – changeant de couleur de la tête aux pieds, ne voulant pas être différents&nbsp;; tout bleus, tout peints en bleu eux-mêmes en ressemblance avec le mont et par fidélité à lui&nbsp;; les mains, les bras, les jambes, le corps, le chapeau, la barbe, le menton, la moustache, et on en a plein les oreilles, plein les yeux&nbsp;; on tousse bleu, on mouche bleu, on pisse bleu&nbsp;; tant pis&nbsp;! parce que le mildiou à présent peut venir s’il veut, on a de quoi le recevoir…</p>



<p>—&nbsp;Et c’est ça qui est beau&nbsp;! dit Bovard, de tenir le coup, d’être les plus forts (parce que le poète est venu).</p>



<p>Tandis qu’il va toujours, et son fils va près de lui&nbsp;; descend à la bossette quand son pulvérisateur est vide, le remplit, remonte, et son fils de même, et tous les autres comme son fils et lui&nbsp;; par descentes, remontées, puis par un long travail patient, sous le grand soleil, dans l’ardeur du jour, face à la pente brûlante qui se dresse vous poussant contre sa chaleur, parmi l’aveuglement, le brouillard et l’aveuglement, l’odeur&nbsp;: quand ça vous pique la peau, quand ça vous perce votre blouse, quand ça durcit contre vos vêtements qui se raidissent&nbsp;; alors on marche comme dans une carapace, dans une cuirasse articulée, dans un justaucorps de béton&nbsp;: on est soi-même comme une maçonnerie (pour plus d’amour à ces murs d’alentour)&nbsp;; – mais ça ne fait rien si on tient le coup, si on est les plus forts, n’est-ce pas, mon ami&nbsp;? si on gagne la bataille, si on a roulé le mildiou&nbsp;!</p>



<p>Étant comme suspendus à des échafaudages les uns au-dessus des autres, repeignant toute l’immense façade, de haut en bas, de bas en haut, dans ses recoins, dans ses niches, ses replis, entre ses contreforts, ses arcs-boutants, ses places sculptées ou non sculptées&nbsp;: alors le lac est étonné de mirer une autre couleur, un mont qu’il ne reconnaît pas, une pente qui n’est plus celle dont il a l’habitude, se refusant d’abord avec son bleu à cet autre bleu, ce bleu d’en haut quand c’était vert, ce bleu pas vrai, ce bleu des hommes&nbsp;; – et puis il faut quand même, parce que le lac va y être forcé et on le plie à nous, après le mont, – à nous, les hommes.</p>



<p>Alors, qu’est-ce que c’est, à présent, qui bouge là&nbsp;?</p>



<p>Est-ce un pan de mur qui vient en avant, comme il arrive quelquefois quand un glissement de terrain se produit, est-ce un morceau de la pente&nbsp;?</p>



<p>Ou bien un des ceps, plus haut que les autres, qui s’avance&nbsp;?</p>



<p>Ce qui se détache là-haut, puis fait un pas et en fait encore un et est venu lentement, puis s’arrête&nbsp;: alors, quand la chose s’arrête, elle est continuée exactement sur ses côtés et on ne l’en distingue plus.</p>



<p>Elle se tient en haut de ce dernier mur&nbsp;; alors on voit, dans la vigne d’en dessous, dans cet autre petit commencement de chambre, ce casier, ce soubassement de maison comme si tout le reste de la maison avait brûlé, ce rez-de-chaussée de maison avec un plancher en pente&nbsp;: – on voit là dans la barre d’ombre que fait le mur qui suit comme si un peu de ce mur s’était éboulé.</p>



<p>Un pan de mur descend&nbsp;; l’autre, c’est comme s’il était tombé du côté d’en haut et demeurait allongé là, étant empêché de glisser.</p>



<p>Ici, quand les hommes veulent se mettre à l’ombre, ils ne trouvent que celle des murs. Il y a seulement ces étroites barres faites à l’encre comme quand on souligne un mot. Il n’y a point d’arbres, c’est le seul refuge&nbsp;; il faut se coucher dedans tout de son long. Ils entrent en rampant dedans, ils s’étendent de côté contre la pierre, semblables à la pierre&nbsp;; et puis, pliant le bras, ils mettent la tête dessus.</p>



<p>Ils restent alors sans mouvement, parce que, sitôt qu’on bouge, on déborde.</p>



<p>À peine élargies au matin, quand le soleil est bas, ces ombres, et puis elles se rétrécissent en venant un peu de côté, se rétrécissant toujours plus, jusqu’à ce que ce soit midi, l’heure où on cherche le repos&nbsp;; et justement c’est l’heure où elles sont le plus étroites&nbsp;; – après qu’on a mangé la soupe, le pain et le fromage, qu’une petite fille vous apporte dans un panier.</p>



<p>On voit toujours ce ciel comme un dedans de ruche peint. Au-dessus de la crête, faisant suite à la crête et puis revenant sur lui-même, lisse, uni, mat comme une calotte de paille peinte épais&nbsp;: un dedans de ruche. Et eux, ils sont sur le côté de la ruche, qui se dresse là avec ses casiers.</p>



<p>L’homme qui est couché se tourne de côté, il soulève la tête, il a dit à celui qui est debout&nbsp;:</p>



<p>—&nbsp;Est-ce déjà l’heure&nbsp;?</p>



<p>Un bateau à vapeur est entendu dans la profondeur, on ne sait pas où. Le bruit qu’il fait semble vous arriver par-dessous la terre. C’est avec ses épaules quand on est couché qu’on l’entend&nbsp;; quand on est sur pied avec ses semelles. Le bruit du bateau à vapeur vient secouant l’espace d’en dessous, en même temps que, dans l’air, il se mélange au bruit des abeilles. Et il y a son tremblement&nbsp;: alors est-ce pourquoi la lumière tremble ainsi&nbsp;?</p>



<p>On voit l’homme là-haut trembler avec sa figure qui tremble pendant qu’il est parfaitement immobile&nbsp;; son menton tremble et sa moustache. En haut de son mur, sous le chapeau, et le mur lui-même et le chapeau. Sous l’aile du chapeau, c’est comme à un plafond de chambre, à cause des reflets, et ça danse.</p>



<p>Il est parfaitement immobile tout en étant mobile dans les différentes parties de son corps. Il y a un mouvement qui remonte le long de lui. Lumière, abeilles, ça sent le miel, ça sent le mur chaud, le vernis&nbsp;; ça sent le vernis, la peinture.</p>



<p>—&nbsp;Tu viens&nbsp;?</p>



<p>Pendant qu’il ne bouge pas là-haut, et l’autre dans le pied de son mur non plus, – tout bouge.</p>



<p>Et à présent c’est le mont qui balance comme si on était à l’intérieur d’un navire, de sorte que celui qui était couché, quand il se lève, a de la peine et il doit se tenir au mur.</p>



<p>Il a sorti seulement la tête de l’ombre, il l’y a ramenée, fermant les yeux. Il est dans cette ombre comme dans un cercueil qu’il doit forcer, mettant dehors avec précaution sa personne devant le vide qui l’attaque violemment lui sautant au corps, par sa lumière, sa chaleur, ses décharges, quand chaque petite vague vous éclate contre, et l’espace même est comme un coup qu’on reçoit.</p>



<p>Mais c’est le beau, c’est le grand beau, et il semble qu’il va durer&nbsp;; alors les voilà prêts quand même.</p>



<p>On les a vus descendre l’un derrière l’autre les escaliers aux marches pratiquées dans le faîte des murs, passant d’un de ces murs à l’autre, puis trouvant un bout de sentier, ou bien allant le long d’une canalisation, puis prenant en travers et de nouveau sautant, – puis ils remontent.</p>



<p>Tout ce mois de juin, tout ce commencement de juillet. Descendus, remontés&nbsp;: ici, plus loin, à droite, à gauche, jusqu’à ces toutes dernières vignes d’en bas immédiatement ourlées par les gros blocs de l’enrochement ou la grève, et jusqu’à ces toutes dernières d’en haut finissant parmi la broussaille et les rochers.</p>



<p>Peignant, repeignant, re-repeignant&nbsp;; sulfatant, resulfatant, re-resulfatant&nbsp;; soufrant, resoufrant, entourés de bleu, entourés de jaune, étant dans une couleur, puis dans une autre couleur, – de haut en bas, de bas en haut, tout le mois de juin, puis juillet, depuis des quatre heures du matin jusqu’à des huit heures du soir, où on rentre&nbsp;; – alors il y a Besson, vous savez, le vannier qui s’est installé au village&nbsp;; il va faire sa tournée et souvent on le trouve sur la route quand on rentre.</p>



<p>C’est le beau, comme ils disent, c’est le grand beau, le tout grand beau&nbsp;; on tient le temps cette fois, ça va faire une belle année, une toute belle année.</p>



<p>Pour peu seulement que ça continue, mais on va faire en sorte que ça continue, qu’en dites-vous&nbsp;?</p>



<p>Parce que ça nous regarde, ou quoi&nbsp;?</p>



<p>Considérant toutes les promesses qu’il y a, parce qu’on les y a aidées.</p>



<p>Quand le grain est bien sain, ni trop rare, ni trop serré, bien égal, bien réparti.</p>



<p>Et on le voit grossir&nbsp;; de jour en jour on le voit grossir, en même temps qu’il devient clair et on commence à voir au travers&nbsp;; on dit alors que le raisin traluit.</p>



<h5 class="wp-block-heading">
Remerciements</h5>



<p>Le téléchargement de cet épisode et la transcription complète sont disponibles sur <a href="https://gate.sc?url=http%3A%2F%2Fwww.odiolab.ch%2Fseries%2Fentre-ombres-et-lumiere%2F&amp;token=bc4ebb-1-1730825240113" rel="noreferrer noopener" target="_blank">www.odiolab.ch/series/entre-ombres-et-lumiere/</a></p>



<p>Merci à la <a href="https://ebooks-bnr.com/ebooks/html/ramuz_passage_du_poete.htm" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Bibliothèque Numérique Romande</a> pour la mise à disposition du texte traduit de l’allemand, et à Wikipedia pour la mise à disposition de l'illustration.</p>


<h5> </h5>
<h5>Envie de soutenir l'association Odiolab?</h5>]]></description>
	<itunes:subtitle><![CDATA[CF Ramuz est né en 1878 à Lausanne, en Suisse, de parents commerçants. Après des études de lettres dans sa ville natale, il part pour Paris, où il séjournera régulièrement jusqu’en 1914, tout en participant à la vie littéraire romande. Après la «&nbsp;Gr]]></itunes:subtitle>
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	<itunes:title><![CDATA[CF Ramuz dans Passage du poète (EP5)]]></itunes:title>
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	<content:encoded><![CDATA[<p>CF Ramuz est né en 1878 à Lausanne, en Suisse, de parents commerçants. Après des études de lettres dans sa ville natale, il part pour Paris, où il séjournera régulièrement jusqu’en 1914, tout en participant à la vie littéraire romande. Après la «&nbsp;Grande Guerre&nbsp;» il renonce au roman explicatif pour décrire des communautés aux prises avec les forces du mal, la guerre, la fin du monde. Il développe ainsi un nouveau style d’écriture proche du langage parlé, abandonnant la narration linéaire et introduisant le «&nbsp;on&nbsp;» comme l’expression d’une collectivité.</p>



<p>Dans le 5e épisode de cette série sur CF Ramuz, écouter les passages suivants d'un de ses livres préférés, 'Passage du poète' :</p>



<p>- chapitres 10 et 11</p>



<p>
Transcription ci-dessous:</p>



<h5 class="wp-block-heading">Chapitre 10</h5>



<p>C’est le temps où ils se sont mis partout à appeler par-dessus l’eau, du nord au sud, poussant leur voix par-dessus le lac, rangés en lignes derrière les lignes des murs, se tenant à différentes hauteurs contre le mont et étagés, – vers l’autre rive, vers la Savoie.</p>



<p>Temps où il va y avoir surabondance et on n’avait pas assez tout d’abord, mais à présent il va falloir qu’on ôte, sans quoi on serait chassé de chez soi&nbsp;: alors ils appellent par-dessus l’eau, par-dessus le lac, celles de là-bas, c’est quand juin est venu, – les Savoyardes.</p>



<p>Là-bas, elles se tiennent prêtes avec leurs paniers, sous leurs châtaigniers&nbsp;; elles ont entendu.</p>



<p>On entend bien les cloches d’ici, là-bas, le dimanche, elles entendent bien là-bas quand on sonne les cloches d’ici.</p>



<p>Elles ont entendu qu’on les appelle, elles disent&nbsp;: «&nbsp;On vient&nbsp;», elles se sont levées&nbsp;: – depuis des siècles qu’elles viennent, et c’est quand juin est venu.</p>



<p>Elles descendent leurs petits sentiers sous les châtaigniers, elles prennent leur panier et descendent à deux ou trois dans leurs robes du dimanche&nbsp;; ou encore c’est au bord du lac qu’elles habitent&nbsp;: là elles se montrent sur le pas des portes, quand il y a l’autre côté de la maison qui plonge dans l’eau, disant au revoir à leur famille.</p>



<p>Aux fenêtres sèchent des linges.</p>



<p>À côté d’un petit port qu’on voit d’en haut entre ses murs, qui est carré et où les barques se touchent toutes, de sorte qu’elles font comme un plancher, un grand plancher de pont de danse…</p>



<p>—&nbsp;Hé&nbsp;! là-bas, c’est le moment…</p>



<p>Les vieilles avec leurs bonnets de dentelles noires, les jeunes qui suivent la mode&nbsp;; les vieilles avec leurs coiffes, leurs robes noires, des tabliers&nbsp;; les jeunes en corsages clairs et en chapeaux à fleurs…</p>



<p>—&nbsp;On vous attend, vous venez&nbsp;?…</p>



<p>À présent, elles se tiennent dans le bout du débarcadère, attendant le bateau à vapeur, pendant que les douaniers en kaki sont assis sur un banc avec leurs revolvers&nbsp;; le grand bateau à vapeur tout blanc qui arrive précédé et suivi par les mouettes.</p>



<p>S’asseyant sur le pont d’avant qu’elles remplissent, se tenant serrées le plus qu’elles peuvent comme quand on a peur de se perdre, logeant sous leurs jupes leurs paniers&nbsp;; et le mouvement que prend l’air à mesure que le bateau augmente sa vitesse gonfle leurs manches à celles qui ont des manches minces et aux autres leur envoie leur tablier par-dessus l’épaule, – qu’elles ramènent, qui s’envole de nouveau, qu’elles ramènent.</p>



<p>Pendant toute la traversée, toute la belle traversée, quand tout est bleu, le ciel est bleu, la montagne est bleue, l’eau est bleue, et même la rive vers laquelle la pointe du bateau s’est tournée est bleue devant elles d’abord sous sa peinture d’air, – mais peu à peu la peinture se fendille, s’écaille, tombe en lamelles&nbsp;; et la grande côte sort déshabillée, avec la couleur de la feuille, sa couleur, se peignant en vert&nbsp;; avec la couleur de la pierre, sa couleur, se peignant en blanc, – verte et blanche. La grande côte venant rapidement à vous, avec tous ses murs dont le nombre étonne, et chaque fois elles sont étonnées, cherchant à les compter, n’y réussissant pas, les mains dans le creux de leurs jupes.</p>



<p>Eux, cependant, se tiennent là-haut par rangées, alignés derrière les lignes des murs&nbsp;: et d’abord c’est seulement comme si on avait allumé tout là-bas un feu de broussailles, comme si, là-bas, sur cette autre rive, on avait allumé un feu qui fumerait.</p>



<p>Il y a une grosse fumée brune&nbsp;; elle monte, tournant sur elle-même, comme s’il y avait là-bas un incendie, comme si une des maisons de là-bas brûlait.</p>



<p>Ensuite, c’est un point, un point blanc.</p>



<p>Le bateau à vapeur fait avancer vers vous sa fumée, il se tient au-dessous et en avant de sa fumée, mais elle vient à mesure qu’il vient.</p>



<p>Ils ont compris, ils se disent&nbsp;: «&nbsp;Ça y est&nbsp;!&nbsp;»</p>



<p>Le point blanc s’élargit, s’allonge&nbsp;: et eux, se tenant à différentes hauteurs au-dessus de l’eau alignés, c’est comme s’ils voyaient un morceau de l’autre rive qui s’en serait détaché et viendrait.</p>



<p>Elles nous ont entendus, elles sont venues. Et on va être tous ensemble à travailler, parce qu’il y aurait trop de travail pour nous seuls.</p>



<p>Il faut qu’on ôte vite, sans quoi on serait débordé. Elles sont montées au mont, à peine arrivées.</p>



<p>Il y a sur elles le ciel comme un dedans de ruches peint. Elles s’amusent d’être ainsi les unes au-dessus des autres, échafaudées, et les pieds de celle qui est en haut sont à la hauteur de la tête de celle qui est en bas. Elles en ont eu plein les bras (tandis que les hommes par-ci par-là commencent à sulfater), allant entre les ceps à petits pas, disparues, reparues, se baissant, se redressant, se baissant de nouveau, tenant contre elles les gros paquets juteux comme quand on porte un enfant et ses langes pendent&nbsp;; – elles en ont fait des tas hauts comme elles, parce qu’il faut qu’on ôte et il n’y avait pas assez, mais il y a trop à présent.</p>



<p>Et l’ordre de l’homme reprend le dessus, ayant fait reparaître la terre, qui est revenue se montrer par longues bandes entre les ceps dans l’uniformité du vert.</p>



<p>Tandis qu’à présent elles ont fini et se tiennent assises sur les bancs devant l’eau qu’elles vont retraverser, et, en attendant, elles regardent, parce que c’est un dimanche après midi, sous les grands arbres, tout ce monde, les bateaux à vapeur qui penchent, quand on crie&nbsp;: «&nbsp;Débarquement&nbsp;!&nbsp;»</p>



<p>Assises sur les vieux bancs de bois, avec leurs jupes noires, les mains dans le creux de leur tablier.</p>



<p>Elles se tiennent bien tranquilles, pendant qu’un bateau arrive et un autre bateau arrive&nbsp;; et là-haut les bois de la vigne eux aussi attendent sous le grand soleil, avec leurs liens de paille noués comme des cravates.</p>



<p>Après qu’on a fait les effeuilles, et après qu’on a attaché, et ils disent chez nous «&nbsp;lever&nbsp;», – et c’est un ouvrage de femmes.</p>



<h5 class="wp-block-heading">Chapitre 11</h5>



<p>—&nbsp;Seulement, à présent, c’est à votre tour, ont-elles dit aux hommes.</p>



<p>—&nbsp;Compris…</p>



<p>Bovard a appelé son fils qui va mieux depuis qu’il fait chaud&nbsp;; Bovard a sorti la grande cuve à sulfate.</p>



<p>Il donne à son fils un vieux pantalon, une vieille blouse, un vieux chapeau de paille à grandes ailes&nbsp;; il met un vieux pantalon, une vieille blouse, les plus vieux souliers qu’il ait trouvés.</p>



<p>Le jour qu’elles vont repartir, les Savoyardes&nbsp;; alors le gros bateau va fondre peu à peu, allant en sens inverse, après le mouvement du gouvernail qui renverse l’eau sur elle-même comme quand on fait tourner la charrue&nbsp;; – mais nous, on est prêts, a-t-il dit.</p>



<p>—&nbsp;Henri&nbsp;!</p>



<p>—&nbsp;Je viens.</p>



<p>Son fils va mieux. Il ne tousse presque plus. Et il va venir avec moi, cette fois, et on sera deux.</p>



<p>C’est quand ils sortent ces grandes cuves qu’ils appellent des tines&nbsp;; ils les calent sur le sol en pente au moyen d’une grosse pierre.</p>



<p>Parce que c’est une cochonnerie qui se dissout difficilement&nbsp;; et le mélange reste épais. Le mélange donne une bouillie&nbsp;: c’est à quoi on est obligé depuis qu’il y a eu ces maladies, c’est-à-dire depuis cinquante ans. Il y a une odeur qui fait tousser, et c’est chimique. Ça brûle les étoffes, le cuir, ça brûlerait même la vigne si on ne faisait pas attention, – mais enfin, puisqu’il faut. Et ils remplissent les tonneaux à ouverture carrée dont ils se servent et qu’on amène par les chemins jusqu’à cette porte d’en bas ou bien jusque devant la dernière marche de l’escalier qu’on aura chaque fois à monter tout entier et à redescendre, ou encore à l’entrée du sentier où on est ramené en arrière de la moitié de chaque pas qu’on fait, tant c’est raide, – seulement que faire&nbsp;?</p>



<p>Bovard a dit&nbsp;: «&nbsp;Ça ne fait rien…&nbsp;»</p>



<p>Il est parti avec son fils, il dit&nbsp;: «&nbsp;C’est même le contraire. Et regardez-moi ça&nbsp;! est-ce beau&nbsp;!&nbsp;»</p>



<p>Montrant les hommes qui s’en vont sur les deux routes, puis, partant de là, à beaux intervalles, avec ordre et avec méthode, s’étant réparti les surfaces, montent, le pulvérisateur sur le dos.</p>



<p>Regardez-moi ça, parce que c’est beau&nbsp;!</p>



<p>Attaquant le mont pour une bataille, s’étant distribué la tâche de façon à se continuer l’un l’autre, parce que là où celle de l’un commence celle de l’autre finit&nbsp;; ayant découpé dans ce grand ensemble chacun son morceau sans laisser de vides&nbsp;; – et eux alors sont tout petits, ils sont là dedans comme des fourmis, seulement il y a en eux l’intelligence, il y a en eux la volonté.</p>



<p>—&nbsp;Et c’est ça seulement qui compte et c’est ça qui est beau à voir, a dit Bovard, qui a rempli son pulvérisateur, et puis il s’est mis à peindre.</p>



<p>À présent, ils sont peintres. Ils refont les murs, ils portent la terre, ils taillent, ils fossoient, ils raclent&nbsp;; ils ont été ingénieurs, architectes, ils ont été maçons, ils ont été arboriculteurs, terrassiers, mais ce n’est pas fini, ça ne suffit pas, leur métier toujours le même est fait de plusieurs métiers. Parce qu’à présent ils peignent et c’est tout le pays qu’ils peignent, le faisant changer encore une fois de couleur. Ils sont comme le peintre&nbsp;: le peintre ne donne pas qu’une couche, mais deux, trois, quatre, et cinq s’il faut, jusqu’à ce que la couleur tienne&nbsp;; – et eux, de même, s’élevant pas à pas contre la pente entre les ceps, tenant la lance comme un pinceau, peignant à droite, peignant à gauche&nbsp;; allant chercher sous la feuille la grappe cachée, et pas une feuille, pas une grappe qui ne soit visitée par eux, s’ajoutant ainsi peu à peu les unes aux autres dans le changement qui survient.</p>



<p>Quand le mont, une première fois, avait changé de couleur de lui-même, – mais eux l’ont regardé, et ils n’ont pas été contents&nbsp;; ils ont dit&nbsp;: «&nbsp;À notre tour.&nbsp;»</p>



<p>Et&nbsp;: «&nbsp;Hardi&nbsp;! Hardi quand même&nbsp;!&nbsp;»</p>



<p>—&nbsp;Vois-tu ça, a dit Bovard à son fils et Bovard tient le pinceau.</p>



<p>Et son fils tient le pinceau.</p>



<p>Et la couleur sortant de vous revient à vous, et eux-mêmes peu à peu changent de couleur, tandis qu’ils toussent et crachent et ont les yeux qui leur pleurent, et se mouchent, – changeant de couleur de la tête aux pieds, ne voulant pas être différents&nbsp;; tout bleus, tout peints en bleu eux-mêmes en ressemblance avec le mont et par fidélité à lui&nbsp;; les mains, les bras, les jambes, le corps, le chapeau, la barbe, le menton, la moustache, et on en a plein les oreilles, plein les yeux&nbsp;; on tousse bleu, on mouche bleu, on pisse bleu&nbsp;; tant pis&nbsp;! parce que le mildiou à présent peut venir s’il veut, on a de quoi le recevoir…</p>



<p>—&nbsp;Et c’est ça qui est beau&nbsp;! dit Bovard, de tenir le coup, d’être les plus forts (parce que le poète est venu).</p>



<p>Tandis qu’il va toujours, et son fils va près de lui&nbsp;; descend à la bossette quand son pulvérisateur est vide, le remplit, remonte, et son fils de même, et tous les autres comme son fils et lui&nbsp;; par descentes, remontées, puis par un long travail patient, sous le grand soleil, dans l’ardeur du jour, face à la pente brûlante qui se dresse vous poussant contre sa chaleur, parmi l’aveuglement, le brouillard et l’aveuglement, l’odeur&nbsp;: quand ça vous pique la peau, quand ça vous perce votre blouse, quand ça durcit contre vos vêtements qui se raidissent&nbsp;; alors on marche comme dans une carapace, dans une cuirasse articulée, dans un justaucorps de béton&nbsp;: on est soi-même comme une maçonnerie (pour plus d’amour à ces murs d’alentour)&nbsp;; – mais ça ne fait rien si on tient le coup, si on est les plus forts, n’est-ce pas, mon ami&nbsp;? si on gagne la bataille, si on a roulé le mildiou&nbsp;!</p>



<p>Étant comme suspendus à des échafaudages les uns au-dessus des autres, repeignant toute l’immense façade, de haut en bas, de bas en haut, dans ses recoins, dans ses niches, ses replis, entre ses contreforts, ses arcs-boutants, ses places sculptées ou non sculptées&nbsp;: alors le lac est étonné de mirer une autre couleur, un mont qu’il ne reconnaît pas, une pente qui n’est plus celle dont il a l’habitude, se refusant d’abord avec son bleu à cet autre bleu, ce bleu d’en haut quand c’était vert, ce bleu pas vrai, ce bleu des hommes&nbsp;; – et puis il faut quand même, parce que le lac va y être forcé et on le plie à nous, après le mont, – à nous, les hommes.</p>



<p>Alors, qu’est-ce que c’est, à présent, qui bouge là&nbsp;?</p>



<p>Est-ce un pan de mur qui vient en avant, comme il arrive quelquefois quand un glissement de terrain se produit, est-ce un morceau de la pente&nbsp;?</p>



<p>Ou bien un des ceps, plus haut que les autres, qui s’avance&nbsp;?</p>



<p>Ce qui se détache là-haut, puis fait un pas et en fait encore un et est venu lentement, puis s’arrête&nbsp;: alors, quand la chose s’arrête, elle est continuée exactement sur ses côtés et on ne l’en distingue plus.</p>



<p>Elle se tient en haut de ce dernier mur&nbsp;; alors on voit, dans la vigne d’en dessous, dans cet autre petit commencement de chambre, ce casier, ce soubassement de maison comme si tout le reste de la maison avait brûlé, ce rez-de-chaussée de maison avec un plancher en pente&nbsp;: – on voit là dans la barre d’ombre que fait le mur qui suit comme si un peu de ce mur s’était éboulé.</p>



<p>Un pan de mur descend&nbsp;; l’autre, c’est comme s’il était tombé du côté d’en haut et demeurait allongé là, étant empêché de glisser.</p>



<p>Ici, quand les hommes veulent se mettre à l’ombre, ils ne trouvent que celle des murs. Il y a seulement ces étroites barres faites à l’encre comme quand on souligne un mot. Il n’y a point d’arbres, c’est le seul refuge&nbsp;; il faut se coucher dedans tout de son long. Ils entrent en rampant dedans, ils s’étendent de côté contre la pierre, semblables à la pierre&nbsp;; et puis, pliant le bras, ils mettent la tête dessus.</p>



<p>Ils restent alors sans mouvement, parce que, sitôt qu’on bouge, on déborde.</p>



<p>À peine élargies au matin, quand le soleil est bas, ces ombres, et puis elles se rétrécissent en venant un peu de côté, se rétrécissant toujours plus, jusqu’à ce que ce soit midi, l’heure où on cherche le repos&nbsp;; et justement c’est l’heure où elles sont le plus étroites&nbsp;; – après qu’on a mangé la soupe, le pain et le fromage, qu’une petite fille vous apporte dans un panier.</p>



<p>On voit toujours ce ciel comme un dedans de ruche peint. Au-dessus de la crête, faisant suite à la crête et puis revenant sur lui-même, lisse, uni, mat comme une calotte de paille peinte épais&nbsp;: un dedans de ruche. Et eux, ils sont sur le côté de la ruche, qui se dresse là avec ses casiers.</p>



<p>L’homme qui est couché se tourne de côté, il soulève la tête, il a dit à celui qui est debout&nbsp;:</p>



<p>—&nbsp;Est-ce déjà l’heure&nbsp;?</p>



<p>Un bateau à vapeur est entendu dans la profondeur, on ne sait pas où. Le bruit qu’il fait semble vous arriver par-dessous la terre. C’est avec ses épaules quand on est couché qu’on l’entend&nbsp;; quand on est sur pied avec ses semelles. Le bruit du bateau à vapeur vient secouant l’espace d’en dessous, en même temps que, dans l’air, il se mélange au bruit des abeilles. Et il y a son tremblement&nbsp;: alors est-ce pourquoi la lumière tremble ainsi&nbsp;?</p>



<p>On voit l’homme là-haut trembler avec sa figure qui tremble pendant qu’il est parfaitement immobile&nbsp;; son menton tremble et sa moustache. En haut de son mur, sous le chapeau, et le mur lui-même et le chapeau. Sous l’aile du chapeau, c’est comme à un plafond de chambre, à cause des reflets, et ça danse.</p>



<p>Il est parfaitement immobile tout en étant mobile dans les différentes parties de son corps. Il y a un mouvement qui remonte le long de lui. Lumière, abeilles, ça sent le miel, ça sent le mur chaud, le vernis&nbsp;; ça sent le vernis, la peinture.</p>



<p>—&nbsp;Tu viens&nbsp;?</p>



<p>Pendant qu’il ne bouge pas là-haut, et l’autre dans le pied de son mur non plus, – tout bouge.</p>



<p>Et à présent c’est le mont qui balance comme si on était à l’intérieur d’un navire, de sorte que celui qui était couché, quand il se lève, a de la peine et il doit se tenir au mur.</p>



<p>Il a sorti seulement la tête de l’ombre, il l’y a ramenée, fermant les yeux. Il est dans cette ombre comme dans un cercueil qu’il doit forcer, mettant dehors avec précaution sa personne devant le vide qui l’attaque violemment lui sautant au corps, par sa lumière, sa chaleur, ses décharges, quand chaque petite vague vous éclate contre, et l’espace même est comme un coup qu’on reçoit.</p>



<p>Mais c’est le beau, c’est le grand beau, et il semble qu’il va durer&nbsp;; alors les voilà prêts quand même.</p>



<p>On les a vus descendre l’un derrière l’autre les escaliers aux marches pratiquées dans le faîte des murs, passant d’un de ces murs à l’autre, puis trouvant un bout de sentier, ou bien allant le long d’une canalisation, puis prenant en travers et de nouveau sautant, – puis ils remontent.</p>



<p>Tout ce mois de juin, tout ce commencement de juillet. Descendus, remontés&nbsp;: ici, plus loin, à droite, à gauche, jusqu’à ces toutes dernières vignes d’en bas immédiatement ourlées par les gros blocs de l’enrochement ou la grève, et jusqu’à ces toutes dernières d’en haut finissant parmi la broussaille et les rochers.</p>



<p>Peignant, repeignant, re-repeignant&nbsp;; sulfatant, resulfatant, re-resulfatant&nbsp;; soufrant, resoufrant, entourés de bleu, entourés de jaune, étant dans une couleur, puis dans une autre couleur, – de haut en bas, de bas en haut, tout le mois de juin, puis juillet, depuis des quatre heures du matin jusqu’à des huit heures du soir, où on rentre&nbsp;; – alors il y a Besson, vous savez, le vannier qui s’est installé au village&nbsp;; il va faire sa tournée et souvent on le trouve sur la route quand on rentre.</p>



<p>C’est le beau, comme ils disent, c’est le grand beau, le tout grand beau&nbsp;; on tient le temps cette fois, ça va faire une belle année, une toute belle année.</p>



<p>Pour peu seulement que ça continue, mais on va faire en sorte que ça continue, qu’en dites-vous&nbsp;?</p>



<p>Parce que ça nous regarde, ou quoi&nbsp;?</p>



<p>Considérant toutes les promesses qu’il y a, parce qu’on les y a aidées.</p>



<p>Quand le grain est bien sain, ni trop rare, ni trop serré, bien égal, bien réparti.</p>



<p>Et on le voit grossir&nbsp;; de jour en jour on le voit grossir, en même temps qu’il devient clair et on commence à voir au travers&nbsp;; on dit alors que le raisin traluit.</p>



<h5 class="wp-block-heading">
Remerciements</h5>



<p>Le téléchargement de cet épisode et la transcription complète sont disponibles sur <a href="https://gate.sc?url=http%3A%2F%2Fwww.odiolab.ch%2Fseries%2Fentre-ombres-et-lumiere%2F&amp;token=bc4ebb-1-1730825240113" rel="noreferrer noopener" target="_blank">www.odiolab.ch/series/entre-ombres-et-lumiere/</a></p>



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	<itunes:summary><![CDATA[CF Ramuz est né en 1878 à Lausanne, en Suisse, de parents commerçants. Après des études de lettres dans sa ville natale, il part pour Paris, où il séjournera régulièrement jusqu’en 1914, tout en participant à la vie littéraire romande. Après la «&nbsp;Grande Guerre&nbsp;» il renonce au roman explicatif pour décrire des communautés aux prises avec les forces du mal, la guerre, la fin du monde. Il développe ainsi un nouveau style d’écriture proche du langage parlé, abandonnant la narration linéaire et introduisant le «&nbsp;on&nbsp;» comme l’expression d’une collectivité.



Dans le 5e épisode de cette série sur CF Ramuz, écouter les passages suivants d'un de ses livres préférés, 'Passage du poète' :



- chapitres 10 et 11




Transcription ci-dessous:



Chapitre 10



C’est le temps où ils se sont mis partout à appeler par-dessus l’eau, du nord au sud, poussant leur voix par-dessus le lac, rangés en lignes derrière les lignes des murs, se tenant à différentes hauteurs contre le mont et étagés, – vers l’autre rive, vers la Savoie.



Temps où il va y avoir surabondance et on n’avait pas assez tout d’abord, mais à présent il va falloir qu’on ôte, sans quoi on serait chassé de chez soi&nbsp;: alors ils appellent par-dessus l’eau, par-dessus le lac, celles de là-bas, c’est quand juin est venu, – les Savoyardes.



Là-bas, elles se tiennent prêtes avec leurs paniers, sous leurs châtaigniers&nbsp;; elles ont entendu.



On entend bien les cloches d’ici, là-bas, le dimanche, elles entendent bien là-bas quand on sonne les cloches d’ici.



Elles ont entendu qu’on les appelle, elles disent&nbsp;: «&nbsp;On vient&nbsp;», elles se sont levées&nbsp;: – depuis des siècles qu’elles viennent, et c’est quand juin est venu.



Elles descendent leurs petits sentiers sous les châtaigniers, elles prennent leur panier et descendent à deux ou trois dans leurs robes du dimanche&nbsp;; ou encore c’est au bord du lac qu’elles habitent&nbsp;: là elles se montrent sur le pas des portes, quand il y a l’autre côté de la maison qui plonge dans l’eau, disant au revoir à leur famille.



Aux fenêtres sèchent des linges.



À côté d’un petit port qu’on voit d’en haut entre ses murs, qui est carré et où les barques se touchent toutes, de sorte qu’elles font comme un plancher, un grand plancher de pont de danse…



—&nbsp;Hé&nbsp;! là-bas, c’est le moment…



Les vieilles avec leurs bonnets de dentelles noires, les jeunes qui suivent la mode&nbsp;; les vieilles avec leurs coiffes, leurs robes noires, des tabliers&nbsp;; les jeunes en corsages clairs et en chapeaux à fleurs…



—&nbsp;On vous attend, vous venez&nbsp;?…



À présent, elles se tiennent dans le bout du débarcadère, attendant le bateau à vapeur, pendant que les douaniers en kaki sont assis sur un banc avec leurs revolvers&nbsp;; le grand bateau à vapeur tout blanc qui arrive précédé et suivi par les mouettes.



S’asseyant sur le pont d’avant qu’elles remplissent, se tenant serrées le plus qu’elles peuvent comme quand on a peur de se perdre, logeant sous leurs jupes leurs paniers&nbsp;; et le mouvement que prend l’air à mesure que le bateau augmente sa vitesse gonfle leurs manches à celles qui ont des manches minces et aux autres leur envoie leur tablier par-dessus l’épaule, – qu’elles ramènent, qui s’envole de nouveau, qu’elles ramènent.



Pendant toute la traversée, toute la belle traversée, quand tout est bleu, le ciel est bleu, la montagne est bleue, l’eau est bleue, et même la rive vers laquelle la pointe du bateau s’est tournée est bleue devant elles d’abord sous sa peinture d’air, – mais peu à peu la peinture se fendille, s’écaille, tombe en lamelles&nbsp;; et la grande côte sort déshabillée, avec la couleur de la feuille, sa couleur, se peignant en vert&nbsp;; avec la couleur de la pierre, sa couleur, se peignant en blanc, – verte et blanche. La grande côte venant rapidement à vous, avec tous ses murs dont le nombre étonne, et chaque fois elles sont étonnées, cherchant à les compter, n’y ]]></itunes:summary>
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		<title>Entre Ombres et Lumière &#8211; CF Ramuz dans &#8216;Passage du poète&#8217; (EP5)</title>
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	<title>Entre Ombres et Lumière &#8211; CF Ramuz dans &#8216;Passage du poète&#8217; (EP4)</title>
	<link>https://www.odiolab.ch/podcast/entre-ombres-et-lumiere-cf-ramuz-dans-passage-du-poete-ep4/</link>
	<pubDate>Tue, 12 Nov 2024 10:53:37 +0000</pubDate>
	<dc:creator><![CDATA[@CarolineDeAllegri @JeremieWagner @WarcoBrienza]]></dc:creator>
	<guid isPermaLink="false">https://www.odiolab.ch/?post_type=podcast&#038;p=2728</guid>
	<description><![CDATA[<p>Charles Ferdinand - dit ‘CF’ - Ramuz dans Passage du poète: Besson le vannier arrive au printemps dans un village du Lavaux, à côté de Lausanne, surplombant le Lac Léman. Il vient y travailler le temps d’une saison. Sur son passage, on rencontre plusieurs personnages, du fossoyeur jusqu'à Mathilde et sa robe neuve en passant par Congo, à la charge de la commune, Gilliéron dans sa cave, Bovard dans sa vigne... Chacun est pris dans ses soucis. Besson, avec sa tranquillité silencieuse, s’intègre sans s’intégrer. Ce sont les autres qui modifient leur regard sur leur quotidien. L’été fini, une fête des vignerons rassemble tout le monde, et Besson s’en repart dans le silence de la nuit.</p>



<p>Dans le 4e épisode de cette série, écouter les passages suivants d'un des livres préférés de CF Ramuz, 'Passage du poète' :</p>



<p>- chapitres 8 et 9</p>



<p>
Transcription ci-dessous:</p>



<h5 class="wp-block-heading">Chapitre 8</h5>



<p>Besson, pendant ce temps, est de nouveau sur la route.</p>



<p>Il a travaillé encore, ce matin&nbsp;; après quoi, il a pris sa hotte comme un enfant entre ses bras, il passe dans les courroies l’épaule droite, l’épaule gauche.</p>



<p>Il dessine la ligne du mur en passant derrière, à cause de sa partie claire qui est aussi sa partie d’en haut&nbsp;; on voit qu’il a pris la côte en travers, s’élevant toujours plus par une pente égale.</p>



<p>Là-bas, et presque à la même hauteur que la route, Bovard est sur son promontoire&nbsp;; Bovard se redresse, il lève la tête un moment, il devient silencieux. L’outil s’est tu entre ses mains, tandis qu’il lève la tête et regarde. Un autre alors, au-dessus de la route, sort d’entre les feuilles comme le nageur, il sort avec son dos d’entre les feuilles gardant ses jambes enfouies, il se retourne, et lui c’est, d’en haut qu’il regarde.</p>



<p>Ce qui passe, ce qui va.</p>



<p>Ce qui quitte l’un pour aller à l’autre. Ce qui réunit.</p>



<p>Eux, immobiles chacun dans son carré de murs, chacun sur sa marche d’escalier, et étagés&nbsp;; et lui qui alors a le mouvement et est comme un message de moi à toi, de nous à vous. Le soleil le marque en clair et en brillant. Chacun se redresse, et regarde, et lui va&nbsp;: alors la route arrive à une place où il y a un repli dans le mont&nbsp;; là on voit qu’il y a des arbres, les cyprès qui montent tout droit comme des colonnes noires, des saules pleureurs au feuillage clair, allant en sens inverse, étalés.</p>



<p>C’est qu’ils veulent que leurs morts soient couchés bien à plat sous la terre, quand ils les y couchent pour toujours. Ils veulent que leurs morts soient comme dans un lit, ils ont choisi la seule place où il y ait une assez grande épaisseur de terre pour les mettre, comme il est convenable, la tête pas plus haut que les pieds. Ailleurs, sitôt qu’on creuse, on rencontre le roc&nbsp;; ailleurs la pente continuellement se tient droite&nbsp;: c’est ici, dans ce repli, dans cette poche, après le tournant de la route, et on aperçoit par la grille les croix de marbre, de l’herbe, de la pervenche, comme Besson a fait, tournant un peu la tête, et puis il a passé…</p>



<p>Lui, on ne l’a pas vu tout de suite. On ne savait même pas qu’il était là. Longtemps, il avait été comme disparu du monde. Longtemps, il a été dans son trou, descendant à mesure qu’il en fait descendre le fond davantage&nbsp;: un trou aux bords nets, bien tranchés, aux lignes bien droites et d’équerre, faisant quatre angles égaux, comme une porte, dont on s’étonne seulement qu’elle soit si étroite en proportion de sa longueur. Une porte faite de manière qu’on ne puisse jamais y passer deux de front, faite pour une seule personne&nbsp;; une porte par où on descend, par où on ne peut que descendre, et lui le premier y est descendu.</p>



<p>Besson passe.</p>



<p>Lui, a été ôté du monde comme nous le serons, nous aussi, chacun notre tour, ne connaissant plus l’air, ne goûtant plus la bonne chaleur du soleil, ni sa douce lumière&nbsp;; étant dans la nuit, dans le froid, dans l’humidité, hors de l’air&nbsp;; au-dessous même des racines des arbres, sous la vie.</p>



<p>Seule la lame de la pelle s’est encore allumée une fois pour s’éteindre&nbsp;; mais les oiseaux ne se dérangent pas, ni même les lézards qui se chauffent sur les dalles.</p>



<p>Une pelletée de terre de nouveau dégringole au flanc du tas par les plus grosses de ses mottes&nbsp;: mais ni le pinson, ni le merle, ni la grosse femelle merle grise posée sur une couronne de perles ou la pie de deux couleurs en train de sautiller dans l’allée.</p>



<p>Besson passe. Besson a passé.</p>



<p>Ayant jeté, en passant, un regard entre les barreaux de la grille sans apercevoir personne, puis ayant continué, – pourtant c’est à ce moment, et comme il vient de tourner l’angle du mur.</p>



<p>La pelle a été lancée, la lame en l’air, hors du trou&nbsp;; une tête s’est montrée.</p>



<p>Le dessus d’abord d’une tête aux cheveux tondus ras qui laissent voir la peau plus foncée&nbsp;: – comme ils feront, un jour, avec la tête, écartant les mottes de dessus eux, soulevant de la nuque la dalle de leur tombeau.</p>



<p>Un dessus de tête brûlé de soleil, en sorte que les cheveux sont plus clairs que la peau.</p>



<p>Elle monte par à-coups, par secousses, cette tête, avec des arrêts, à mesure que l’homme met le pied plus haut contre les parois de la fosse, – comme ils feront un jour, venant aussi dehors avec peine, venant peu à peu&nbsp;; – deux épaules dans une chemise en flanelle coton de couleur grise.</p>



<p>Lentement, dans le jour, dans la bonne chaleur, dans la lumière, hors de la mort, – avec sa chemise, puis on l’a vu qui a posé un de ses genoux, son autre genou à la surface de la terre, ne la touchant plus ainsi que du côté d’en bas, par un de ses bouts&nbsp;; on a vu sa ceinture de cuir noir, puis son pantalon qui est en futaine marron, parce qu’à présent il est debout, – comme ils feront eux aussi une fois, ceux qui auront été choisis, lentement, difficilement&nbsp;: parce qu’il a dû s’aider des mains et il n’est pas encore très assuré sur ses jambes&nbsp;: – comme eux, comme eux-mêmes seront, à cause que tout viendra contre eux à la fois.</p>



<p>Ils ferment les yeux. Ils s’avancent en tâtonnant. Ils bougent les mains devant eux comme quand on apprend à nager. Ils respirent mal de trop d’air, ils ne voient pas bien de trop de lumière&nbsp;; ils croient d’abord qu’ils rêvent par excès de réalité. Il faudra qu’ils apprennent de nouveau à marcher, apprennent à respirer, apprennent à voir, apprennent à croire à ce qu’ils voient, pendant qu’ils balancent, butent, tombent, se relèvent&nbsp;; – comme lui, comme lui, sorti de son trou, qui vient, et il ne se tient pas bien droit, on dirait tout le temps qu’il va tomber.</p>



<p>Le fossoyeur doit se protéger la vue contre le monde qui a été porté tout entier contre lui&nbsp;; et les choses les plus proches sont les premières qui sont sorties avec leur forme et dans leur contour, cependant qu’il s’est penché dans l’ombre du mur sur les petites feuilles toujours vertes des pervenches qui sont comme s’il avait plu dessus&nbsp;; elles ont des fleurs violettes ou des fleurs blanches, et une fois viendra où elles auront des fleurs pour toujours.</p>



<p>Il va à son panier, qu’il a caché dans les pervenches dont il a écarté les feuilles de la main&nbsp;; ensuite il écarte le linge blanc qui le couvre.</p>



<p>Il monte sur le mur, il s’y assied, les pieds pendant dans le vide, et le monde au-dessous de lui a été se refaisant peu à peu.</p>



<p>Le monde se balance encore légèrement par ses masses, son ciel, ses montagnes, son eau&nbsp;; puis les choses viennent se mettre en place, se soudant l’une à l’autre étroitement.</p>



<p>Tandis que, lui, est là, assis les pieds dans le vide, se réjouissant simplement des bonnes choses retrouvées&nbsp;; et, ayant maintenant porté ses yeux de tout côté, il a pu voir sur la route la haute colonne blanche des corbeilles et des paniers disparaître à un tournant.</p>



<p>Un homme s’est dressé encore entre les souches, un homme, puis un autre, puis un autre encore, étant pris jusqu’à mi-corps dans le vert comme dans une inondation.</p>



<p>Ils pendent les uns au-dessus des autres, parmi leurs murs, contre la côte, qui tombe là, d’un seul mouvement, jusqu’à l’eau&nbsp;; ils se tiennent de la main à la terre quand ils y montent sans avoir besoin de se pencher.</p>



<p>Besson s’avance le long des bancs de rochers qu’on a dû entailler pour y loger la route&nbsp;; alors on voit encore dans ces bancs les trous de mine pareils à une moitié de canon de fusil de gros calibre et montrant leur dedans lisse sous le doigt parmi les cassures de l’éclatement.</p>



<p>Il y a cette cascade de murs où même l’œil ne peut pas s’arrêter, roulant de ressaut en ressaut jusqu’au dernier surplomb d’où il lui faut s’élancer dans le vide.</p>



<p>La roche à vif est à la gauche de Besson et chauffe&nbsp;; l’air est à votre droite et vous rafraîchit. Lorsqu’il passe, on lève d’en bas une tête qu’il faut lever beaucoup et renverser&nbsp;; lorsqu’il passe ici comme dans les airs où il est au-dessus de vous et a été comme un nuage, les jolis, les petits, les blancs, les floconneux de quand le temps se met au beau.</p>



<p>Il tient ses pouces sous les courroies. On voit venir une maison rose, accrochée au-dessus du vide, devant la boîte de l’air bleu, à laquelle l’épaisseur même de ce bleu sert de fond.</p>



<p>On a vu venir le rose des murs, où il y a de chaque côté des fenêtres un contrevent peint en vert sous un toit à deux pans, et une petite terrasse est supportée par un grand mur.</p>



<p>Un cheval attaché sur le côté de la maison tour à tour avance la tête vers le vide, et la retire en hennissant.</p>



<p>Dans la salle à boire, un homme est assis tout seul devant sa chopine en verre blanc.</p>



<p>L’air entre par l’ouest, et la vue par l’ouest, et la vraie lumière ici vient d’en bas, c’est pourquoi elle est au plafond.</p>



<p>Besson a heurté du poing à la porte d’entrée, d’ailleurs grande ouverte et dont l’unique battant est poussé contre le mur. «&nbsp;Y a-t-il quelqu’un&nbsp;?&nbsp;»</p>



<p>Il est celui qui offre aussi une espèce de marchandise qui peut s’acheter pour de l’argent, et frappera aux portes, connu de loin pour ce qu’il est et répétant sa même phrase sur le perron d’une ou deux marches, à côté du racloir usé dans le milieu, – et en même temps le soleil vient d’en bas&nbsp;; c’est le plafond de la salle à boire qui est éclairé, et non le plancher.</p>



<p>L’autre soleil&nbsp;: celui d’en bas, le vrai, le seul qui compte ici. Lui, à l’entrée du corridor peint en jaune, heurte au panneau rabattu de la porte, avec sa main gauche. «&nbsp;Oh&nbsp;! non, merci, on n’a besoin de rien… La patronne n’est pas là…&nbsp;»</p>



<p>—&nbsp;Dites-lui qu’on repassera.</p>



<p>—&nbsp;C’est entendu.</p>



<p>Une grosse fille brune aux bras nus, ces réchauffées&nbsp;; – il a dit&nbsp;:</p>



<p>—&nbsp;Donnez-moi quelque chose à boire.</p>



<p>Il a sa barbe blanche frisottée, il est entré&nbsp;: l’homme déjà installé à une des tables lève vers lui les yeux de dessus sa blouse bleue brodée de noir au col et aux poignets, il touche du doigt l’aile de son chapeau en manière de salutation.</p>



<p>La manche empesée redescend avec un petit bruit&nbsp;; et au-dessus de vous ça danse.</p>



<p>Il y a cette dentelle qui pend au plafond comme si elle pendait dans le vent, baignant dans l’air qui la balance.</p>



<p>La lumière partout, tellement de lumière, comme quand nous ressusciterons.</p>



<p>Besson s’est assis près de la fenêtre&nbsp;; la belle fille revient, riant avec toutes ses dents au bas de sa figure brune&nbsp;; et il y a ces bateaux et ces barques montant vers vous par l’ouverture dans le mur, celles des pêcheurs à petites voiles, celles à pierres qui en ont deux grandes.</p>



<h5 class="wp-block-heading">Chapitre 9</h5>



<p><em>Vigneron, si tu veux boire,</em></p>



<p><em>Taille ta vigne à la Saint-Grégoire.</em></p>



<p>Après qu’ils ont pendant l’hiver remonté la terre qui descend le mont chaque fois qu’il pleut.</p>



<p>Après qu’ils ont remonté sur leur dos dans des hottes le mont qui vient en bas et ils ont rhabillé de sa terre le roc qui sans cela serait bientôt à nu, après qu’ils ont porté le fumier, fait les minages, fabriqué les échalas, soigné le vin&nbsp;; – un jour, et autour de la Saint-Grégoire, les hommes ayant encore leurs habits d’hiver, leurs gilets de chasse, les hommes avec le sécateur ou la serpette.</p>



<p>Et ils sont partis. Montées, descentes. Ils vont en avant, ils vont en arrière. Ils sont dans le temps et comme le temps. Il fait du soleil, puis il pleut, puis il neige. On sue dans sa chemise le lundi&nbsp;; le mardi, on se souffle dans les doigts. Cependant ils vont, ou ils essaient d’aller, égrenant les jours du calendrier, allant à ces Saints, qui sont les bons Saints ou les mauvais Saints, assis comme ça dans leurs robes au bord du chemin de l’année&nbsp;: Saint-Mamert, Saint-Pancrace, Saint-Médard et les Saints de glace, – taillant, raclant, fossoyant, raclant de nouveau, ébourgeonnant (et on dit éplaner).</p>



<p>Ils vont ainsi, ils s’encouragent, ils se découragent&nbsp;; il grêle, les bois sont mal sortis&nbsp;: ah&nbsp;! quand est-ce qu’on sera payé de ses peines&nbsp;? Quand est-ce qu’on pourra enfin se confier aux choses avec son cœur&nbsp;?…</p>



<p>Cependant quelqu’un est assis dans le café rose, près de la fenêtre, comptant les voiles, comptant combien il y a de bateaux.</p>



<p>L’homme à la blouse a payé, il touche de nouveau du doigt l’aile de son chapeau. L’homme sort.</p>



<p>Il y a des allumettes à têtes rouges dans un porte-allumettes réclame en faïence.</p>



<p>La hotte avait été mise debout par Besson contre une table, et monte là jusqu’au plafond, monte dans le soleil qui monte comme si on était déjà dans un autre monde.</p>



<p>Le plafond bouge, le haut de la hotte bouge. Comme quand il y aura de la lumière partout, et tout ce qui sera sera complètement.</p>



<p>On dirait que Besson prend avec les yeux les choses qui sont et les arrange, de sorte qu’elles sont à nouveau, et elles sont les mêmes et sont autrement.</p>



<p>Une grande barque à pierres se met à pencher, on ne sait plus où, ni dans quoi. Sous ses deux grandes voiles pointues et croisées, et on ne sait plus si elle est sur l’eau ou bien au milieu des airs. Besson met de la montagne tout autour, mais en même temps il l’a renversée&nbsp;: et on la voit finir en même temps et se recommencer. Rien ne va plus jamais avoir assez d’être&nbsp;; plus jamais, rien ne croira exister assez complètement. La montagne a refoulé l’eau, qu’elle crève, qu’elle a niée, crevant la surface de l’eau, niant la présence de l’eau qui la reflète dans sa profondeur. La barque s’est mise à pendre en l’air comme à un fil, étant à la gauche des neiges, c’est-à-dire au niveau de la grande paroi des rochers du Noirmont, et au-dessus des pâturages, comme une machine aérienne, comme une mouette égarée. On comptait les villages, on voit qu’on s’est trompé. On comptait jusqu’à cinq, on voit maintenant qu’il faut compter jusqu’à dix&nbsp;: on recommence, c’est bien ça, parce que chacun d’eux existe à double. Avec leurs taches rouge jaune, les taches rouge doux qu’ils font. Ils se mettent un peu à bouger, et le haut de la hotte bouge. Et l’air bouge, la montagne bouge. Et la barque bouge. Et le plafond bouge. Et tout à coup le mont aussi fait un mouvement sous un reflet qui passe à sa surface&nbsp;: c’est le temps où tout part enfin, et cette fois définitivement…</p>



<p>En deux ou trois jours, on a vu les bois de la vigne grandir d’un bon pied&nbsp;; les feuilles ont été comme des mains qui s’ouvrent en même temps qu’elles étalent, puis elles étagent leurs masses.</p>



<p>On y a été jusqu’aux genoux, jusqu’à mi-cuisses&nbsp;; on y a été jusqu’en haut des cuisses, jusqu’au ventre, jusqu’à la ceinture, jusque sous les bras, comme le fossoyeur dans son trou. Tout part et déjà sortent les grappes, qui semblent, elles, nier le temps, et, sautant par-dessus l’été, crier les vendanges d’avance, avec leurs petits grains parfaitement formés qui trompent, ronds, durs, nets comme les vrais grains de plus tard, les grains de raisin qu’on aura (et on peut les compter déjà) sauf les surprises, les maladies…</p>



<p>Mais on n’en aura point&nbsp;; tout part. Et on ne va plus pouvoir dormir pendant huit jours&nbsp;: c’est lorsque chacun de ces faux petits grains éclate, laissant venir dehors ses poils blancs&nbsp;: alors, de très loin, l’abeille est appelée, l’abeille vient aussitôt&nbsp;; le mont chante de jour, le mont sent bon la nuit&nbsp;; – on ne va plus pouvoir dormir&nbsp;:</p>



<p>—&nbsp;Mais ça ne fait rien, même c’est tant mieux&nbsp;! On dort parce qu’on est mal faits&nbsp;; on dort parce que c’est un petit peu mourir, parce qu’on a été condamnés à mort…</p>



<p>Calamin les a regardés l’un après l’autre, derrière les lauriers-roses en pots, ceux qui sont à la même table que lui et ceux qui sont aux autres tables.</p>



<p>—&nbsp;Et je ne sais pas si vous êtes de mon avis, mais que vous soyez de mon avis ou non, ça revient au même. Parce que c’est la vérité, a-t-il dit, et la vérité importe avant tout (commençant un discours).</p>



<p>Derrière les lauriers-roses dans leurs demi-tonneaux peints en vert qu’on vient de sortir devant le café, sur la place&nbsp;; alors ils font avec leurs feuilles comme un mur. Ils font en avant du café une espèce de petite chambre, où on se tient par ces nuits déjà chaudes et on se tient là entre connaissances.</p>



<p>Calamin descend du village de temps en temps ainsi et vient s’asseoir au bord de l’eau pour le plaisir de la conversation.</p>



<p>Oh&nbsp;! tant d’étoiles, ce soir, alors on en voit une ou deux au-dessus de soi et les autres sont vues par les trous qu’il y a dans le feuillage des grands arbres, comme des fenêtres où elles regardent.</p>



<p>—&nbsp;Il n’y a que la vérité qui compte, a-t-il dit.</p>



<p>Les grands vieux arbres, aux troncs qui se penchent vers l’eau tant qu’ils peuvent, comme un qui veut boire.</p>



<p>—&nbsp;Et l’amitié, mais c’est la même chose. L’amitié et la vérité, la vérité et l’amitié.</p>



<p>—&nbsp;Tais-toi, Calamin&nbsp;!</p>



<p>—&nbsp;Non, a-t-il dit.</p>



<p>Calamin qui descend parfois d’à mi-mont pour le plaisir et pour des choses qu’il a à dire&nbsp;; et il est avec ses amis, puis il n’y a plus eu dans le café que des amis.</p>



<p>Il y avait dans le café les gens des barques et des pêcheurs à une table. Il y avait à une autre table M.&nbsp;Borgeaud de la boutique, avec un gendarme. Il y avait, à la troisième table, Calamin, avec des gens de son espèce (qui est encore une autre espèce, celle qui n’est guère quittée par le vin).</p>



<p>On lui a dit&nbsp;: «&nbsp;Calamin, tu parles bien&nbsp;», en même temps qu’on lui disait&nbsp;: «&nbsp;Tais-toi&nbsp;!&nbsp;» et il faisait rire, – mais rien ne m’empêchera de continuer, si j’en ai envie, parce que je dis la vérité…</p>



<p>—&nbsp;Parce que, disait-il, il faut descendre ou bien monter, comme on voudra, mais il y a qu’il faut se rejoindre. Monter tellement haut, descendre tellement bas&nbsp;: seulement, tout à coup, on était un et un et un, on était (voyons, combien sommes-nous ici&nbsp;?)…</p>



<p>Il compte&nbsp;:</p>



<p>—&nbsp;Moi, vous quatre, ça fait cinq… M.&nbsp;Borgeaud, bonjour, monsieur Borgeaud, M.&nbsp;Débétaz, et bien le bonjour à vous aussi&nbsp;: alors sept&nbsp;; et puis six là-bas, alors sept et six&nbsp;: quatorze… Non, treize… Un mauvais nombre… Mais il n’y a plus de mauvais nombres, il n’y en a plus de bons, il n’y a plus de nombre… Vous comprenez&nbsp;?…</p>



<p>Il y a les étoiles. Il y avait un petit vent tiède qui venait, passant la main sur le feuillage dans le bon sens comme quand on caresse une chatte. De temps en temps, le lac dit quelque chose, prenant la parole, pour un mot ou deux, comme quand on rêve tout haut. Et Calamin a attendu que le lac eût fini, puis il a dit&nbsp;: «&nbsp;Ça y est&nbsp;! c’est mon tour…&nbsp;»</p>



<p>Il reprend&nbsp;:</p>



<p>—&nbsp;Il y avait lui, il y avait moi, il y avait vous, mais voilà que ça commence à s’arranger, comprenez-vous, parce qu’il n’y a plus ni moi, ni lui, ni vous… C’est le point que j’ai dit, le point du fin bout de la pointe…</p>



<p>S’interrompant, parce que le lac vient de nouveau et le gros orme a fait avec ses branches un mouvement, faisant bouger d’autant l’étoile qui y est pendue.</p>



<p>Il se tait. Il laisse venir, il laisse passer. Et puis il a dit&nbsp;:</p>



<p>—&nbsp;Vous voyez&nbsp;!</p>



<p>Pendant qu’on rit encore, mais on écoute&nbsp;; et, de temps en temps, M.&nbsp;Borgeaud hausse les épaules, les hommes du lac tirent des paquets de tabac de leur poche de pantalon.</p>



<p>Et Calamin a bu encore parce qu’à mesure qu’on boit on monte un peu plus, on se rapproche les uns des autres. Il hoche la tête, il se met à vous sourire. Il vous regarde encore bien les uns et les autres, et il est content, ayant l’air de vous dire&nbsp;:</p>



<p>—&nbsp;Cette fois, vous avez compris.</p>



<p>Il se lève avec son verre, il va aux autres tables&nbsp;:</p>



<p>—&nbsp;Dans la vérité, tous ensemble.</p>



<p>Il revient, il dit&nbsp;:</p>



<p>—&nbsp;Tout se tient…</p>



<p>Il va recommencer. Il faut qu’il reprenne son discours plus en arrière. Mais, à ce moment, le patron arrive&nbsp;: «&nbsp;C’est l’heure, on ferme…&nbsp;» Calamin n’a pas eu le temps de se rasseoir. Le patron a pris les volets de bois qu’il fixe un à un à la devanture. Sa femme éteint les lampes électriques. Calamin n’a pas pu se rasseoir, parce que tout le monde se lève et on lui dit&nbsp;: «&nbsp;Au revoir, Calamin, à une autre fois.&nbsp;» Alors tout à coup il se trouve seul, il ne sait plus comment ça s’est fait, étant sur le gazon de la place et sous les grands arbres, les mains dans les poches, pas très sûr de soi, avec le mont à remonter.</p>



<p>Il tourne le devant de son corps d’un côté, de l’autre.</p>



<p>Il se met à aller avec sa poitrine contre les quatre points cardinaux qu’il consulte, puis il commence à rire, ayant trouvé le sud à cause de l’eau qu’il met à sa droite, et il a eu l’eau à sa droite et à sa droite la compagnie de l’eau et à sa droite l’amitié de l’eau.</p>



<p>Comme si on pouvait plus jamais être seul&nbsp;! Il lève le bras&nbsp;; il dit&nbsp;: «&nbsp;Il y a ça.&nbsp;»</p>



<p>Il montre le lac, puis se met en marche. On doit suivre d’abord un bout de temps la route. «&nbsp;Ça&nbsp;», dit-il, il montre le lac d’un côté&nbsp;; «&nbsp;ça&nbsp;», il montre le mont de l’autre. Ça et ça et puis ça, et tout. Parce que sont venus les murs. Il les reconnaît comme des êtres vivants qui sont là. Les murs sont comme des amis à lui, assis sur des bancs par rangées, qui l’attendent&nbsp;; il leur fait signe de la main.</p>



<p>On suit un bout de temps la route, puis on prend à gauche le raidillon coupé de marches qui s’attaque de front à la pente, et longe le petit ravin que le ruisseau s’est creusé là, mettant à nu les bancs de rocher… Seul&nbsp;! imagine-t-on ça&nbsp;? Plus d’amis encore qu’avant, partout des amis qu’il a. On voit l’eau pendre à un de ces bancs de rocher entre des buissons et un ou deux frênes. Dans sa robe blanche, sautant sur un pied dans sa robe de mousseline toute en volants comme celles des filles le dimanche&nbsp;; alors il s’arrête pour elle, alors te voilà, toi&nbsp;! bonjour&nbsp;! Elle qui ne s’arrête pas et continue de faire des mouvements sur place, levant ses genoux, puis elle rit. Comme une personne vivante. Il rit aussi. Et puis il repart, grimpant au sentier&nbsp;; là il y a eu les marches, qui viennent une à une, accueillantes, chacune lui portant secours, heureusement&nbsp;: il les en remercie, les énumère, leur donne des noms&nbsp;: «&nbsp;Toi, et puis toi, et toi encore…&nbsp;»</p>



<p>Il a fallu d’abord que la cascade se tût.</p>



<p>C’est seulement quand elle a été dépassée. C’est seulement quand il s’est trouvé sur le chemin qui est dallé entre deux murs, deux murs de vigne avec leurs portes en fer peintes en gris, peintes en vert. Sous les étoiles, au-dessus des étoiles, comme il a vu quand il s’est retourné et elles sont en haut et elles sont en bas, elles sont tout autour de vous, comme si on était déjà dans le ciel, s’est-il dit, se tenant adossé par précaution à un des murs, et, lorsqu’il veut se remettre en route, il y a l’autre mur. Il a été mené par eux avec douceur et complaisance. Il a été conseillé, entouré, soutenu. Et c’est alors, et pour finir, parce que la cascade s’est tue. Il a fait encore quelques pas trop vite avec un grand bruit à cause de ses souliers à clous&nbsp;: tout à coup il a été empêché d’aller plus loin.</p>



<p>Et alors, parce qu’il fait silence et tout fait silence, – là-haut, sous les étoiles, après que les vignes ont pris fin, l’oiseau, l’oiseau qui est tardif, l’oiseau d’après minuit. Le tout petit oiseau gris avec son grand chant entendu partout, qu’il pousse dans le bout d’un arbre, dans le fin bout d’un arbre tout là-haut, le laissant tomber ensuite le long des vignes, d’étage en étage, jusqu’à l’eau.</p>



<p>Calamin, se tenant au mur, s’est mis bien droit. Le chant vient, il grandit encore dans sa chute, gagne maintenant les replis du mont où il réveille l’écho qui s’y ajoute et le nourrit. Un nouveau chant alors semble naître des murs, comme s’il y avait des oiseaux partout. Calamin se tient au port d’arme, ayant fait son service militaire dans un bataillon de carabiniers. C’est quand la vigne sent bon, au milieu de la nuit, au-dessous des étoiles, au-dessus des étoiles, et il se tient raide, il se tient le plus tranquille qu’il peut.</p>



<p>L’oiseau qui ne finit plus, l’oiseau qui ne peut plus se taire une fois qu’il a commencé&nbsp;; quand la vigne sent bon, quand elle commence à sentir bon. Minuit.</p>



<p>Et le chant descend jusqu’à l’eau qu’il touche&nbsp;; il a sauté un dernier mur, il s’est laissé glisser en bas des gros blocs de l’enrochement&nbsp;; alors voilà que l’eau se soulève, comme quand le dormeur tiré de son sommeil se met sur le coude et puis regarde autour de lui.</p>



<p>Et puis elle soupire, elle commence par un soupir, puis elle pousse un peu plus sa voix. C’est une phrase qu’elle a commencée&nbsp;; et elle est partie par phrases de longueur égale qui viennent une à une, avec des intervalles, de façon que l’oiseau vienne pendant ce temps et l’oiseau vient entre les phrases.</p>



<p>Calamin a dit à l’eau&nbsp;: «&nbsp;Ah&nbsp;! à présent, c’est toi…&nbsp;» Il a regardé vers le mont d’abord, puis il a regardé vers l’eau&nbsp;: «&nbsp;Ah&nbsp;! c’est toi, à présent… Alors respect pour toi aussi…&nbsp;»</p>



<p>Et il a ôté son chapeau.</p>



<h5 class="wp-block-heading">
Remerciements</h5>



<p>Le téléchargement de cet épisode et la transcription complète sont disponibles sur <a href="https://gate.sc?url=http%3A%2F%2Fwww.odiolab.ch%2Fseries%2Fentre-ombres-et-lumiere%2F&amp;token=bc4ebb-1-1730825240113" rel="noreferrer noopener" target="_blank">www.odiolab.ch/series/entre-ombres-et-lumiere/</a></p>



<p>Merci à la <a href="https://ebooks-bnr.com/ebooks/html/ramuz_passage_du_poete.htm" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Bibliothèque Numérique Romande</a> pour la mise à disposition du texte traduit de l’allemand, et à Wikipedia pour la mise à disposition de l'illustration.</p>


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	<itunes:subtitle><![CDATA[Charles Ferdinand - dit ‘CF’ - Ramuz dans Passage du poète: Besson le vannier arrive au printemps dans un village du Lavaux, à côté de Lausanne, surplombant le Lac Léman. Il vient y travailler le temps d’une saison. Sur son passage, on rencontre plusieur]]></itunes:subtitle>
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	<itunes:title><![CDATA[CF Ramuz dans Passage du poète (EP4)]]></itunes:title>
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	<content:encoded><![CDATA[<p>Charles Ferdinand - dit ‘CF’ - Ramuz dans Passage du poète: Besson le vannier arrive au printemps dans un village du Lavaux, à côté de Lausanne, surplombant le Lac Léman. Il vient y travailler le temps d’une saison. Sur son passage, on rencontre plusieurs personnages, du fossoyeur jusqu'à Mathilde et sa robe neuve en passant par Congo, à la charge de la commune, Gilliéron dans sa cave, Bovard dans sa vigne... Chacun est pris dans ses soucis. Besson, avec sa tranquillité silencieuse, s’intègre sans s’intégrer. Ce sont les autres qui modifient leur regard sur leur quotidien. L’été fini, une fête des vignerons rassemble tout le monde, et Besson s’en repart dans le silence de la nuit.</p>



<p>Dans le 4e épisode de cette série, écouter les passages suivants d'un des livres préférés de CF Ramuz, 'Passage du poète' :</p>



<p>- chapitres 8 et 9</p>



<p>
Transcription ci-dessous:</p>



<h5 class="wp-block-heading">Chapitre 8</h5>



<p>Besson, pendant ce temps, est de nouveau sur la route.</p>



<p>Il a travaillé encore, ce matin&nbsp;; après quoi, il a pris sa hotte comme un enfant entre ses bras, il passe dans les courroies l’épaule droite, l’épaule gauche.</p>



<p>Il dessine la ligne du mur en passant derrière, à cause de sa partie claire qui est aussi sa partie d’en haut&nbsp;; on voit qu’il a pris la côte en travers, s’élevant toujours plus par une pente égale.</p>



<p>Là-bas, et presque à la même hauteur que la route, Bovard est sur son promontoire&nbsp;; Bovard se redresse, il lève la tête un moment, il devient silencieux. L’outil s’est tu entre ses mains, tandis qu’il lève la tête et regarde. Un autre alors, au-dessus de la route, sort d’entre les feuilles comme le nageur, il sort avec son dos d’entre les feuilles gardant ses jambes enfouies, il se retourne, et lui c’est, d’en haut qu’il regarde.</p>



<p>Ce qui passe, ce qui va.</p>



<p>Ce qui quitte l’un pour aller à l’autre. Ce qui réunit.</p>



<p>Eux, immobiles chacun dans son carré de murs, chacun sur sa marche d’escalier, et étagés&nbsp;; et lui qui alors a le mouvement et est comme un message de moi à toi, de nous à vous. Le soleil le marque en clair et en brillant. Chacun se redresse, et regarde, et lui va&nbsp;: alors la route arrive à une place où il y a un repli dans le mont&nbsp;; là on voit qu’il y a des arbres, les cyprès qui montent tout droit comme des colonnes noires, des saules pleureurs au feuillage clair, allant en sens inverse, étalés.</p>



<p>C’est qu’ils veulent que leurs morts soient couchés bien à plat sous la terre, quand ils les y couchent pour toujours. Ils veulent que leurs morts soient comme dans un lit, ils ont choisi la seule place où il y ait une assez grande épaisseur de terre pour les mettre, comme il est convenable, la tête pas plus haut que les pieds. Ailleurs, sitôt qu’on creuse, on rencontre le roc&nbsp;; ailleurs la pente continuellement se tient droite&nbsp;: c’est ici, dans ce repli, dans cette poche, après le tournant de la route, et on aperçoit par la grille les croix de marbre, de l’herbe, de la pervenche, comme Besson a fait, tournant un peu la tête, et puis il a passé…</p>



<p>Lui, on ne l’a pas vu tout de suite. On ne savait même pas qu’il était là. Longtemps, il avait été comme disparu du monde. Longtemps, il a été dans son trou, descendant à mesure qu’il en fait descendre le fond davantage&nbsp;: un trou aux bords nets, bien tranchés, aux lignes bien droites et d’équerre, faisant quatre angles égaux, comme une porte, dont on s’étonne seulement qu’elle soit si étroite en proportion de sa longueur. Une porte faite de manière qu’on ne puisse jamais y passer deux de front, faite pour une seule personne&nbsp;; une porte par où on descend, par où on ne peut que descendre, et lui le premier y est descendu.</p>



<p>Besson passe.</p>



<p>Lui, a été ôté du monde comme nous le serons, nous aussi, chacun notre tour, ne connaissant plus l’air, ne goûtant plus la bonne chaleur du soleil, ni sa douce lumière&nbsp;; étant dans la nuit, dans le froid, dans l’humidité, hors de l’air&nbsp;; au-dessous même des racines des arbres, sous la vie.</p>



<p>Seule la lame de la pelle s’est encore allumée une fois pour s’éteindre&nbsp;; mais les oiseaux ne se dérangent pas, ni même les lézards qui se chauffent sur les dalles.</p>



<p>Une pelletée de terre de nouveau dégringole au flanc du tas par les plus grosses de ses mottes&nbsp;: mais ni le pinson, ni le merle, ni la grosse femelle merle grise posée sur une couronne de perles ou la pie de deux couleurs en train de sautiller dans l’allée.</p>



<p>Besson passe. Besson a passé.</p>



<p>Ayant jeté, en passant, un regard entre les barreaux de la grille sans apercevoir personne, puis ayant continué, – pourtant c’est à ce moment, et comme il vient de tourner l’angle du mur.</p>



<p>La pelle a été lancée, la lame en l’air, hors du trou&nbsp;; une tête s’est montrée.</p>



<p>Le dessus d’abord d’une tête aux cheveux tondus ras qui laissent voir la peau plus foncée&nbsp;: – comme ils feront, un jour, avec la tête, écartant les mottes de dessus eux, soulevant de la nuque la dalle de leur tombeau.</p>



<p>Un dessus de tête brûlé de soleil, en sorte que les cheveux sont plus clairs que la peau.</p>



<p>Elle monte par à-coups, par secousses, cette tête, avec des arrêts, à mesure que l’homme met le pied plus haut contre les parois de la fosse, – comme ils feront un jour, venant aussi dehors avec peine, venant peu à peu&nbsp;; – deux épaules dans une chemise en flanelle coton de couleur grise.</p>



<p>Lentement, dans le jour, dans la bonne chaleur, dans la lumière, hors de la mort, – avec sa chemise, puis on l’a vu qui a posé un de ses genoux, son autre genou à la surface de la terre, ne la touchant plus ainsi que du côté d’en bas, par un de ses bouts&nbsp;; on a vu sa ceinture de cuir noir, puis son pantalon qui est en futaine marron, parce qu’à présent il est debout, – comme ils feront eux aussi une fois, ceux qui auront été choisis, lentement, difficilement&nbsp;: parce qu’il a dû s’aider des mains et il n’est pas encore très assuré sur ses jambes&nbsp;: – comme eux, comme eux-mêmes seront, à cause que tout viendra contre eux à la fois.</p>



<p>Ils ferment les yeux. Ils s’avancent en tâtonnant. Ils bougent les mains devant eux comme quand on apprend à nager. Ils respirent mal de trop d’air, ils ne voient pas bien de trop de lumière&nbsp;; ils croient d’abord qu’ils rêvent par excès de réalité. Il faudra qu’ils apprennent de nouveau à marcher, apprennent à respirer, apprennent à voir, apprennent à croire à ce qu’ils voient, pendant qu’ils balancent, butent, tombent, se relèvent&nbsp;; – comme lui, comme lui, sorti de son trou, qui vient, et il ne se tient pas bien droit, on dirait tout le temps qu’il va tomber.</p>



<p>Le fossoyeur doit se protéger la vue contre le monde qui a été porté tout entier contre lui&nbsp;; et les choses les plus proches sont les premières qui sont sorties avec leur forme et dans leur contour, cependant qu’il s’est penché dans l’ombre du mur sur les petites feuilles toujours vertes des pervenches qui sont comme s’il avait plu dessus&nbsp;; elles ont des fleurs violettes ou des fleurs blanches, et une fois viendra où elles auront des fleurs pour toujours.</p>



<p>Il va à son panier, qu’il a caché dans les pervenches dont il a écarté les feuilles de la main&nbsp;; ensuite il écarte le linge blanc qui le couvre.</p>



<p>Il monte sur le mur, il s’y assied, les pieds pendant dans le vide, et le monde au-dessous de lui a été se refaisant peu à peu.</p>



<p>Le monde se balance encore légèrement par ses masses, son ciel, ses montagnes, son eau&nbsp;; puis les choses viennent se mettre en place, se soudant l’une à l’autre étroitement.</p>



<p>Tandis que, lui, est là, assis les pieds dans le vide, se réjouissant simplement des bonnes choses retrouvées&nbsp;; et, ayant maintenant porté ses yeux de tout côté, il a pu voir sur la route la haute colonne blanche des corbeilles et des paniers disparaître à un tournant.</p>



<p>Un homme s’est dressé encore entre les souches, un homme, puis un autre, puis un autre encore, étant pris jusqu’à mi-corps dans le vert comme dans une inondation.</p>



<p>Ils pendent les uns au-dessus des autres, parmi leurs murs, contre la côte, qui tombe là, d’un seul mouvement, jusqu’à l’eau&nbsp;; ils se tiennent de la main à la terre quand ils y montent sans avoir besoin de se pencher.</p>



<p>Besson s’avance le long des bancs de rochers qu’on a dû entailler pour y loger la route&nbsp;; alors on voit encore dans ces bancs les trous de mine pareils à une moitié de canon de fusil de gros calibre et montrant leur dedans lisse sous le doigt parmi les cassures de l’éclatement.</p>



<p>Il y a cette cascade de murs où même l’œil ne peut pas s’arrêter, roulant de ressaut en ressaut jusqu’au dernier surplomb d’où il lui faut s’élancer dans le vide.</p>



<p>La roche à vif est à la gauche de Besson et chauffe&nbsp;; l’air est à votre droite et vous rafraîchit. Lorsqu’il passe, on lève d’en bas une tête qu’il faut lever beaucoup et renverser&nbsp;; lorsqu’il passe ici comme dans les airs où il est au-dessus de vous et a été comme un nuage, les jolis, les petits, les blancs, les floconneux de quand le temps se met au beau.</p>



<p>Il tient ses pouces sous les courroies. On voit venir une maison rose, accrochée au-dessus du vide, devant la boîte de l’air bleu, à laquelle l’épaisseur même de ce bleu sert de fond.</p>



<p>On a vu venir le rose des murs, où il y a de chaque côté des fenêtres un contrevent peint en vert sous un toit à deux pans, et une petite terrasse est supportée par un grand mur.</p>



<p>Un cheval attaché sur le côté de la maison tour à tour avance la tête vers le vide, et la retire en hennissant.</p>



<p>Dans la salle à boire, un homme est assis tout seul devant sa chopine en verre blanc.</p>



<p>L’air entre par l’ouest, et la vue par l’ouest, et la vraie lumière ici vient d’en bas, c’est pourquoi elle est au plafond.</p>



<p>Besson a heurté du poing à la porte d’entrée, d’ailleurs grande ouverte et dont l’unique battant est poussé contre le mur. «&nbsp;Y a-t-il quelqu’un&nbsp;?&nbsp;»</p>



<p>Il est celui qui offre aussi une espèce de marchandise qui peut s’acheter pour de l’argent, et frappera aux portes, connu de loin pour ce qu’il est et répétant sa même phrase sur le perron d’une ou deux marches, à côté du racloir usé dans le milieu, – et en même temps le soleil vient d’en bas&nbsp;; c’est le plafond de la salle à boire qui est éclairé, et non le plancher.</p>



<p>L’autre soleil&nbsp;: celui d’en bas, le vrai, le seul qui compte ici. Lui, à l’entrée du corridor peint en jaune, heurte au panneau rabattu de la porte, avec sa main gauche. «&nbsp;Oh&nbsp;! non, merci, on n’a besoin de rien… La patronne n’est pas là…&nbsp;»</p>



<p>—&nbsp;Dites-lui qu’on repassera.</p>



<p>—&nbsp;C’est entendu.</p>



<p>Une grosse fille brune aux bras nus, ces réchauffées&nbsp;; – il a dit&nbsp;:</p>



<p>—&nbsp;Donnez-moi quelque chose à boire.</p>



<p>Il a sa barbe blanche frisottée, il est entré&nbsp;: l’homme déjà installé à une des tables lève vers lui les yeux de dessus sa blouse bleue brodée de noir au col et aux poignets, il touche du doigt l’aile de son chapeau en manière de salutation.</p>



<p>La manche empesée redescend avec un petit bruit&nbsp;; et au-dessus de vous ça danse.</p>



<p>Il y a cette dentelle qui pend au plafond comme si elle pendait dans le vent, baignant dans l’air qui la balance.</p>



<p>La lumière partout, tellement de lumière, comme quand nous ressusciterons.</p>



<p>Besson s’est assis près de la fenêtre&nbsp;; la belle fille revient, riant avec toutes ses dents au bas de sa figure brune&nbsp;; et il y a ces bateaux et ces barques montant vers vous par l’ouverture dans le mur, celles des pêcheurs à petites voiles, celles à pierres qui en ont deux grandes.</p>



<h5 class="wp-block-heading">Chapitre 9</h5>



<p><em>Vigneron, si tu veux boire,</em></p>



<p><em>Taille ta vigne à la Saint-Grégoire.</em></p>



<p>Après qu’ils ont pendant l’hiver remonté la terre qui descend le mont chaque fois qu’il pleut.</p>



<p>Après qu’ils ont remonté sur leur dos dans des hottes le mont qui vient en bas et ils ont rhabillé de sa terre le roc qui sans cela serait bientôt à nu, après qu’ils ont porté le fumier, fait les minages, fabriqué les échalas, soigné le vin&nbsp;; – un jour, et autour de la Saint-Grégoire, les hommes ayant encore leurs habits d’hiver, leurs gilets de chasse, les hommes avec le sécateur ou la serpette.</p>



<p>Et ils sont partis. Montées, descentes. Ils vont en avant, ils vont en arrière. Ils sont dans le temps et comme le temps. Il fait du soleil, puis il pleut, puis il neige. On sue dans sa chemise le lundi&nbsp;; le mardi, on se souffle dans les doigts. Cependant ils vont, ou ils essaient d’aller, égrenant les jours du calendrier, allant à ces Saints, qui sont les bons Saints ou les mauvais Saints, assis comme ça dans leurs robes au bord du chemin de l’année&nbsp;: Saint-Mamert, Saint-Pancrace, Saint-Médard et les Saints de glace, – taillant, raclant, fossoyant, raclant de nouveau, ébourgeonnant (et on dit éplaner).</p>



<p>Ils vont ainsi, ils s’encouragent, ils se découragent&nbsp;; il grêle, les bois sont mal sortis&nbsp;: ah&nbsp;! quand est-ce qu’on sera payé de ses peines&nbsp;? Quand est-ce qu’on pourra enfin se confier aux choses avec son cœur&nbsp;?…</p>



<p>Cependant quelqu’un est assis dans le café rose, près de la fenêtre, comptant les voiles, comptant combien il y a de bateaux.</p>



<p>L’homme à la blouse a payé, il touche de nouveau du doigt l’aile de son chapeau. L’homme sort.</p>



<p>Il y a des allumettes à têtes rouges dans un porte-allumettes réclame en faïence.</p>



<p>La hotte avait été mise debout par Besson contre une table, et monte là jusqu’au plafond, monte dans le soleil qui monte comme si on était déjà dans un autre monde.</p>



<p>Le plafond bouge, le haut de la hotte bouge. Comme quand il y aura de la lumière partout, et tout ce qui sera sera complètement.</p>



<p>On dirait que Besson prend avec les yeux les choses qui sont et les arrange, de sorte qu’elles sont à nouveau, et elles sont les mêmes et sont autrement.</p>



<p>Une grande barque à pierres se met à pencher, on ne sait plus où, ni dans quoi. Sous ses deux grandes voiles pointues et croisées, et on ne sait plus si elle est sur l’eau ou bien au milieu des airs. Besson met de la montagne tout autour, mais en même temps il l’a renversée&nbsp;: et on la voit finir en même temps et se recommencer. Rien ne va plus jamais avoir assez d’être&nbsp;; plus jamais, rien ne croira exister assez complètement. La montagne a refoulé l’eau, qu’elle crève, qu’elle a niée, crevant la surface de l’eau, niant la présence de l’eau qui la reflète dans sa profondeur. La barque s’est mise à pendre en l’air comme à un fil, étant à la gauche des neiges, c’est-à-dire au niveau de la grande paroi des rochers du Noirmont, et au-dessus des pâturages, comme une machine aérienne, comme une mouette égarée. On comptait les villages, on voit qu’on s’est trompé. On comptait jusqu’à cinq, on voit maintenant qu’il faut compter jusqu’à dix&nbsp;: on recommence, c’est bien ça, parce que chacun d’eux existe à double. Avec leurs taches rouge jaune, les taches rouge doux qu’ils font. Ils se mettent un peu à bouger, et le haut de la hotte bouge. Et l’air bouge, la montagne bouge. Et la barque bouge. Et le plafond bouge. Et tout à coup le mont aussi fait un mouvement sous un reflet qui passe à sa surface&nbsp;: c’est le temps où tout part enfin, et cette fois définitivement…</p>



<p>En deux ou trois jours, on a vu les bois de la vigne grandir d’un bon pied&nbsp;; les feuilles ont été comme des mains qui s’ouvrent en même temps qu’elles étalent, puis elles étagent leurs masses.</p>



<p>On y a été jusqu’aux genoux, jusqu’à mi-cuisses&nbsp;; on y a été jusqu’en haut des cuisses, jusqu’au ventre, jusqu’à la ceinture, jusque sous les bras, comme le fossoyeur dans son trou. Tout part et déjà sortent les grappes, qui semblent, elles, nier le temps, et, sautant par-dessus l’été, crier les vendanges d’avance, avec leurs petits grains parfaitement formés qui trompent, ronds, durs, nets comme les vrais grains de plus tard, les grains de raisin qu’on aura (et on peut les compter déjà) sauf les surprises, les maladies…</p>



<p>Mais on n’en aura point&nbsp;; tout part. Et on ne va plus pouvoir dormir pendant huit jours&nbsp;: c’est lorsque chacun de ces faux petits grains éclate, laissant venir dehors ses poils blancs&nbsp;: alors, de très loin, l’abeille est appelée, l’abeille vient aussitôt&nbsp;; le mont chante de jour, le mont sent bon la nuit&nbsp;; – on ne va plus pouvoir dormir&nbsp;:</p>



<p>—&nbsp;Mais ça ne fait rien, même c’est tant mieux&nbsp;! On dort parce qu’on est mal faits&nbsp;; on dort parce que c’est un petit peu mourir, parce qu’on a été condamnés à mort…</p>



<p>Calamin les a regardés l’un après l’autre, derrière les lauriers-roses en pots, ceux qui sont à la même table que lui et ceux qui sont aux autres tables.</p>



<p>—&nbsp;Et je ne sais pas si vous êtes de mon avis, mais que vous soyez de mon avis ou non, ça revient au même. Parce que c’est la vérité, a-t-il dit, et la vérité importe avant tout (commençant un discours).</p>



<p>Derrière les lauriers-roses dans leurs demi-tonneaux peints en vert qu’on vient de sortir devant le café, sur la place&nbsp;; alors ils font avec leurs feuilles comme un mur. Ils font en avant du café une espèce de petite chambre, où on se tient par ces nuits déjà chaudes et on se tient là entre connaissances.</p>



<p>Calamin descend du village de temps en temps ainsi et vient s’asseoir au bord de l’eau pour le plaisir de la conversation.</p>



<p>Oh&nbsp;! tant d’étoiles, ce soir, alors on en voit une ou deux au-dessus de soi et les autres sont vues par les trous qu’il y a dans le feuillage des grands arbres, comme des fenêtres où elles regardent.</p>



<p>—&nbsp;Il n’y a que la vérité qui compte, a-t-il dit.</p>



<p>Les grands vieux arbres, aux troncs qui se penchent vers l’eau tant qu’ils peuvent, comme un qui veut boire.</p>



<p>—&nbsp;Et l’amitié, mais c’est la même chose. L’amitié et la vérité, la vérité et l’amitié.</p>



<p>—&nbsp;Tais-toi, Calamin&nbsp;!</p>



<p>—&nbsp;Non, a-t-il dit.</p>



<p>Calamin qui descend parfois d’à mi-mont pour le plaisir et pour des choses qu’il a à dire&nbsp;; et il est avec ses amis, puis il n’y a plus eu dans le café que des amis.</p>



<p>Il y avait dans le café les gens des barques et des pêcheurs à une table. Il y avait à une autre table M.&nbsp;Borgeaud de la boutique, avec un gendarme. Il y avait, à la troisième table, Calamin, avec des gens de son espèce (qui est encore une autre espèce, celle qui n’est guère quittée par le vin).</p>



<p>On lui a dit&nbsp;: «&nbsp;Calamin, tu parles bien&nbsp;», en même temps qu’on lui disait&nbsp;: «&nbsp;Tais-toi&nbsp;!&nbsp;» et il faisait rire, – mais rien ne m’empêchera de continuer, si j’en ai envie, parce que je dis la vérité…</p>



<p>—&nbsp;Parce que, disait-il, il faut descendre ou bien monter, comme on voudra, mais il y a qu’il faut se rejoindre. Monter tellement haut, descendre tellement bas&nbsp;: seulement, tout à coup, on était un et un et un, on était (voyons, combien sommes-nous ici&nbsp;?)…</p>



<p>Il compte&nbsp;:</p>



<p>—&nbsp;Moi, vous quatre, ça fait cinq… M.&nbsp;Borgeaud, bonjour, monsieur Borgeaud, M.&nbsp;Débétaz, et bien le bonjour à vous aussi&nbsp;: alors sept&nbsp;; et puis six là-bas, alors sept et six&nbsp;: quatorze… Non, treize… Un mauvais nombre… Mais il n’y a plus de mauvais nombres, il n’y en a plus de bons, il n’y a plus de nombre… Vous comprenez&nbsp;?…</p>



<p>Il y a les étoiles. Il y avait un petit vent tiède qui venait, passant la main sur le feuillage dans le bon sens comme quand on caresse une chatte. De temps en temps, le lac dit quelque chose, prenant la parole, pour un mot ou deux, comme quand on rêve tout haut. Et Calamin a attendu que le lac eût fini, puis il a dit&nbsp;: «&nbsp;Ça y est&nbsp;! c’est mon tour…&nbsp;»</p>



<p>Il reprend&nbsp;:</p>



<p>—&nbsp;Il y avait lui, il y avait moi, il y avait vous, mais voilà que ça commence à s’arranger, comprenez-vous, parce qu’il n’y a plus ni moi, ni lui, ni vous… C’est le point que j’ai dit, le point du fin bout de la pointe…</p>



<p>S’interrompant, parce que le lac vient de nouveau et le gros orme a fait avec ses branches un mouvement, faisant bouger d’autant l’étoile qui y est pendue.</p>



<p>Il se tait. Il laisse venir, il laisse passer. Et puis il a dit&nbsp;:</p>



<p>—&nbsp;Vous voyez&nbsp;!</p>



<p>Pendant qu’on rit encore, mais on écoute&nbsp;; et, de temps en temps, M.&nbsp;Borgeaud hausse les épaules, les hommes du lac tirent des paquets de tabac de leur poche de pantalon.</p>



<p>Et Calamin a bu encore parce qu’à mesure qu’on boit on monte un peu plus, on se rapproche les uns des autres. Il hoche la tête, il se met à vous sourire. Il vous regarde encore bien les uns et les autres, et il est content, ayant l’air de vous dire&nbsp;:</p>



<p>—&nbsp;Cette fois, vous avez compris.</p>



<p>Il se lève avec son verre, il va aux autres tables&nbsp;:</p>



<p>—&nbsp;Dans la vérité, tous ensemble.</p>



<p>Il revient, il dit&nbsp;:</p>



<p>—&nbsp;Tout se tient…</p>



<p>Il va recommencer. Il faut qu’il reprenne son discours plus en arrière. Mais, à ce moment, le patron arrive&nbsp;: «&nbsp;C’est l’heure, on ferme…&nbsp;» Calamin n’a pas eu le temps de se rasseoir. Le patron a pris les volets de bois qu’il fixe un à un à la devanture. Sa femme éteint les lampes électriques. Calamin n’a pas pu se rasseoir, parce que tout le monde se lève et on lui dit&nbsp;: «&nbsp;Au revoir, Calamin, à une autre fois.&nbsp;» Alors tout à coup il se trouve seul, il ne sait plus comment ça s’est fait, étant sur le gazon de la place et sous les grands arbres, les mains dans les poches, pas très sûr de soi, avec le mont à remonter.</p>



<p>Il tourne le devant de son corps d’un côté, de l’autre.</p>



<p>Il se met à aller avec sa poitrine contre les quatre points cardinaux qu’il consulte, puis il commence à rire, ayant trouvé le sud à cause de l’eau qu’il met à sa droite, et il a eu l’eau à sa droite et à sa droite la compagnie de l’eau et à sa droite l’amitié de l’eau.</p>



<p>Comme si on pouvait plus jamais être seul&nbsp;! Il lève le bras&nbsp;; il dit&nbsp;: «&nbsp;Il y a ça.&nbsp;»</p>



<p>Il montre le lac, puis se met en marche. On doit suivre d’abord un bout de temps la route. «&nbsp;Ça&nbsp;», dit-il, il montre le lac d’un côté&nbsp;; «&nbsp;ça&nbsp;», il montre le mont de l’autre. Ça et ça et puis ça, et tout. Parce que sont venus les murs. Il les reconnaît comme des êtres vivants qui sont là. Les murs sont comme des amis à lui, assis sur des bancs par rangées, qui l’attendent&nbsp;; il leur fait signe de la main.</p>



<p>On suit un bout de temps la route, puis on prend à gauche le raidillon coupé de marches qui s’attaque de front à la pente, et longe le petit ravin que le ruisseau s’est creusé là, mettant à nu les bancs de rocher… Seul&nbsp;! imagine-t-on ça&nbsp;? Plus d’amis encore qu’avant, partout des amis qu’il a. On voit l’eau pendre à un de ces bancs de rocher entre des buissons et un ou deux frênes. Dans sa robe blanche, sautant sur un pied dans sa robe de mousseline toute en volants comme celles des filles le dimanche&nbsp;; alors il s’arrête pour elle, alors te voilà, toi&nbsp;! bonjour&nbsp;! Elle qui ne s’arrête pas et continue de faire des mouvements sur place, levant ses genoux, puis elle rit. Comme une personne vivante. Il rit aussi. Et puis il repart, grimpant au sentier&nbsp;; là il y a eu les marches, qui viennent une à une, accueillantes, chacune lui portant secours, heureusement&nbsp;: il les en remercie, les énumère, leur donne des noms&nbsp;: «&nbsp;Toi, et puis toi, et toi encore…&nbsp;»</p>



<p>Il a fallu d’abord que la cascade se tût.</p>



<p>C’est seulement quand elle a été dépassée. C’est seulement quand il s’est trouvé sur le chemin qui est dallé entre deux murs, deux murs de vigne avec leurs portes en fer peintes en gris, peintes en vert. Sous les étoiles, au-dessus des étoiles, comme il a vu quand il s’est retourné et elles sont en haut et elles sont en bas, elles sont tout autour de vous, comme si on était déjà dans le ciel, s’est-il dit, se tenant adossé par précaution à un des murs, et, lorsqu’il veut se remettre en route, il y a l’autre mur. Il a été mené par eux avec douceur et complaisance. Il a été conseillé, entouré, soutenu. Et c’est alors, et pour finir, parce que la cascade s’est tue. Il a fait encore quelques pas trop vite avec un grand bruit à cause de ses souliers à clous&nbsp;: tout à coup il a été empêché d’aller plus loin.</p>



<p>Et alors, parce qu’il fait silence et tout fait silence, – là-haut, sous les étoiles, après que les vignes ont pris fin, l’oiseau, l’oiseau qui est tardif, l’oiseau d’après minuit. Le tout petit oiseau gris avec son grand chant entendu partout, qu’il pousse dans le bout d’un arbre, dans le fin bout d’un arbre tout là-haut, le laissant tomber ensuite le long des vignes, d’étage en étage, jusqu’à l’eau.</p>



<p>Calamin, se tenant au mur, s’est mis bien droit. Le chant vient, il grandit encore dans sa chute, gagne maintenant les replis du mont où il réveille l’écho qui s’y ajoute et le nourrit. Un nouveau chant alors semble naître des murs, comme s’il y avait des oiseaux partout. Calamin se tient au port d’arme, ayant fait son service militaire dans un bataillon de carabiniers. C’est quand la vigne sent bon, au milieu de la nuit, au-dessous des étoiles, au-dessus des étoiles, et il se tient raide, il se tient le plus tranquille qu’il peut.</p>



<p>L’oiseau qui ne finit plus, l’oiseau qui ne peut plus se taire une fois qu’il a commencé&nbsp;; quand la vigne sent bon, quand elle commence à sentir bon. Minuit.</p>



<p>Et le chant descend jusqu’à l’eau qu’il touche&nbsp;; il a sauté un dernier mur, il s’est laissé glisser en bas des gros blocs de l’enrochement&nbsp;; alors voilà que l’eau se soulève, comme quand le dormeur tiré de son sommeil se met sur le coude et puis regarde autour de lui.</p>



<p>Et puis elle soupire, elle commence par un soupir, puis elle pousse un peu plus sa voix. C’est une phrase qu’elle a commencée&nbsp;; et elle est partie par phrases de longueur égale qui viennent une à une, avec des intervalles, de façon que l’oiseau vienne pendant ce temps et l’oiseau vient entre les phrases.</p>



<p>Calamin a dit à l’eau&nbsp;: «&nbsp;Ah&nbsp;! à présent, c’est toi…&nbsp;» Il a regardé vers le mont d’abord, puis il a regardé vers l’eau&nbsp;: «&nbsp;Ah&nbsp;! c’est toi, à présent… Alors respect pour toi aussi…&nbsp;»</p>



<p>Et il a ôté son chapeau.</p>



<h5 class="wp-block-heading">
Remerciements</h5>



<p>Le téléchargement de cet épisode et la transcription complète sont disponibles sur <a href="https://gate.sc?url=http%3A%2F%2Fwww.odiolab.ch%2Fseries%2Fentre-ombres-et-lumiere%2F&amp;token=bc4ebb-1-1730825240113" rel="noreferrer noopener" target="_blank">www.odiolab.ch/series/entre-ombres-et-lumiere/</a></p>



<p>Merci à la <a href="https://ebooks-bnr.com/ebooks/html/ramuz_passage_du_poete.htm" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Bibliothèque Numérique Romande</a> pour la mise à disposition du texte traduit de l’allemand, et à Wikipedia pour la mise à disposition de l'illustration.</p>


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	<itunes:summary><![CDATA[Charles Ferdinand - dit ‘CF’ - Ramuz dans Passage du poète: Besson le vannier arrive au printemps dans un village du Lavaux, à côté de Lausanne, surplombant le Lac Léman. Il vient y travailler le temps d’une saison. Sur son passage, on rencontre plusieurs personnages, du fossoyeur jusqu'à Mathilde et sa robe neuve en passant par Congo, à la charge de la commune, Gilliéron dans sa cave, Bovard dans sa vigne... Chacun est pris dans ses soucis. Besson, avec sa tranquillité silencieuse, s’intègre sans s’intégrer. Ce sont les autres qui modifient leur regard sur leur quotidien. L’été fini, une fête des vignerons rassemble tout le monde, et Besson s’en repart dans le silence de la nuit.



Dans le 4e épisode de cette série, écouter les passages suivants d'un des livres préférés de CF Ramuz, 'Passage du poète' :



- chapitres 8 et 9




Transcription ci-dessous:



Chapitre 8



Besson, pendant ce temps, est de nouveau sur la route.



Il a travaillé encore, ce matin&nbsp;; après quoi, il a pris sa hotte comme un enfant entre ses bras, il passe dans les courroies l’épaule droite, l’épaule gauche.



Il dessine la ligne du mur en passant derrière, à cause de sa partie claire qui est aussi sa partie d’en haut&nbsp;; on voit qu’il a pris la côte en travers, s’élevant toujours plus par une pente égale.



Là-bas, et presque à la même hauteur que la route, Bovard est sur son promontoire&nbsp;; Bovard se redresse, il lève la tête un moment, il devient silencieux. L’outil s’est tu entre ses mains, tandis qu’il lève la tête et regarde. Un autre alors, au-dessus de la route, sort d’entre les feuilles comme le nageur, il sort avec son dos d’entre les feuilles gardant ses jambes enfouies, il se retourne, et lui c’est, d’en haut qu’il regarde.



Ce qui passe, ce qui va.



Ce qui quitte l’un pour aller à l’autre. Ce qui réunit.



Eux, immobiles chacun dans son carré de murs, chacun sur sa marche d’escalier, et étagés&nbsp;; et lui qui alors a le mouvement et est comme un message de moi à toi, de nous à vous. Le soleil le marque en clair et en brillant. Chacun se redresse, et regarde, et lui va&nbsp;: alors la route arrive à une place où il y a un repli dans le mont&nbsp;; là on voit qu’il y a des arbres, les cyprès qui montent tout droit comme des colonnes noires, des saules pleureurs au feuillage clair, allant en sens inverse, étalés.



C’est qu’ils veulent que leurs morts soient couchés bien à plat sous la terre, quand ils les y couchent pour toujours. Ils veulent que leurs morts soient comme dans un lit, ils ont choisi la seule place où il y ait une assez grande épaisseur de terre pour les mettre, comme il est convenable, la tête pas plus haut que les pieds. Ailleurs, sitôt qu’on creuse, on rencontre le roc&nbsp;; ailleurs la pente continuellement se tient droite&nbsp;: c’est ici, dans ce repli, dans cette poche, après le tournant de la route, et on aperçoit par la grille les croix de marbre, de l’herbe, de la pervenche, comme Besson a fait, tournant un peu la tête, et puis il a passé…



Lui, on ne l’a pas vu tout de suite. On ne savait même pas qu’il était là. Longtemps, il avait été comme disparu du monde. Longtemps, il a été dans son trou, descendant à mesure qu’il en fait descendre le fond davantage&nbsp;: un trou aux bords nets, bien tranchés, aux lignes bien droites et d’équerre, faisant quatre angles égaux, comme une porte, dont on s’étonne seulement qu’elle soit si étroite en proportion de sa longueur. Une porte faite de manière qu’on ne puisse jamais y passer deux de front, faite pour une seule personne&nbsp;; une porte par où on descend, par où on ne peut que descendre, et lui le premier y est descendu.



Besson passe.



Lui, a été ôté du monde comme nous le serons, nous aussi, chacun notre tour, ne connaissant plus l’air, ne goûtant plus la bonne chaleur du soleil, ni sa douce lumière&nbsp;; étant dans la nuit, dans le froid, dans l’humidité, hors de l’air&nbsp;; au-dessous même des racines des arbres, sous la vie.



Seule]]></itunes:summary>
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		<title>Entre Ombres et Lumière &#8211; CF Ramuz dans &#8216;Passage du poète&#8217; (EP4)</title>
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	<itunes:author><![CDATA[@CarolineDeAllegri @JeremieWagner @WarcoBrienza]]></itunes:author>	<googleplay:image href="https://www.odiolab.ch/wp-content/uploads/2024/11/CF-Ramuz-e1731224286254.jpeg"></googleplay:image>
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<item>
	<title>Entre Ombres et Lumière &#8211; CF Ramuz dans &#8216;Passage du poète&#8217; (EP3)</title>
	<link>https://www.odiolab.ch/podcast/entre-ombres-et-lumiere-cf-ramuz-dans-passage-du-poete-ep3/</link>
	<pubDate>Tue, 12 Nov 2024 10:48:02 +0000</pubDate>
	<dc:creator><![CDATA[@CarolineDeAllegri @JeremieWagner @WarcoBrienza]]></dc:creator>
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	<description><![CDATA[<p>- «&nbsp;... De nouveau, les mots lui viennent :
— C’est de faire pour rien qui est beau. Même si le travail ne paie pas, parce que c’est de faire qui compte. Quand même je serais tout seul, et quand même je n’ai pas été gâté, quand même je sais bien ce que c’est, allez ! et on n’est pas toujours payé et c’est dur et c’est ingrat, et c’est toujours la même chose, mais je dis : « C’est ça qui est beau !… »</p>



<p>CF Ramuz est né en 1878 à Lausanne, en Suisse, de parents commerçants. Après des études de lettres dans sa ville natale, il part pour Paris, où il séjournera régulièrement jusqu’en 1914, tout en participant à la vie littéraire romande. Après la « Grande Guerre » il renonce au roman explicatif pour décrire des communautés aux prises avec les forces du mal, la guerre, la fin du monde. Il développe ainsi un nouveau style d’écriture proche du langage parlé, abandonnant la narration linéaire et introduisant le « on » comme l’expression d’une collectivité.</p>



<p>Dans l'épisode 3 de cette série, écouter ces passages d'un des livres préférés de CF Ramuz, 'Passage du poète' :</p>



<p>- chapitres 6 et 7</p>



<p>
Transcription ci-dessous:</p>



<h5 class="wp-block-heading">Chapitre 6</h5>



<p>Puis voilà qu’ils ont regardé le ciel de nouveau, se demandant&nbsp;: «&nbsp;Qu’est-ce qu’il va nous donner&nbsp;?&nbsp;»</p>



<p>De nouveau, il y a eu dans le fond du lac ces bancs de pierre mis l’un sur l’autre comme si on les avait construits pour une assemblée qui aurait dû venir y prendre place&nbsp;; et, ce qui y prend place, c’est un mauvais vent qui vous arrive apportant le froid, qui fait que les femmes ont remis leurs châles, les hommes leurs gilets de laine tricotée&nbsp;; après quoi, on n’a plus qu’à attendre, comme ils font, se tenant sur la porte des caves, tandis que l’averse pend en barbes d’eau aux avant-toits.</p>



<p>Ils vont regarder le thermomètre et le thermomètre marque 3° après qu’il a marqué 25°.</p>



<p>Encore deux degrés de moins, parce que c’est tendre, c’est délicat…</p>



<p>Il y a cette petite chair comme celle de l’enfant qui vient de naître. Il y a qu’à peine on y touche, elle vous casse entre les doigts. Les premiers jets, les premières pousses pas habituées à l’air avec leurs petites feuilles pâles de couleur, transparentes, pas encore capables de se défendre.</p>



<p>Ils regardent le ciel, ce soir, parce que si par hasard le temps venait à se lever pendant la nuit, et c’est pleine lune…</p>



<p>En effet, le ciel s’est éclairci, les étoiles se sont montrées&nbsp;; ils ont été debout au petit jour.</p>



<p>Heureusement que, cette fois-ci, ils ont été quittes pour la peur, sous un ciel qui s’est recaché, pendant que le lac se remet à fumer vers eux ses fumées.</p>



<p>Il recommence à pleuvoir. On recommence à enfoncer dans la grosse terre où on reste pris par les chevilles&nbsp;; il n’y a plus qu’à continuer d’attendre, comme ils font. Ils se tiennent les mains dans les poches sous les avant-toits, regardant pleuvoir&nbsp;: – ils s’étonnent de voir qu’il y a des métiers où le temps qu’il fait n’importe guère. Se tenant autour de la place, ils ont vu venir Besson, et Besson a mesuré de l’œil la distance qu’il y a entre les deux platanes. Besson s’en va. Besson revient. Ils ont vu que Besson avait été emprunter une bâche. Besson est monté sur le mur et le voilà qui attache sa bâche à une branche par l’un des coins. Il se fait avec sa bâche un toit, ayant fini par la fixer et la tendre sur les quatre côtés&nbsp;; il se met dessous. «&nbsp;Tombe seulement&nbsp;!&nbsp;» a-t-il l’air de dire à la pluie, parce qu’elle est autour de lui avec ses fines lignes grises, mais pas dans ce qu’il occupe d’air et dans le cube où il se tient.</p>



<p>Étant reparti tout seul, comme pour vous donner l’exemple, comme s’il vous faisait signe avec ses mains&nbsp;; ayant recommencé avec ses mains à vous parler une espèce de langue, comme si elles écrivaient dans l’air des mots et encore des mots.</p>



<p>Ils commencent à chercher à lire sans y réussir encore. Ils se tiennent sous les avant-toits, ils essaient de lire entre les hachures&nbsp;: seulement à tout moment elles sont poussées de côté, se confondant les unes dans les autres. On ne voit même plus Besson, Besson a disparu. Il reparaît. Il disparaît. On tire le rideau de nouveau, il est assis sur son théâtre, on voit qu’il écrit toujours.</p>



<p>Alors une femme a dit&nbsp;: «&nbsp;Moi, je me moque de la pluie&nbsp;», alors on a vu qu’il ne pleuvait presque plus.</p>



<p>—&nbsp;Et, le petit, il faut qu’il s’habitue, parce que je veux qu’il puisse sortir par tous les temps sans s’enrhumer.</p>



<p>On lui a dit&nbsp;:</p>



<p>—&nbsp;Peut-être bien que vous avez raison.</p>



<p>Elle lui a seulement, au petit, mis sur la tête son tablier&nbsp;; elle s’arrête à quelques pas de Besson. Elle lui dit&nbsp;: «&nbsp;C’est joli…&nbsp;»</p>



<p>Besson&nbsp;:</p>



<p>—&nbsp;Vous trouvez&nbsp;?</p>



<p>Elle&nbsp;:</p>



<p>—&nbsp;C’est un joli métier.</p>



<p>Besson a dit&nbsp;:</p>



<p>—&nbsp;Tous les métiers sont jolis.</p>



<p>Elle a dit&nbsp;:</p>



<p>—&nbsp;C’est vrai.</p>



<p>Elle a réfléchi. Elle a dit&nbsp;:</p>



<p>—&nbsp;Ça dépend de la manière dont on les fait. Vous, le vôtre, vous le faites bien.</p>



<p>Elle a ri.</p>



<p>À ce moment, le petit a tendu les mains de dessous le tablier. Il tend les mains voulant avoir et voir, confondant voir avec avoir, comme font les petits enfants, et c’est ce qui est beau. Touchant avec les yeux, voyant avec les mains, ne voyant pas encore sans toucher&nbsp;; et, comme il ne peut ni voir, ni toucher, et veut les deux choses, voilà qu’il se fâche.</p>



<p>—&nbsp;Mettez-le par terre, a dit Besson.</p>



<p>—&nbsp;J’avais peur qu’il ne vous gêne.</p>



<p>Ils regardent le petit que sa mère tient sous les bras lancer en avant ses deux pieds ensemble, tellement il est pressé.</p>



<p>Ils voient qu’il ne pleut plus. Pas vrai&nbsp;! Que si&nbsp;! Ils mettent la main à plat devant eux&nbsp;: pas la moindre goutte. Voilà votre bâche qui ne va plus servir à rien, Monsieur Besson, sous les platanes, les petits platanes taillés chaque année à ras des trois ou quatre branches qu’on leur a laissées, en sorte qu’elles sont devenues aussi grosses que le tronc, mais on n’y avait jamais fait attention. Renflées du bout, massives, toutes boursouflées, sans aucune trace de feuilles encore, ni de bourgeons, semblant taillées dans de la pierre, semblant faites au ciseau dans un bloc de rocher, – avec des troncs de couleur claire, gris pâle, tachés de vert là où l’écorce vient de tomber, – et c’est comme si on ne les avait jamais vus.</p>



<p>Voilà que les troncs viennent dehors et viennent à vous, pendant qu’eux-mêmes viennent, et ils font le cercle, entourant Besson et le petit enfant qui s’est avancé encore&nbsp;: alors Besson a fait taire ses mains et entre ses genoux il a arrêté sa corbeille.</p>



<p>Au milieu du cercle, entre les platanes, sous la bâche, là le mouvement cesse, parce que les mains de l’enfant à présent peuvent toucher&nbsp;; – mais l’enfant de nouveau se fâche.</p>



<p>—&nbsp;Qu’est-ce qu’il y a&nbsp;?</p>



<p>Ils regardent&nbsp;; ils sont amusés.</p>



<p>Et la mère&nbsp;: «&nbsp;Voyez-vous ça&nbsp;!&nbsp;»</p>



<p>—&nbsp;Voyez-vous ça, c’est parce que ça ne bouge plus et il n’aime que ce qui bouge.</p>



<p>Alors Besson est reparti.</p>



<p>De nouveau les osiers font leurs signes l’un devant l’autre et écrivent comme à la craie leurs lettres en l’air, après que Besson a dit à la mère&nbsp;:</p>



<p>—&nbsp;Faites attention&nbsp;!</p>



<p>Et le petit crie de joie, tandis qu’il faut le retenir, parce qu’il se porte de toutes ses forces en avant, voyant la corbeille tourner de nouveau au creux du tablier de serge verte, sous une barbe blanche, des yeux clairs.</p>



<h5 class="wp-block-heading">Chapitre 7</h5>



<p>—&nbsp;C’est que c’est tout plié à nous, par ici.</p>



<p>Bovard de nouveau dans sa vigne&nbsp;; et, ayant levé les yeux sur la côte&nbsp;:</p>



<p>—&nbsp;C’est de nous, c’est à nous…</p>



<p>Il dit&nbsp;:</p>



<p>—&nbsp;C’est tout habitué à l’obéissance par ici, depuis le temps que c’est en vignes. Et le bon Dieu lui-même a décidé que ce serait en vignes, ayant orienté le mont comme il convient, se disant&nbsp;: «&nbsp;Je vais faire une belle pente tout exprès, dans l’exposition qu’il faut, avec l’inclinaison qu’il faut, et je vais mettre encore dans le bas la nappe de l’eau pour qu’il y ait ainsi deux soleils sur elle, que le soleil qui vient ailleurs d’en haut seulement vienne ici d’en haut et d’en bas…&nbsp;» Je dis que c’est le bon Dieu qui a arrangé lui-même tout ça, puis il nous a dit&nbsp;: «&nbsp;À votre tour&nbsp;», alors quoi&nbsp;? on est désignés. Soldats, caporaux, officiers, sous son Haut Commandement…</p>



<p>Comme Bovard dit dans sa vigne, se parlant ainsi à lui-même avec des mots qui viennent, et il en est étonné, mais il en vient encore&nbsp;:</p>



<p>—&nbsp;Le bon Dieu a commencé, nous on est venu ensuite et on a fini… Le bon Dieu a fait la pente, mais nous on a fait qu’elle serve, on a fait qu’elle tienne, on a fait qu’elle dure&nbsp;: alors est-ce qu’on la reconnaîtrait seulement à présent, dit-il encore, sous son habillement de pierre&nbsp;? et ailleurs l’homme se contente de semer, de planter, de retourner&nbsp;; nous, on l’a d’abord mise en caisses, regardez voir si ce que je dis n’est pas vrai&nbsp;; mise en caisses, je dis bien, mise tout entière dans des caisses et, ces caisses, il a fallu ensuite les mettre les unes sur les autres…</p>



<p>Il les montre avec sa main qui monte de plus en plus, par secousses, à cause de tous ces étages, à cause de tous ces carrés de murs comme des marches.</p>



<p>—&nbsp;Et ce n’est plus du naturel, c’est du fabriqué&nbsp;; c’est nous, c’est fabriqué par nous, ça ne tient que grâce à nous&nbsp;; ça n’est plus une pente, c’est une construction, c’est une tour, c’est un devant de forteresse…</p>



<p>Pendant qu’il montre encore, de dessus son éperon, devant lui, le déroulement de tout ça, avec les renflements qu’il y a par place et des avancements comme celui sur lequel il se tient, et des retraits, en un grand demi-cercle, – songeant au temps qu’il a fallu, songeant à la peine qu’il a fallu&nbsp;:</p>



<p>—&nbsp;Des centaines d’années, mille ans, deux mille et plus…</p>



<p>La bise fait bouger les pointes de sa moustache.</p>



<p>Il tient d’une main le manche du fossoir&nbsp;; l’autre, il la lève, il la promène autour de lui.</p>



<p>De nouveau sur son éperon, sur sa bosse, haut perché, comme sur un socle, avec le vide derrière lui, à cent mètres au-dessus de l’eau, contre une montagne bleue et blanche et aussi grand que la montagne bleue et blanche&nbsp;; se tenant tourné vers le mont et alors de ce côté la terre vient à sa rencontre, de sorte qu’il faut qu’il renverse la tête pour la considérer.</p>



<p>Il ne peut plus s’arrêter. Il voudrait s’arrêter qu’il ne pourrait plus, parce que le poète est venu&nbsp;; les mots sortent de lui tout le temps, comme quand les ruches se réveillent.</p>



<p>—&nbsp;Depuis les tout vieux temps, depuis aussi loin qu’on existe, depuis les Romains et depuis les moines, les vieux temps et les tout vieux temps&nbsp;; et ça s’appelle encore par ici l’Abbaye, il y a le vin des Abbesses, ça s’appelle le Prieuré, c’est plein de noms de ces temps-là partout, c’est encore plein de leur ouvrage&nbsp;; et regardez-moi ces murs, regardez-moi seulement ces murs si loin que l’œil porte, si loin qu’on tire avec le regard en haut et en bas, à droite et à gauche, – combien ça en fait-il&nbsp;? parce qu’il a fallu, sans quoi la terre serait venue en bas&nbsp;; alors ils en ont fait un premier, puis un autre, et puis dix, et cent, puis mille, commençant par le bord de l’eau, après quoi ils sont montés, ils sont montés jusque dans le ciel à leur échelle, et là ils auraient trouvé à grimper encore qu’ils seraient grimpés… Depuis les vieux temps, depuis tout là-bas dans le temps, d’année en année&nbsp;: les Romains, les moines, les gens à robes, les gens à pantalons, et puis des autres et encore des autres, et puis nos arrière-grands-pères et puis nos grands-pères et puis nos pères, et puis nous&nbsp;: à faire, et ensuite à refaire, à construire, et à reconstruire et à re-reconstruire, entretenir, recimenter&nbsp;; chaque année remonter sur son dos la terre, remonter à la hotte la pente tout entière&nbsp;; aller voir où ça s’est fendu, là où le mont pousse en avant, là où la pierre cède, là où elle se fissure&nbsp;; et boucher les trous, combler les fissures, repousser le mont en arrière, faire que ça tienne quand même, faire que ça dure, – depuis deux mille ans peut-être que ça dure, mais ça n’aurait pas duré et ça ne durerait pas, si on ne s’en était pas mêlé, si on ne rebâtissait pas tout le temps…</p>



<p>Il s’est arrêté, fatigué de mots, seulement c’est vrai.</p>



<p>Il y avait depuis très longtemps dans sa tête une vérité qui ne pouvait pas venir dehors&nbsp;: à présent il est délivré.</p>



<p>Il est grand, il est maigre&nbsp;; il a encore la moustache noire. La bise en fait bouger les pointes&nbsp;; il se tient face à la bise qui vient d’en haut, levant la tête, les mains autour du manche de son fossoir, sous le soleil, contre la terre&nbsp;; et il est lui-même la terre où seulement l’esprit vivrait.</p>



<p>Il sort d’elle comme la souche en sort, ayant la couleur de l’écorce sur sa figure brune et moussue, avec des rides en tout sens comme des crevasses dedans.</p>



<p>Il sort de ce mont où il va rentrer, et un moment se tient debout sur lui pour le dire, puis retournera à sa parenté.</p>



<p>On voit qu’il lui ressemble, étant fait, lui aussi, de pierre par en dessous, ayant les os saillants, épais, fortement soudés, fortement tenus ensemble. Il parle, étant le mont lui-même, étant lui-même produit et porté dehors, étant une production, fait de pierre et d’argile, cimenté comme un mur, couleur de terre, couleur de souche, couleur de roc, couleur d’air, couleur de saison&nbsp;; et grand, maigre et osseux et grand, et dressé tout debout contre le mont lui-même dressé. Et il se tient comme le mont se tient, mais échappe d’en haut avec sa poitrine et sa face, là où est logé le cœur, là où habite la connaissance. Étant le mont, mais aussi sa conscience, c’est-à-dire son expression, ce qui prolonge, ce qui sait en arrière et sait en avant, se rappelle, prévoit, combine, veut&nbsp;:</p>



<p>—&nbsp;Et depuis les vieux temps et les tout vieux temps, reprend-il, mais pour les temps futurs, parce que nous on est au milieu…</p>



<p>Étant fait à la ressemblance du mont, mais faisant à son tour le mont à sa ressemblance, caressant le mont de la main, avec des mouvements de la main arrondis d’où il semble que la forme naît, comme quand on caresse une femme et la caresse la refait. Et là est le travail des hommes et ce qui en sort grâce aux hommes&nbsp;: la belle vigne, et rien que de la vigne, les milliers de milliers de souches bien alignées, mises partout où on a pu, mises en rangées&nbsp;; taillées, nettoyées, ébourgeonnées, soignées, fumées et d’où à présent le sarment neuf commence à sortir aux cornes par deux jets couleur de miel, à petites feuilles transparentes encore, mais déjà leur couleur est partout pour une promesse, sortant à chaque instant un peu plus sous le grand soleil…</p>



<p>Et tout à coup Bovard est reparti, parce qu’une colère lui vient&nbsp;:</p>



<p>—&nbsp;Alors ils planteraient par ici leurs tomates&nbsp;! ils viendraient avec leurs primeurs, leurs légumes, comme si on avait besoin de légumes, leurs cardons, c’est-à-dire de la nourriture pour ânes, leurs abricots, leurs espaliers, leurs framboisiers, leur le diable sait encore quoi&nbsp;!… Parce que ça n’a pas été pendant deux ou trois ans, ils renieraient le pays… Jamais&nbsp;!</p>



<p>—&nbsp;Tant pis, dit-il, même si ça ne devait plus aller du tout…</p>



<p>De nouveau, les mots lui viennent&nbsp;:</p>



<p>—&nbsp;C’est de faire pour rien qui est beau. Même si le travail ne paie pas, parce que c’est de faire qui compte. Quand même je serais tout seul, et quand même je n’ai pas été gâté, quand même je sais bien ce que c’est, allez&nbsp;! et on n’est pas toujours payé et c’est dur et c’est ingrat, et c’est toujours la même chose, mais je dis&nbsp;: «&nbsp;C’est ça qui est beau&nbsp;!…&nbsp;»</p>



<p>Il a pris son racloir, il donne un coup de racloir.</p>



<p>On a déjà raclé une fois&nbsp;; on va racler une deuxième fois, une troisième, une quatrième&nbsp;:</p>



<p>—&nbsp;Et, je dis, c’est justement ça, c’est ce manque de variété. C’est justement parce qu’on a une plus grande peine, parce qu’on risque davantage, parce qu’on a misé sur une chose, et une seule, toujours la même&nbsp;; et ça c’est l’honneur… On ne se paie pas en argent, nous autres. On ne gagnerait plus un sou qu’on ferait ses vignes quand même.</p>



<p>Il racle.</p>



<p>—&nbsp;On ne peut pas être payé en argent pour un travail de ce genre-là&nbsp;: on est payé seulement d’y croire, on est payé dès qu’on y croit… Nous, on est comme le soldat, le soldat se bat pour se battre. On est comme une mère, on est comme une mère avec son enfant&nbsp;: ça ne lui fait rien qu’il soit mal fait&nbsp;; plus il est mal fait, plus elle se donne de peine pour lui, plus elle l’aime&nbsp;; elle lui donne tout, sans rien demander. Parce qu’elle est payée de l’aimer.</p>



<p>Il racle.</p>



<p>—&nbsp;Je dis que c’est comme ça&nbsp;: l’honneur et l’amour. Et point d’argent du tout, s’il faut, parce qu’il resterait l’honneur, l’honneur et l’amour.</p>



<p>Il racle.</p>



<p>—&nbsp;Et, quoi qu’il arrive, on garde ses vignes, et on crèvera dessus, nous autres, mais on ne les reniera pas.</p>



<p>Raclant à grands coups pour le bien montrer, raclant et c’est un travail d’homme une fois les pousses sorties, parce que si les femmes venaient elles risqueraient de les abîmer avec leurs jupes&nbsp;:</p>



<p>—&nbsp;Nous qu’on est de la vieille espèce, de la bonne espèce, de la vieille bonne espèce, et on est quelques-uns encore de cette espèce, alors hardi&nbsp;!</p>



<p>Il racle.</p>



<h5 class="wp-block-heading">
Remerciements</h5>



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— C’est de faire pour rien qui est beau. Même si le travail ne paie pas, parce que c’est de faire qui compte. Quand même je serais tout seul, et quand même je n’ai pas été gâté, quand même je sais bien ce ]]></itunes:subtitle>
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	<content:encoded><![CDATA[<p>- «&nbsp;... De nouveau, les mots lui viennent :
— C’est de faire pour rien qui est beau. Même si le travail ne paie pas, parce que c’est de faire qui compte. Quand même je serais tout seul, et quand même je n’ai pas été gâté, quand même je sais bien ce que c’est, allez ! et on n’est pas toujours payé et c’est dur et c’est ingrat, et c’est toujours la même chose, mais je dis : « C’est ça qui est beau !… »</p>



<p>CF Ramuz est né en 1878 à Lausanne, en Suisse, de parents commerçants. Après des études de lettres dans sa ville natale, il part pour Paris, où il séjournera régulièrement jusqu’en 1914, tout en participant à la vie littéraire romande. Après la « Grande Guerre » il renonce au roman explicatif pour décrire des communautés aux prises avec les forces du mal, la guerre, la fin du monde. Il développe ainsi un nouveau style d’écriture proche du langage parlé, abandonnant la narration linéaire et introduisant le « on » comme l’expression d’une collectivité.</p>



<p>Dans l'épisode 3 de cette série, écouter ces passages d'un des livres préférés de CF Ramuz, 'Passage du poète' :</p>



<p>- chapitres 6 et 7</p>



<p>
Transcription ci-dessous:</p>



<h5 class="wp-block-heading">Chapitre 6</h5>



<p>Puis voilà qu’ils ont regardé le ciel de nouveau, se demandant&nbsp;: «&nbsp;Qu’est-ce qu’il va nous donner&nbsp;?&nbsp;»</p>



<p>De nouveau, il y a eu dans le fond du lac ces bancs de pierre mis l’un sur l’autre comme si on les avait construits pour une assemblée qui aurait dû venir y prendre place&nbsp;; et, ce qui y prend place, c’est un mauvais vent qui vous arrive apportant le froid, qui fait que les femmes ont remis leurs châles, les hommes leurs gilets de laine tricotée&nbsp;; après quoi, on n’a plus qu’à attendre, comme ils font, se tenant sur la porte des caves, tandis que l’averse pend en barbes d’eau aux avant-toits.</p>



<p>Ils vont regarder le thermomètre et le thermomètre marque 3° après qu’il a marqué 25°.</p>



<p>Encore deux degrés de moins, parce que c’est tendre, c’est délicat…</p>



<p>Il y a cette petite chair comme celle de l’enfant qui vient de naître. Il y a qu’à peine on y touche, elle vous casse entre les doigts. Les premiers jets, les premières pousses pas habituées à l’air avec leurs petites feuilles pâles de couleur, transparentes, pas encore capables de se défendre.</p>



<p>Ils regardent le ciel, ce soir, parce que si par hasard le temps venait à se lever pendant la nuit, et c’est pleine lune…</p>



<p>En effet, le ciel s’est éclairci, les étoiles se sont montrées&nbsp;; ils ont été debout au petit jour.</p>



<p>Heureusement que, cette fois-ci, ils ont été quittes pour la peur, sous un ciel qui s’est recaché, pendant que le lac se remet à fumer vers eux ses fumées.</p>



<p>Il recommence à pleuvoir. On recommence à enfoncer dans la grosse terre où on reste pris par les chevilles&nbsp;; il n’y a plus qu’à continuer d’attendre, comme ils font. Ils se tiennent les mains dans les poches sous les avant-toits, regardant pleuvoir&nbsp;: – ils s’étonnent de voir qu’il y a des métiers où le temps qu’il fait n’importe guère. Se tenant autour de la place, ils ont vu venir Besson, et Besson a mesuré de l’œil la distance qu’il y a entre les deux platanes. Besson s’en va. Besson revient. Ils ont vu que Besson avait été emprunter une bâche. Besson est monté sur le mur et le voilà qui attache sa bâche à une branche par l’un des coins. Il se fait avec sa bâche un toit, ayant fini par la fixer et la tendre sur les quatre côtés&nbsp;; il se met dessous. «&nbsp;Tombe seulement&nbsp;!&nbsp;» a-t-il l’air de dire à la pluie, parce qu’elle est autour de lui avec ses fines lignes grises, mais pas dans ce qu’il occupe d’air et dans le cube où il se tient.</p>



<p>Étant reparti tout seul, comme pour vous donner l’exemple, comme s’il vous faisait signe avec ses mains&nbsp;; ayant recommencé avec ses mains à vous parler une espèce de langue, comme si elles écrivaient dans l’air des mots et encore des mots.</p>



<p>Ils commencent à chercher à lire sans y réussir encore. Ils se tiennent sous les avant-toits, ils essaient de lire entre les hachures&nbsp;: seulement à tout moment elles sont poussées de côté, se confondant les unes dans les autres. On ne voit même plus Besson, Besson a disparu. Il reparaît. Il disparaît. On tire le rideau de nouveau, il est assis sur son théâtre, on voit qu’il écrit toujours.</p>



<p>Alors une femme a dit&nbsp;: «&nbsp;Moi, je me moque de la pluie&nbsp;», alors on a vu qu’il ne pleuvait presque plus.</p>



<p>—&nbsp;Et, le petit, il faut qu’il s’habitue, parce que je veux qu’il puisse sortir par tous les temps sans s’enrhumer.</p>



<p>On lui a dit&nbsp;:</p>



<p>—&nbsp;Peut-être bien que vous avez raison.</p>



<p>Elle lui a seulement, au petit, mis sur la tête son tablier&nbsp;; elle s’arrête à quelques pas de Besson. Elle lui dit&nbsp;: «&nbsp;C’est joli…&nbsp;»</p>



<p>Besson&nbsp;:</p>



<p>—&nbsp;Vous trouvez&nbsp;?</p>



<p>Elle&nbsp;:</p>



<p>—&nbsp;C’est un joli métier.</p>



<p>Besson a dit&nbsp;:</p>



<p>—&nbsp;Tous les métiers sont jolis.</p>



<p>Elle a dit&nbsp;:</p>



<p>—&nbsp;C’est vrai.</p>



<p>Elle a réfléchi. Elle a dit&nbsp;:</p>



<p>—&nbsp;Ça dépend de la manière dont on les fait. Vous, le vôtre, vous le faites bien.</p>



<p>Elle a ri.</p>



<p>À ce moment, le petit a tendu les mains de dessous le tablier. Il tend les mains voulant avoir et voir, confondant voir avec avoir, comme font les petits enfants, et c’est ce qui est beau. Touchant avec les yeux, voyant avec les mains, ne voyant pas encore sans toucher&nbsp;; et, comme il ne peut ni voir, ni toucher, et veut les deux choses, voilà qu’il se fâche.</p>



<p>—&nbsp;Mettez-le par terre, a dit Besson.</p>



<p>—&nbsp;J’avais peur qu’il ne vous gêne.</p>



<p>Ils regardent le petit que sa mère tient sous les bras lancer en avant ses deux pieds ensemble, tellement il est pressé.</p>



<p>Ils voient qu’il ne pleut plus. Pas vrai&nbsp;! Que si&nbsp;! Ils mettent la main à plat devant eux&nbsp;: pas la moindre goutte. Voilà votre bâche qui ne va plus servir à rien, Monsieur Besson, sous les platanes, les petits platanes taillés chaque année à ras des trois ou quatre branches qu’on leur a laissées, en sorte qu’elles sont devenues aussi grosses que le tronc, mais on n’y avait jamais fait attention. Renflées du bout, massives, toutes boursouflées, sans aucune trace de feuilles encore, ni de bourgeons, semblant taillées dans de la pierre, semblant faites au ciseau dans un bloc de rocher, – avec des troncs de couleur claire, gris pâle, tachés de vert là où l’écorce vient de tomber, – et c’est comme si on ne les avait jamais vus.</p>



<p>Voilà que les troncs viennent dehors et viennent à vous, pendant qu’eux-mêmes viennent, et ils font le cercle, entourant Besson et le petit enfant qui s’est avancé encore&nbsp;: alors Besson a fait taire ses mains et entre ses genoux il a arrêté sa corbeille.</p>



<p>Au milieu du cercle, entre les platanes, sous la bâche, là le mouvement cesse, parce que les mains de l’enfant à présent peuvent toucher&nbsp;; – mais l’enfant de nouveau se fâche.</p>



<p>—&nbsp;Qu’est-ce qu’il y a&nbsp;?</p>



<p>Ils regardent&nbsp;; ils sont amusés.</p>



<p>Et la mère&nbsp;: «&nbsp;Voyez-vous ça&nbsp;!&nbsp;»</p>



<p>—&nbsp;Voyez-vous ça, c’est parce que ça ne bouge plus et il n’aime que ce qui bouge.</p>



<p>Alors Besson est reparti.</p>



<p>De nouveau les osiers font leurs signes l’un devant l’autre et écrivent comme à la craie leurs lettres en l’air, après que Besson a dit à la mère&nbsp;:</p>



<p>—&nbsp;Faites attention&nbsp;!</p>



<p>Et le petit crie de joie, tandis qu’il faut le retenir, parce qu’il se porte de toutes ses forces en avant, voyant la corbeille tourner de nouveau au creux du tablier de serge verte, sous une barbe blanche, des yeux clairs.</p>



<h5 class="wp-block-heading">Chapitre 7</h5>



<p>—&nbsp;C’est que c’est tout plié à nous, par ici.</p>



<p>Bovard de nouveau dans sa vigne&nbsp;; et, ayant levé les yeux sur la côte&nbsp;:</p>



<p>—&nbsp;C’est de nous, c’est à nous…</p>



<p>Il dit&nbsp;:</p>



<p>—&nbsp;C’est tout habitué à l’obéissance par ici, depuis le temps que c’est en vignes. Et le bon Dieu lui-même a décidé que ce serait en vignes, ayant orienté le mont comme il convient, se disant&nbsp;: «&nbsp;Je vais faire une belle pente tout exprès, dans l’exposition qu’il faut, avec l’inclinaison qu’il faut, et je vais mettre encore dans le bas la nappe de l’eau pour qu’il y ait ainsi deux soleils sur elle, que le soleil qui vient ailleurs d’en haut seulement vienne ici d’en haut et d’en bas…&nbsp;» Je dis que c’est le bon Dieu qui a arrangé lui-même tout ça, puis il nous a dit&nbsp;: «&nbsp;À votre tour&nbsp;», alors quoi&nbsp;? on est désignés. Soldats, caporaux, officiers, sous son Haut Commandement…</p>



<p>Comme Bovard dit dans sa vigne, se parlant ainsi à lui-même avec des mots qui viennent, et il en est étonné, mais il en vient encore&nbsp;:</p>



<p>—&nbsp;Le bon Dieu a commencé, nous on est venu ensuite et on a fini… Le bon Dieu a fait la pente, mais nous on a fait qu’elle serve, on a fait qu’elle tienne, on a fait qu’elle dure&nbsp;: alors est-ce qu’on la reconnaîtrait seulement à présent, dit-il encore, sous son habillement de pierre&nbsp;? et ailleurs l’homme se contente de semer, de planter, de retourner&nbsp;; nous, on l’a d’abord mise en caisses, regardez voir si ce que je dis n’est pas vrai&nbsp;; mise en caisses, je dis bien, mise tout entière dans des caisses et, ces caisses, il a fallu ensuite les mettre les unes sur les autres…</p>



<p>Il les montre avec sa main qui monte de plus en plus, par secousses, à cause de tous ces étages, à cause de tous ces carrés de murs comme des marches.</p>



<p>—&nbsp;Et ce n’est plus du naturel, c’est du fabriqué&nbsp;; c’est nous, c’est fabriqué par nous, ça ne tient que grâce à nous&nbsp;; ça n’est plus une pente, c’est une construction, c’est une tour, c’est un devant de forteresse…</p>



<p>Pendant qu’il montre encore, de dessus son éperon, devant lui, le déroulement de tout ça, avec les renflements qu’il y a par place et des avancements comme celui sur lequel il se tient, et des retraits, en un grand demi-cercle, – songeant au temps qu’il a fallu, songeant à la peine qu’il a fallu&nbsp;:</p>



<p>—&nbsp;Des centaines d’années, mille ans, deux mille et plus…</p>



<p>La bise fait bouger les pointes de sa moustache.</p>



<p>Il tient d’une main le manche du fossoir&nbsp;; l’autre, il la lève, il la promène autour de lui.</p>



<p>De nouveau sur son éperon, sur sa bosse, haut perché, comme sur un socle, avec le vide derrière lui, à cent mètres au-dessus de l’eau, contre une montagne bleue et blanche et aussi grand que la montagne bleue et blanche&nbsp;; se tenant tourné vers le mont et alors de ce côté la terre vient à sa rencontre, de sorte qu’il faut qu’il renverse la tête pour la considérer.</p>



<p>Il ne peut plus s’arrêter. Il voudrait s’arrêter qu’il ne pourrait plus, parce que le poète est venu&nbsp;; les mots sortent de lui tout le temps, comme quand les ruches se réveillent.</p>



<p>—&nbsp;Depuis les tout vieux temps, depuis aussi loin qu’on existe, depuis les Romains et depuis les moines, les vieux temps et les tout vieux temps&nbsp;; et ça s’appelle encore par ici l’Abbaye, il y a le vin des Abbesses, ça s’appelle le Prieuré, c’est plein de noms de ces temps-là partout, c’est encore plein de leur ouvrage&nbsp;; et regardez-moi ces murs, regardez-moi seulement ces murs si loin que l’œil porte, si loin qu’on tire avec le regard en haut et en bas, à droite et à gauche, – combien ça en fait-il&nbsp;? parce qu’il a fallu, sans quoi la terre serait venue en bas&nbsp;; alors ils en ont fait un premier, puis un autre, et puis dix, et cent, puis mille, commençant par le bord de l’eau, après quoi ils sont montés, ils sont montés jusque dans le ciel à leur échelle, et là ils auraient trouvé à grimper encore qu’ils seraient grimpés… Depuis les vieux temps, depuis tout là-bas dans le temps, d’année en année&nbsp;: les Romains, les moines, les gens à robes, les gens à pantalons, et puis des autres et encore des autres, et puis nos arrière-grands-pères et puis nos grands-pères et puis nos pères, et puis nous&nbsp;: à faire, et ensuite à refaire, à construire, et à reconstruire et à re-reconstruire, entretenir, recimenter&nbsp;; chaque année remonter sur son dos la terre, remonter à la hotte la pente tout entière&nbsp;; aller voir où ça s’est fendu, là où le mont pousse en avant, là où la pierre cède, là où elle se fissure&nbsp;; et boucher les trous, combler les fissures, repousser le mont en arrière, faire que ça tienne quand même, faire que ça dure, – depuis deux mille ans peut-être que ça dure, mais ça n’aurait pas duré et ça ne durerait pas, si on ne s’en était pas mêlé, si on ne rebâtissait pas tout le temps…</p>



<p>Il s’est arrêté, fatigué de mots, seulement c’est vrai.</p>



<p>Il y avait depuis très longtemps dans sa tête une vérité qui ne pouvait pas venir dehors&nbsp;: à présent il est délivré.</p>



<p>Il est grand, il est maigre&nbsp;; il a encore la moustache noire. La bise en fait bouger les pointes&nbsp;; il se tient face à la bise qui vient d’en haut, levant la tête, les mains autour du manche de son fossoir, sous le soleil, contre la terre&nbsp;; et il est lui-même la terre où seulement l’esprit vivrait.</p>



<p>Il sort d’elle comme la souche en sort, ayant la couleur de l’écorce sur sa figure brune et moussue, avec des rides en tout sens comme des crevasses dedans.</p>



<p>Il sort de ce mont où il va rentrer, et un moment se tient debout sur lui pour le dire, puis retournera à sa parenté.</p>



<p>On voit qu’il lui ressemble, étant fait, lui aussi, de pierre par en dessous, ayant les os saillants, épais, fortement soudés, fortement tenus ensemble. Il parle, étant le mont lui-même, étant lui-même produit et porté dehors, étant une production, fait de pierre et d’argile, cimenté comme un mur, couleur de terre, couleur de souche, couleur de roc, couleur d’air, couleur de saison&nbsp;; et grand, maigre et osseux et grand, et dressé tout debout contre le mont lui-même dressé. Et il se tient comme le mont se tient, mais échappe d’en haut avec sa poitrine et sa face, là où est logé le cœur, là où habite la connaissance. Étant le mont, mais aussi sa conscience, c’est-à-dire son expression, ce qui prolonge, ce qui sait en arrière et sait en avant, se rappelle, prévoit, combine, veut&nbsp;:</p>



<p>—&nbsp;Et depuis les vieux temps et les tout vieux temps, reprend-il, mais pour les temps futurs, parce que nous on est au milieu…</p>



<p>Étant fait à la ressemblance du mont, mais faisant à son tour le mont à sa ressemblance, caressant le mont de la main, avec des mouvements de la main arrondis d’où il semble que la forme naît, comme quand on caresse une femme et la caresse la refait. Et là est le travail des hommes et ce qui en sort grâce aux hommes&nbsp;: la belle vigne, et rien que de la vigne, les milliers de milliers de souches bien alignées, mises partout où on a pu, mises en rangées&nbsp;; taillées, nettoyées, ébourgeonnées, soignées, fumées et d’où à présent le sarment neuf commence à sortir aux cornes par deux jets couleur de miel, à petites feuilles transparentes encore, mais déjà leur couleur est partout pour une promesse, sortant à chaque instant un peu plus sous le grand soleil…</p>



<p>Et tout à coup Bovard est reparti, parce qu’une colère lui vient&nbsp;:</p>



<p>—&nbsp;Alors ils planteraient par ici leurs tomates&nbsp;! ils viendraient avec leurs primeurs, leurs légumes, comme si on avait besoin de légumes, leurs cardons, c’est-à-dire de la nourriture pour ânes, leurs abricots, leurs espaliers, leurs framboisiers, leur le diable sait encore quoi&nbsp;!… Parce que ça n’a pas été pendant deux ou trois ans, ils renieraient le pays… Jamais&nbsp;!</p>



<p>—&nbsp;Tant pis, dit-il, même si ça ne devait plus aller du tout…</p>



<p>De nouveau, les mots lui viennent&nbsp;:</p>



<p>—&nbsp;C’est de faire pour rien qui est beau. Même si le travail ne paie pas, parce que c’est de faire qui compte. Quand même je serais tout seul, et quand même je n’ai pas été gâté, quand même je sais bien ce que c’est, allez&nbsp;! et on n’est pas toujours payé et c’est dur et c’est ingrat, et c’est toujours la même chose, mais je dis&nbsp;: «&nbsp;C’est ça qui est beau&nbsp;!…&nbsp;»</p>



<p>Il a pris son racloir, il donne un coup de racloir.</p>



<p>On a déjà raclé une fois&nbsp;; on va racler une deuxième fois, une troisième, une quatrième&nbsp;:</p>



<p>—&nbsp;Et, je dis, c’est justement ça, c’est ce manque de variété. C’est justement parce qu’on a une plus grande peine, parce qu’on risque davantage, parce qu’on a misé sur une chose, et une seule, toujours la même&nbsp;; et ça c’est l’honneur… On ne se paie pas en argent, nous autres. On ne gagnerait plus un sou qu’on ferait ses vignes quand même.</p>



<p>Il racle.</p>



<p>—&nbsp;On ne peut pas être payé en argent pour un travail de ce genre-là&nbsp;: on est payé seulement d’y croire, on est payé dès qu’on y croit… Nous, on est comme le soldat, le soldat se bat pour se battre. On est comme une mère, on est comme une mère avec son enfant&nbsp;: ça ne lui fait rien qu’il soit mal fait&nbsp;; plus il est mal fait, plus elle se donne de peine pour lui, plus elle l’aime&nbsp;; elle lui donne tout, sans rien demander. Parce qu’elle est payée de l’aimer.</p>



<p>Il racle.</p>



<p>—&nbsp;Je dis que c’est comme ça&nbsp;: l’honneur et l’amour. Et point d’argent du tout, s’il faut, parce qu’il resterait l’honneur, l’honneur et l’amour.</p>



<p>Il racle.</p>



<p>—&nbsp;Et, quoi qu’il arrive, on garde ses vignes, et on crèvera dessus, nous autres, mais on ne les reniera pas.</p>



<p>Raclant à grands coups pour le bien montrer, raclant et c’est un travail d’homme une fois les pousses sorties, parce que si les femmes venaient elles risqueraient de les abîmer avec leurs jupes&nbsp;:</p>



<p>—&nbsp;Nous qu’on est de la vieille espèce, de la bonne espèce, de la vieille bonne espèce, et on est quelques-uns encore de cette espèce, alors hardi&nbsp;!</p>



<p>Il racle.</p>



<h5 class="wp-block-heading">
Remerciements</h5>



<p>Le téléchargement de cet épisode et la transcription complète sont disponibles sur <a href="https://gate.sc?url=http%3A%2F%2Fwww.odiolab.ch%2Fseries%2Fentre-ombres-et-lumiere%2F&amp;token=bc4ebb-1-1730825240113" rel="noreferrer noopener" target="_blank">www.odiolab.ch/series/entre-ombres-et-lumiere/</a></p>



<p>Merci à la <a href="https://ebooks-bnr.com/ebooks/html/ramuz_passage_du_poete.htm" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Bibliothèque Numérique Romande</a> pour la mise à disposition du texte traduit de l’allemand, et à Wikipedia pour la mise à disposition de l'illustration.</p>


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	<itunes:summary><![CDATA[- «&nbsp;... De nouveau, les mots lui viennent :
— C’est de faire pour rien qui est beau. Même si le travail ne paie pas, parce que c’est de faire qui compte. Quand même je serais tout seul, et quand même je n’ai pas été gâté, quand même je sais bien ce que c’est, allez ! et on n’est pas toujours payé et c’est dur et c’est ingrat, et c’est toujours la même chose, mais je dis : « C’est ça qui est beau !… »



CF Ramuz est né en 1878 à Lausanne, en Suisse, de parents commerçants. Après des études de lettres dans sa ville natale, il part pour Paris, où il séjournera régulièrement jusqu’en 1914, tout en participant à la vie littéraire romande. Après la « Grande Guerre » il renonce au roman explicatif pour décrire des communautés aux prises avec les forces du mal, la guerre, la fin du monde. Il développe ainsi un nouveau style d’écriture proche du langage parlé, abandonnant la narration linéaire et introduisant le « on » comme l’expression d’une collectivité.



Dans l'épisode 3 de cette série, écouter ces passages d'un des livres préférés de CF Ramuz, 'Passage du poète' :



- chapitres 6 et 7




Transcription ci-dessous:



Chapitre 6



Puis voilà qu’ils ont regardé le ciel de nouveau, se demandant&nbsp;: «&nbsp;Qu’est-ce qu’il va nous donner&nbsp;?&nbsp;»



De nouveau, il y a eu dans le fond du lac ces bancs de pierre mis l’un sur l’autre comme si on les avait construits pour une assemblée qui aurait dû venir y prendre place&nbsp;; et, ce qui y prend place, c’est un mauvais vent qui vous arrive apportant le froid, qui fait que les femmes ont remis leurs châles, les hommes leurs gilets de laine tricotée&nbsp;; après quoi, on n’a plus qu’à attendre, comme ils font, se tenant sur la porte des caves, tandis que l’averse pend en barbes d’eau aux avant-toits.



Ils vont regarder le thermomètre et le thermomètre marque 3° après qu’il a marqué 25°.



Encore deux degrés de moins, parce que c’est tendre, c’est délicat…



Il y a cette petite chair comme celle de l’enfant qui vient de naître. Il y a qu’à peine on y touche, elle vous casse entre les doigts. Les premiers jets, les premières pousses pas habituées à l’air avec leurs petites feuilles pâles de couleur, transparentes, pas encore capables de se défendre.



Ils regardent le ciel, ce soir, parce que si par hasard le temps venait à se lever pendant la nuit, et c’est pleine lune…



En effet, le ciel s’est éclairci, les étoiles se sont montrées&nbsp;; ils ont été debout au petit jour.



Heureusement que, cette fois-ci, ils ont été quittes pour la peur, sous un ciel qui s’est recaché, pendant que le lac se remet à fumer vers eux ses fumées.



Il recommence à pleuvoir. On recommence à enfoncer dans la grosse terre où on reste pris par les chevilles&nbsp;; il n’y a plus qu’à continuer d’attendre, comme ils font. Ils se tiennent les mains dans les poches sous les avant-toits, regardant pleuvoir&nbsp;: – ils s’étonnent de voir qu’il y a des métiers où le temps qu’il fait n’importe guère. Se tenant autour de la place, ils ont vu venir Besson, et Besson a mesuré de l’œil la distance qu’il y a entre les deux platanes. Besson s’en va. Besson revient. Ils ont vu que Besson avait été emprunter une bâche. Besson est monté sur le mur et le voilà qui attache sa bâche à une branche par l’un des coins. Il se fait avec sa bâche un toit, ayant fini par la fixer et la tendre sur les quatre côtés&nbsp;; il se met dessous. «&nbsp;Tombe seulement&nbsp;!&nbsp;» a-t-il l’air de dire à la pluie, parce qu’elle est autour de lui avec ses fines lignes grises, mais pas dans ce qu’il occupe d’air et dans le cube où il se tient.



Étant reparti tout seul, comme pour vous donner l’exemple, comme s’il vous faisait signe avec ses mains&nbsp;; ayant recommencé avec ses mains à vous parler une espèce de langue, comme si elles écrivaient dans l’air des mots et encore des mots.



Ils commencent à chercher à lire sans y réussir encore. Ils se tiennent sous les avant-toits, ils essaient de lire entre les hachures]]></itunes:summary>
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		<title>Entre Ombres et Lumière &#8211; CF Ramuz dans &#8216;Passage du poète&#8217; (EP3)</title>
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